Le foot à Mayotte un samedi matin

c’est comme à la DDE:

foot à Montsamboro

Foot à Montsamboro, de loin y'a du monde c'est coloré

jeunes footballers

ça s'active doucement, c'est la pause matinale.

Dessins du soir

Voile, souvenir de la sortie des classe, Kaweni

Voile, souvenir de la sortie des classes

Jeune au djembé

Jeune au djembé

Fa au travail à la maison

Fa au travail à la maison

  • Tiens, Margouille, t’as pas l’air en forme ?
  • Oui j’ai une indigestion.
  • Ah, tu as fait la fête avec tes amis ?
  • Non j’ai dû manger un moustique qui avait le chikungunya, ça me rend tout bizarre.
  • Mais tu sais que c’est une maladie d’humain ça le chique ou le gounilla je ne sais plus.
  • Oui, je sais mais ça me fait ça à chaque fois, je me sens un peu verdâtre…je sais ça se voit pas.
  • Oui parce pour être vert bile tu sais de quoi tu parles. D’ailleurs je devrais te surnommer Bil ça t’irait comme un gant.
  • Je n’aime pas trop ce surnom , tu sais les histoires de boules chez nous les margouillats on s’en fait pas une cérémonie on préfère les histoires de moustiques.

Premières entrevues…

Où est Cheetah?

Où est Cheetah?

- Tiens que fais-tu là ?

- Je me lève comme tout les matins je prépare mon thé.

- Ah oui c’est vrai tu n’aimes pas manger les insectes toi ; moi je ne vais pas tarder à me reposer j’ai le ventre plein avec toutes ces fourmis volantes ingurgitées cette nuit je me sens gonflé.

- Veux-tu que je te raconte l’épisode de ma recherche d’une automobile. Tu sais ce sont ces engins mécaniques qui roulent en faisant un bruit de tonnerre ?

- Ah oui, c’est ce que j’entends autour des maisons ! Que t’est-il arrivé ?

- Rien d’extraordinaire, je veux juste illustrer quel est l’état d’esprit des mzougous qui veulent se débarrasser de leur automobile. J’ai épluché les annonces locales afin de trouver une auto le temps que le conteneur, dans lequel se trouve notre 406, arrive à destination de Mayotte, soit début novembre au plus tôt.

Recherchant des voitures à plus bas coût possible, j’ai téléphoné à des personnes proposant une auto entre 900 et 2500 euros, mais à chaque fois il y avait anguille sous roche. Certains n’ayant pas encore le contrôle technique pour cause douteuse, d’autres oubliant de préciser dans l’annonce que la voiture est une 4 places effective mais que la carte grise n’en autorise que deux, d’autres enfin affichent une liste de réparations qui laisse entrevoir l’espoir d’une auto saine…et l’espoir faisant vivre, je prends rendez-vous.

Le moindre essai est en soi un souvenir mémorable, ainsi cette Clio de première génération, à deux portes de chez moi, n’avait plus de système d’accroche pour la ceinture et celle-ci ne s’enroulait plus ce qui permettait à un éléphant de passer la fameuse ceinture à l’encolure, bref ça partait mal une auto sans système d’attache pour le conducteur ! Le siège n’était pas celui d’origine tout comme l’échappement qui venait d’un autre modèle ainsi que diverses autres pièces. L’essai confirma ce que je pressentais. Un bruit digne d’un amas de casserole trainant par terre s’échappait du compartiment moteur comme pour indiquer qu’au-delà de 10km/h il fallait se méfier d’une éventuelle autodestruction inopinée de l’engin. La modique somme de 2500 euros demandée devait correspondre au prix investi par le propriétaire dans les rustines….

Une autre fois j’ai essayé une vielle voiture de 15 ans, peu chère cette fois-ci mais dont la rouille laissait entrevoir un possible abandon de l’échappement, des roues ainsi que des portières en cours de route…

Une autre auto juste entrevue sans son propriétaire permettait aussi d’envisager une rupture des fixations d’amortisseurs dès le premier nid-de-poule…Les autos en dessous de 3000 euros sont des épaves à Mayotte, c’est quelque chose qu’il faut savoir avant de s’installer ici.

Ces gens ont inventé de nouvelles règles algébriques : 2500 = zéro. Je pense qu’un nouvel espace-temps s’ouvre à nous dans lequel le rien peut devenir beaucoup (d’emmerdes) et le tout peut devenir rien (tu continues à marcher à pied c’est écolo vois-tu), c’est ce qu’on appelle en cosmogonie la singularité du continuum d’espace-temps à densité post-critique. Ce qui est le plus comique c’est la façon dont les heureux propriétaires vantent les mérites de leur véhicule dès qu’un clignotant fonctionne correctement ou même que, oui…, on arrive à passer la troisième et à faire du 45km/h ! Vraiment, pourquoi veux-t-il la vendre son auto de si bonne facture et avec autant de qualités ?

Ce genre de véhicules sont vendus pour pièces en métropole ou ils vont direct à la casse. Ici on recycle et ce ne sont pas les mahorais qui vendent ces autos délabrés car on pourrait leur pardonner du fait qu’ils ont déjà des difficultés à s’acheter un véhicule et ensuite à l’entretenir vu qu’ils ont des postes présentant des salaires peu élevés mais non ce sont les bons mzoungous fonctionnaires dont le niveau de vie fait parti des plus élevés de l’île qui osent vendre sans scrupules ces cercueils brinquebalants.

Tu vois Margouille, ici les normes des humains sont différentes et tu as de la chance de ne pas avoir besoin d’aller plus loin que cette maison, tu trouves tout ce qui te contente sur place, la nourriture et les cachettes pour te reposer.

- Oui mais je me méfis des oiseaux certains me font très peurs ils sortent le soir et passent tout près de moi….avec leur grosses dents.

- Ah ! Tu veux parler des roussettes ? Ce sont des chauves-souris pas des oiseaux c’est vrai qu’elles sont impressionnantes mais tu sais elles sont inoffensives car elles sont frugivores et passent à côté de toi parce qu’elles vont s’accrocher à la branche voisine pour se délecter des fruits qui s’y trouvent.

- Ah oui, je suis bien content de le savoir, dorénavant je serais plus tranquille lorsque je les verrais. Je connais bien les makis, tu sais ces lémuriens endémiques de Mayotte, ce sont mes amis ; ils habitent dans les arbres comme moi et ils adorent les bananes mais comme je suis tout petit je ne fais que les lécher ce n’est pas comme toi et ta famille qui vous faîtes des bananes au rhum et aux raisins par vingtaine à chaque fois.

- Ici les bananes sont tellement abondantes et à 5 ou 8 euros le régime auprès des marchandes de fruits et légumes au bord des routes, on aurait tord de ne pas cuisiner ce délicieux dessert. Tu veux la recette ?

- Pourquoi pas, je pourrais l’apprendre à mes amis.

- Il faut mettre un peu de beurre dans une poêle, y placer les bananes coupées en deux dans le sens de la longueur, faire chauffer, ajouter le rhum (un verre) au bout de 5mn, avec les raisins secs et laisser cuire de façon à ce que les bananes deviennent toutes molles. Tu ajoutes un peu de sucre dessus et tu le laisses s’épaissir légèrement en caramel, tu n’as plus alors qu’à servir. C’est ma maman qui en faisait quand j’étais petit, j’ai appris en la regardant, elle sait d’ailleurs très bien cuisiner seuls le riz et les pâtes lui semblent difficile à maîtriser mais c’est rien à côté de tout ce qu’elle sait si bien cuisiner. J’ai une amie qui est un as de la cuisine, elle s’appelle Anne et avec trois fois rien elle te fait un repas succulent, c’est un prodige. Mais si Anne sort du lot beaucoup d’autres sont de fins cordons bleus, je ne vais pas les citer mais c’est toujours un plaisir pour le palais que d’être invité chez eux en complément bien sûr du simple plaisir à les revoir. Mais je t’en reparlerai.

- Tu me feras goûter ce dessert?

- Bien sûr et je te les mettrai dans un petit bol. A propos des makis, nous en avons rencontré le jour de mon arrivée. C’était chez une dame à qui nous avons acheté une commode et avec qui nous avons sympathisé, elle est même venue chez nous nous l’apporter. Tu ne l’as pas aperçue ce jour là ?

- Si je me rappelle maintenant elle avait l’air très gentille, c’est elle qui fait du yoga comme toi ?

- Oui, son maître est indien et elle compte aller habiter près de lui l’an prochain et ainsi travailler là-bas. Anne-Marie, c’est son prénom, a de grandes qualité d’attention ce qui nous a d’emblée séduit, Fabienne et moi. Chez elle les makis descendent dans son jardin tous les jours mais elle nous a dit que cette année il n’y avait pas eu de petits. Je ne sais pas s’il y a des observations en cours des populations de l’île et de l’éthologie des groupes constitués mais il serait intéressant d’en savoir plus.

- Surtout que les makis ne sont pas farouches et sont faciles à observer, ça pourrait faire l’objet d’une thèse ça…l’étude des makis de Mayotte.

- Mais c’est déjà fait, en l’occurrence de la part de M. L Tarnaud du MNHN (Muséum de Paris). http://laurent.tarnaud.free.fr/

2 makis qui ont faim

2 makis qui ont faim

Premiers poissons

En ce lundi 22 septembre 2008, Fabienne et moi sommes transformés en écrevisses. Fabienne ayant la moitié supérieure atteinte et moi les jambes. Mon épisode de brûlures du mois de juin où pendant trois/quatre jours il m’était quasi impossible de marcher avec une inflammation et un œdème très conséquents de la cheville reste encore bien vif dans ma mémoire et malgré cela la baignade d’hier nous a récompensé de rougeurs dignes du petit chaperon rouge. Tout vêtement frottant sur ces brûlures est une épreuve de maîtrise de soi. Louanges à Osmo-soft qui est ainsi remercié de ses bons et loyaux services !

Ce samedi, nous sommes allés au musée de la vanille et de l’ylang ylang où des chants traditionnels mahorais nous ont bercé par leur beauté. Les costumes des groupes Mabanati Naimaya de Ouangani et Soifia de Chiconi ont rivalisé de couleurs. Nous avons passé un très bon moment à entendre ces chants entonnés habituellement lors de fêtes religieuses.

Danseuse traditionnelle mahoraise

Danseuse traditionnelle mahoraise

La grâce de la danse de toutes ces femmes alignées les unes en face les autres, les plus âgées effectuaient les percussions au centre du rectangle ainsi crée. Cela ressemblait beaucoup à ce que j’ai pu entendre des chants de Polynésie.

Les danseuses mahoraises

Les danseuses mahoraises

Danseuses et la meneuse du groupe

Danseuses et la meneuse du groupe

Ensuite, le lagon étant à 50 mètres, nous avons expérimenté les masques et les tubas achetés pour les enfants. Et ô miracle j’ai enfin pu voir mes premiers poissons. Moi qui suis d’ordinaire un si piètre nageur, une fois la maîtrise de la mise en œuvre du tuba effectuée (je passe les détails où j’ai failli me noyer 15 fois heureusement que l’eau n’avait que 80 cm de profondeur…) j’ai pris un certain plaisir à découvrir ce que j’ai rêvé depuis tout petit en regardant les images du Commandant Cousteau : le monde sous-marin.

Des holothuries de 30cm broutaient le sol, de petits poissons naviguaient en bancs tandis que de drôles de petits poissons pâles guettaient à l’orée de leur trou creusé dans le sable une proie éventuelle et s’y réfugiaient prestement à mon arrivée. Plus de deux heures dans l’eau et en plus à nager cela était bien quelque chose d’impensable pour moi. L’eau tiède, le calme du lagon et le tuba avec le masque ça change les conditions de baignade !

A la plage les enfants s'amusent seul, ça nous repose.

A la plage les enfants s'amusent.

Florian après sa découverte des fonds marins

Florian après sa découverte des fonds marins

Mimi à la plage

Mimi à la plage

Les enfants en ont profité un petit peu sur le bord du rivage. Le lendemain, ce dimanche, nous sommes allés à la plage de Mtsanga Sakouli près de Nyambadao au sud-est de l’île.

Fabienne y a vu un barracuda et moi trois gros carangues d’une cinquantaine de centimètres qui ont fait une accélération fulgurante en me voyant. J’ai emmené Florian et Titouan alternativement, une fois la marée basse, découvrir l’herbier d’algues vertes où des Diadema (oursins) au piquants de trente centimètres se cachaient entre les coraux ; un petit poisson au beau bleu sombre, d’un ou deux centimètres, qui est inféodé à ces oursins s’y cachait habilement.

Titouan à la plage
Florian à la plage

Florian à la plage et Titouan ci-contre

Le platier à marée basse présente une épaisseur d’eau de 50cm à un mètre, ce qui laisse peu de marge pour passer au-dessus des piquants de ces Diadema. Les poissons-pierres (poisson le plus dangereux du monde) peuvent à l’occasion se positionner dans les platiers de sable ce qui m’amenait à la plus grande prudence pour poser le pied parfois au fond.

Le guide des animaux des récifs coralliens n’est pas pertinent pour la détermination des espèces rencontrées, il nous faudra rechercher un ouvrage plus spécialisé sur le canal du Mozambique ou l’Océan Indien.

Mont Choungui depuis la plage de mtsanga Sakouli

Mont Choungui depuis la plage de Mtsanga Sakouli

Plage de Mtsanga sakouli

Plage de Mtsanga sakouli

Mimi veut attrapper un crabe...

Mimi veut attrapper un crabe...

Titouan et Mimi

Titouan et Mimi

Jeu de l’intru

jeu de l'intru

Un intru s’est inséré sur cette image. Quel est-il?

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Premières impressions

Au-dessus de l'océan indien vers Mayotte

Bonjour à tous,

Le cadre de ce témoignage commence par une suave odeur de bois et d’épices, le jour pointe son nez en cette fin d’hiver dès 5 heures et demi, les roussettes ne tarissent d’éloges entre elles en haut de ces arbres magnifiques qui ombragent si agréablement aux heures plus chaudes de la journée. Il fait « frais » quelques vingtaines de degrés Celsius me rappelle que la fraîcheur, oui, ça existe encore sous ces latitudes !

Le passage de la nuit au jour est très rapide car la course solaire commence quasi verticalement au-dessus de l’horizon, ce qui signifie aussi que les ombres sont minimisées au midi. Nous sommes jeudi 4 septembre 2008, c’est une date comme une autre, peut-être mais c’est aussi le jour où en cet instant je suis au présent, ici même et maintenant comme on dirait en d’autres lieux…

Le ventilateur tourne inlassablement au-dessous du plafond, il fait tellement partie du paysage et semble si indispensable que je l’oublie sans cesse en quittant les lieux. Son ronronnement continuel est comme une turpitude des sens nécessaire à la quiétude de l’esprit. Son arrêt signifie rapidement la venue d’une sensation de moiteur encore plus prononcée doublée d’une impression de chaleur stagnante enveloppant mon être tout entier. En quelques instants je prends conscience qu’autour de moi l’air est semble comme issu d’une casserole en ébullition : un mélange de d’humidité et de chaleur mais ici la casserole fait le tour de la planète aux alentours de l’équateur et des millions d’individus s’y baignent.

Cette chaleur n’est pourtant pas aussi importante que celle dont on peut subir le joug sous les tropiques au sud du Sahara. En ces lieux sahéliens il peut faire dix à vingt degrés de plus selon les saisons ainsi en saison chaude et sèche un petit « 44°C » quotidien n’est pas rare. Cela donne une impression d’entrer dans un four où respirer un air presque brûlant ne paraît pas chose impossible à faire.

A cette température qui n’est pas extrême pour la planète (le record maxi naturel mesuré étant de 58,2°C en Libye, 1922), le corps se met bon gré mal gré à vivre au ralenti tellement on ressent l’opacité et la densité thermique de l’air qui nous entoure. Mais en adoptant une attitude « thermiquement » responsable il est possible de peu transpirer alors qu’en climat équatorial humide une température de 27°C peut rendre aussi humide qu’une canicule estivale à Toulouse.

Mais revenons à notre île.

La saison sèche hivernale va prendre fin, quelques gros nuages balayent parfois le ciel de leurs volutes grisonnantes mais il suffit de vaquer à des activités notoires pour s’apercevoir rapidement que le ciel bleu a repris ses droits. La pluie devra attendre encore quelques semaines.

Un frisson me traverse, fichtre c’est toujours surprenant dans cette région. J’effectue un petit tour dehors pour m’apercevoir que le sac poubelle laissé depuis hier matin dehors est éventré et son ex-contenu jonche le sol, évidement c’était à prévoir mais le soir quand la nuit est déjà tombé une seule chose semble indispensable : rentrer le plus rapidement possible afin d’échapper aux moustiques, alors le cas de la poubelle ne m’a même pas traversé l’esprit.

Peu adepte des lieux palustres en haute saison dans la métropole pour cause de moustification prononcée, j’apprends à mes dépends qu’ici, en une nuit, ces charmantes bestioles peuvent tatouer chaque cheville de plusieurs dizaines de pustules sur chaque pied ! Et oui un moustique c’est très élégant en soi, il faut le regarder avec une loupe pour en apprécier toute l’ergonomie mais point besoin d’un quelconque artifice pour en comprendre l’efficacité.

Aedes sp.


Une piqure d’Aedes aegyptus permet parfois d’envisager une reconversion dans la secte du Chikungunya en lançant des oooohaaaaaahhhhh… de douleur.

Qu’est-ce donc que cette île? L’hippocampe est sa silhouette, la Shimaoré est son langage, la forêt est son pelage, le lagon est son joyau, les mahorais sont ses hôtes. Cette île s’appelle l’île aux parfums car elle est enivrée d’ylang-ylang, cette île s’appelle aussi l’île au lagon car elle est baignée de ses richesses sous-marines, en France on l’appelle Mayoth dans le nord et Mayôôteûh dans le midi.

Mayotte est un ancien territoire comorien car géologiquement elle fait partie d’un archipel distribuant quatre îles volcaniques : Grande Comores, Anjouan, Mohéli et Mayotte bien sûr. Ethniquement, Mayotte fût influencée au cours de son histoire par des cultures très variées telles celles en provenance de la Perse, de l’Indonésie, de l’Afrique de l’est (Khoisans, Couchites, Bantous), de la péninsule arabique, de Madagascar et de l’Europe dans une moindre mesure..

De territoire d’outre-mer français en 1946 avec les Comores (françaises à cette époque) après avoir été une dépendance de la colonie française de Madagascar, Mayotte est passée au statut unique et spécial de collectivité territoriale en décembre 1976 peu après cette période secouée politiquement qui a donné l’indépendance aux autres îles des Comores suite à un référendum populaire.

Le processus de départementalisation de Mayotte, engagé depuis 1976, doit aboutir en au cours de l’année 2010 vraisemblablement, 2009 sera l’année du dernier référendum populaire à ce sujet, ce qui donnera à Mayotte la qualité intrinsèquement française qu’elle n’a pas officiellement à L’ONU. Le dernier référendum populaire à ce sujet interviendra au début de l’année 2009.

Arrivé sur l’île depuis 6 jours j’ai eu quelques moments d’étonnement car la découverte d’autres mondes est toujours une surprise; J’ai aussi ressenti de doux sentiments en observant le bon côté de cette culture africaine: le calme des habitants, leur gentillesse, leurs sourires si généreux. Un sexagénaire qui me croisait dans la rue m’a fait un bonjour si ensoleillé que je me suis mis à rêver de cette chaleur humaine si délicieuse que j’avais trouvé à Bamako en avril dernier. Ici on peut y trouver les mêmes sourires mais c’est moins fréquent, les habitants de l’île semblent de comportement plus réservé qu’en Afrique francophone de l’ouest, c’est un peu plus français en somme!

Un bon moment que cette rencontre avec une jeune fille d’une douzaine d’années qui poussait une brouette chargée de viande surgelée et dont la petite sœur portait un lourd carton sur sa tête. Passant à pied à côté d’elles, la peine qu’elles exprimaient avec leurs chargements m’a de suite fait bifurquer de mon chemin avec les enfants pour leur proposer de prendre place à pousser cette brouette. La petite sœur, étonnée, n’hésita pas à ajouter son carton à la brouette quand je le lui proposais. Le sourire lumineux de la grande sœur a fait jour de manière si naturelle dès mon premier mot que cela m’a rassuré sur la pérennité de l’esprit africain sur l’île.

Il est plus facile d’aider son prochain à Mayotte qu’en métropole car les comoriens, au sens historique, semblent plus spontanés, ils ont moins de peurs et d’aprioris envers les autres que les européens modernisés par 50 ans de consommation.

Cette journée s’est engagée de bon matin par la location d’un véhicule chez un loueur bien implanté dans le monde. Si tant est qu’il est finalement assez rare de rencontrer des personnes peu aimables ici, ce fût le cas de l’hôtesse d’accueil, une mahoraise, car on y eut presque retrouvé l’aigreur des grandes métropoles. Après quelques intonations et expressions de désinvoltures de ma part elle a fini par être plus souriante _ le retour de l’engin le lendemain m’offrit l’opportunité de constater que la veille ce n’était pas son jour, comme quoi il faut éviter de conclure hâtivement sur la gentillesse et l’amabilité d’une personne.

La location de l’appartement non meublé nous a incité à nous doter de quelques accessoires d’utilité domestique : une table, des lits, des chaises entre autres. Le passage dans les différents magasins avec les sourires chaleureux des vendeurs ou leur nonchalance naturelle me fait oublier l’attitude décalée de la mahoraise peu souriante. La journée s’est tout de même effectuée sur les chapeaux de roue puisque j’ai ensuite préparé le repas des enfants avant l’école.

Un timing sur le fil m’a permit d’accompagner les enfants à l’école juste à l’heure car en même temps les livreurs des lits superposés, destinées à Emilian et Titouan, m’attendaient à l’appartement…Des lits sont ainsi appropriés pour profiter de la relative fraîcheur des nuits tropicales. Puis l’acquisition de chaises et d’une gamelle de cuisson occupa une heure de plus.

Les enfants, …euh …je vais faire un petit rappel pour ceux avec qui je n’ai pas eu contact depuis longtemps: Florian a 8 ans 1/2, il est en CM1, Titouan suit son frère de 2 ans 1/2, il est en CP et Emilian avec ses 4 ans bientôt terminés est en grande section dans l’école maternelle de Kawéni en face de l’école de ses ainés.

Aux abord de l'école maternelle de Kaweni

Aux abords de l'école maternelle de Kaweni

Florian et Titouan ont classe une semaine le matin, de 7h00 à 12h15 et la suivante de 12H20 à 17h15 tandis qu’Emilian en grande section n’a cours que les après-midi de 12h15 à 17h00. Autant dire qu’une semaine sur deux j’ai la journée bien remplie.

Kaweni, aux écoles

Kaweni, aux écoles

Vers 15h00 j’ai eu l’appel d’une Mzoungou (une blanche quoi) suite à un premier contact par téléphone pour qu’elle me montrât la voiture qu’elle souhaitait me vendre 2000 € (c’est important sa valeur) ou que je souhaitais lui acheter je ne sais plus vraiment; toujours est-il que me voilà au port de Mamoudzou, la ville qui sert de capitale économique à l’île, visionnant cette…comment dire… cette caisse – c’est bien le terme approprié – avec des roues et un volant qu’on appelle Panda chez les gens de Fiat.

La fameuse caisse datant de 2002 fait partie de l’ancienne génération des Panda, c’est du brut de décoffrage mais ça doit être plaisant sur les petites routes et ici il n’y a que des petites routes avec des lignes droites à peine plus longues qu’un semi-remorque et heureusement je n’ai jamais habité à Marseille.

Au premier abord, j’ai beau être près de la jetée, près du marché ensoleillé de couleurs, près des cocotiers, la voiture ne me semble pas vraiment resplendissante, elle paraît avoir 20 ans alors que construite il y a 6 ans elle présageait d’autres qualités. J’ai presque envie de lui dire à cette heureuse propriétaire d’un si bel objet que je n’ai même pas envie de l’essayer mais allez je suis là “y’a plus qu’à” ! Tout un chacun sait que la Panda est une voiture assez petite mais c’est peu dire quand on cherche un temps soit peu à piétiner les pédales : en embrayant je freine en même temps et en freinant j’accélère tellement les pédales sont proches les unes des autres. Ca commence bien! Je recule de la manière la plus appropriée qui soit c’est-à-dire à la façon de Bourvil ou de la religieuse à la 2CV dans les épisodes valeureux d’une certaine époque d’un gendarme à Saint-Tropez.

Je ne sens pas la propriétaire très rassurée mais c’est vrai qu’avec un embrayage aussi sec présentant un point dur on peut difficilement tendre vers la douceur. La première est nerveuse jusqu’à 5 km/h ensuite il faut passer la seconde et là on croît être dans un wagonnet chargé de houille qu’on a mis sur un bateau gonflable de plage, ça couine, ça tangue en va-et-vient, c’est chaud, c’est étroit, heu…t’aurais des idées derrière la tête toi ? C’est grandiose en somme!

J’entends alors « c’est une voiture qui a passé le contrôle technique sans problème ! », elle renchérit copieusement en m’indiquant: “y ‘a un problème avec la direction” ce qu’il faut traduire par “si tu achètes ma Panda saches que la rotule de direction va te péter dans les mains au bout de 20 bornes…et que ça te coûtera une somme rondelette”. Puis un: « Les pneus sont neufs »,comme pour me faire oublier et me rassurer de ce que j’ai vu et constaté. Au moins ça a le mérite d’éliminer une possibilité d’explication au comportement benthique de l’engin.

Le temps de pousser jusqu’au rond-point suivant soit environ 500mètres – ce que cela m’a paru long… – et je rends cet outil merveilleux pour passer de vie à trépas à son propriétaire car même donné généreusement je n’oserais en faire usage.

Je pense qu’on devrait donner une médaille du mérite, car cela doit demander des efforts, aux personnes qui arrivent en six ans à peine à transformer un objet neuf, certes pas de dernière facture technologique mais tout de même satisfaisant en sorti d’usine, en une si pitoyable épave. Certains ont un secret qu’ils font bien de garder pour eux.

Le clou du spectacle fut m’a petite traversée de l’île vers Tsingoni, à l’ouest. Avant tout départ « en brousse » il ne faut pas oublier la carte au 1 :25000ème surtout quand la mémoire des noms de lieux fait défaut, de l’eau et la corde pour faire tenir le lit au-dessus du toit du Kangoo.

Et oui…je m’adapte aux technologies africaines: avec une petite voiture et une corde tu peux transporter tout ce que tu veux, c’est juste une question de volonté et , et , …, de technique. C’est en effet un savoir-faire ancestral qui permet à nos habitants de ces contrées lointaines de pouvoir faire tenir un matelas, un Frigo (avec la marque qui va bien, c’est pas une erreur de frappe), un canapé, 10 poules, 5 chèvres, 2 chaises, 2 bassines, 1 gros baluchon de 50 kg, 4 régimes de bananes, une commode et 8 personnes sur et dans une 205 dernier cri. La haute technicité utilisée dans ce cas est difficilement égalable. Que ça tienne c’est bien mais en plus tout l’art de ces pratiques ancestrales est que le le gigantesque tohubohu avance …malgré que le pneus ressemblent à un Camembert laissé au soleil.

C’est pourquoi je me suis dit que je devais faire honneur un minimum à cette technologie antédiluvienne.

Me voilà parti, soleil au front. La sortie de Mamoudzou se fait sur une « rocade » construite sur une ancienne mangrove, pas très sympa pour les poissons tout cela. Il faut tout de même avoir conscience que presque toute l’île est entourée de mangroves dont l’utilité pour la faune du lagon n’est plus à démontrer car les alevins y trouvent refuge et nourriture.

Les premiers kilomètres au sud de Mamoudzou me montrent la colline de Montstapéré avec ses baraquements de tôles et de bric à braque décorés de tissus divers à moins que ce ne soit du linge qui sèche. C’est coloré mais c’est toute la misère de ces gens voués à survivre péniblement qui saute à la figure. Parfois au milieu de tout cela trône une maison de mzoungou « bien peinte» avec sa varangue, ses colonnades et son volume impressionnant.

Je continue sur ma lancée, de nombreux piétons traversent ou marchent en bord de route je roule donc prudemment entre 30 et 50km/h et cela entraîne irrémédiablement une gêne pour les habitants habitués à frôler les enfants à 70 km/h avec leur auto ; ce n’est pas de mon goût il me semble préférable de prévoir le croisement avec un piéton en sortie de virage plutôt que risquer des embardées limites afin d’éviter le choc frontal avec les véhicules d’en face comme cela se pratique couramment ici.

Le paysage devient très vite tropical, les collines se dessinent de cocotiers, de bananiers et d’autres plantes dont je ne connais rien ce qui me donne une envie profonde de trouver une source d’information botanique des lieux : un vieux sage local ou une bonne flore en 24 volumes comme sait le faire l’IRD. C’est idyllique surtout quand on sait qu’il n’existe pas d’animal dangereux sur l’île, hormis le scolopendre. Ce n’est bien sûr pas le cas du lagon nous en reparlerons avec Margouille. La misère ou les difficultés que les gens rencontrent ici au quotidien montre que l’idylle n’existe que pour les riches français de métropole, adepte de plongée, de baignades et de divers plaisirs dans la brousse, ce sera l’objet d’autres discussions.

Tsingoni

Tsingoni

Je navigue ainsi doucement jusqu’à Tsingoni où je dois acheter un matelas et un sommier à lattes à une mzoungou bien singulière. Son comportement dédaigneux avec les menuisiers exerçant dans sa maison présageait bien de son inappétence à aimer les humains et d’autant quand ils sont pauvres et colorés.

Cette personne, maniérée, ne m’avait pas paru sympathique dès le premier abord. Nous avions ce samedi dernier déjà entrevus la chose avec Fabienne et les enfants mais je n’avais pas vu le dessus du matelas, je débarquais tout juste sur l’île et le manque de sommeil de la semaine précédente et de al nuit passée m’avait rendu l’esprit un peu vaporeux et peu enclin aux tergiversations. Or en découvrant la chose non recouverte de sa couette je vis de nombreuses auréoles qui étaient accompagnées d’une odeur d’urine baignant toute la pièce. Sachant que la propriétaire du lit accompagne sa vie uniquement mais conséquemment de chiens et autres chats il ne fût pas difficile de conclure. Refusant cet achat plus qu’ insalubre, l’entrevue avec la gente dame s’abbrégea au plus vite.

Le retour m’a permis d’emmener deux personnes à bord, très heureuse d’éviter la chaleur du goudron à pied avec leur chargement de feuilles ou de fruits, tout comme l’aller m’avait permis d’avancer plusieurs collégiens, sortant de classe, vers leur foyer.

Sur le bord de la route des mahorais et mahoraises vendent les richesses provenant du sol: quelques tomates, des échalotes, de la salade, du gingembre, des noix de coco, des bananes et un gros fruit vert couverts de dentelures tel un litchi géant et dont je ne me souviens plus du nom, c’est que ça papote une mahoraise qui vend ses légumes avec toute sa famille. Pour la somme de 12 euros j’emporte ainsi 1kg de tomates, un régime de bananes vertes (les Mahorais les mangent cuites), une douzaine de noix de coco. Les fruits ici sont « bio » par essence et très bons (heu bah en fait j’aime pas la papaye, j’ai eu beau essayer d’en faire de la confiture ça sent toujours les chaussettes pourries mais à chacun ses plaisirs) car les variétés sont souvent d’origine locale ou tout au moins rustiques.

Zébu à kaweni

Zébu à kaweni

Le lendemain, je continuais mes activités débordantes entre la recherche d’un lit et le transbordement des bagages de la case de la DSV jusqu’à l’appartement qui nous servira de refuge durant plusieurs mois ou plusieurs années si nous nous y plaisons (heu c’est pas sûr ça, dixit du 20 septembre). Tout cela me donne chaud malgré qu’il ne soit pas plus de 9h30 du matin, la température ne descend pas en dessous de 23°C la nuit et le soleil fait vite monter les enchères thermiques.

Voilà, la voiture louée étant rendu à son propriétaire (EUROPCAR un des plus chers du marché mahorais et le plus disponible quant à ses catégories de véhicules proposés) je m’enquiers de préparer à manger aux enfants. Une fois tous à l’école de la République « mahoraise » car ici il faut bien dire qu’ici on se sent plutôt dans la France de la 3ème ou 4ème République, je vaque à mes occupations du moment.

Dans les magasins de tout-venant pour l’intérieur d’une maison on trouve des objets étonnant tel le modèle réduit, pour faire du café à deux, de la même cafetière que mes parents ont utilisé pendant toute mon enfance, elle datait des années 60, toute en alu, du solide ; et bien les asiatiques ont repris le moule, le brevet et zou gallinette, aujourd’hui ils abreuvent l’océan indien et le reste du monde de leurs produits à bas coût, copies récentes ou passées de la technologie occidentale..

En passant c’est relativement peu cher les produits asiatiques mais alors qu’est ce que c’est peu solide bien souvent ça casse avant même qu’on s’en serve mais ici vu qu’il y a peu de choix disponible il est presque immanquable d’acheter du “made in China” ou “made in indonesia”.

L’après-midi j’ai tenté durant de longues heures d’obtenir des rendez-vous ou juste un contact téléphonique avec de particuliers vendant leur auto par petites annonces dans le gratuit local, « le 97-6 » pour les intimes. Mais il faut croire qu’ils se sont donnés le mot pour être tous absents. Flûte !

Le montage de chaises et d’étagères embruma l’autre partie de l’après-midi d’une aura de volupté incomparable quand on voit avec quelles solutions techniques nos chers asiatiques conçoivent leurs mobiliers. Mais non je ne suis pas anti-jaune au contraire, c’est une culture que j’adore quoique je n’aime pas le pastis…quel rapport ? Bon on ira faire un tour chez Maître Capello à moins que ce ne soit Gödel dont j’ai besoin ! S’ils copient les occidentaux c’est en général le design mais ils oublient de regarder le savoir-faire des artisans du couchant car tourner une vis d’un 1/8 de tour sachant qu’il y a une bonne douzaine de tours à faire par vis ça donne matière à se réveiller au vitupérant vocabulaire du capitaine Haddock.

Encore une journée où je me sens las alors que je n’eusse pas poussé des wagonnets au fond d’une mine me semble-t-il. Je suppose que c’est la chaleur qui me provoque cette lassitude. Quelques kilomètres à pied en pleine chaleur suffisent à me rendre fatigué même en matinée. Va comprendre. En France métropolitaine, le froid paralyse et nous gèle les c…oudes et les genoux, on se sent vite raide ou recroquevillé c’est selon, sous l’équateur c’est plutôt la liquéfaction qui menace, même en sortie de piste ! Comprendra qui voudra…je ne vais pas faire de dessin, enfin pas pour cela.

D’autres aventures arrivent en rédaction prochainement avec des photos et oui c’est incroyable non, ne loupes pas le prochain épisode des aventures de mickamayotte en pleine lutte contre les dragons de fer…des photos à la pelle et c’est pas de la tarte, avec le 56k bas débit il faut être motivé.

Je joins les paumes des mains.

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