- Tiens que fais-tu là ?
- Je me lève comme tout les matins je prépare mon thé.
- Ah oui c’est vrai tu n’aimes pas manger les insectes toi ; moi je ne vais pas tarder à me reposer j’ai le ventre plein avec toutes ces fourmis volantes ingurgitées cette nuit je me sens gonflé.
- Veux-tu que je te raconte l’épisode de ma recherche d’une automobile. Tu sais ce sont ces engins mécaniques qui roulent en faisant un bruit de tonnerre ?
- Ah oui, c’est ce que j’entends autour des maisons ! Que t’est-il arrivé ?
- Rien d’extraordinaire, je veux juste illustrer quel est l’état d’esprit des mzougous qui veulent se débarrasser de leur automobile. J’ai épluché les annonces locales afin de trouver une auto le temps que le conteneur, dans lequel se trouve notre 406, arrive à destination de Mayotte, soit début novembre au plus tôt.
Recherchant des voitures à plus bas coût possible, j’ai téléphoné à des personnes proposant une auto entre 900 et 2500 euros, mais à chaque fois il y avait anguille sous roche. Certains n’ayant pas encore le contrôle technique pour cause douteuse, d’autres oubliant de préciser dans l’annonce que la voiture est une 4 places effective mais que la carte grise n’en autorise que deux, d’autres enfin affichent une liste de réparations qui laisse entrevoir l’espoir d’une auto saine…et l’espoir faisant vivre, je prends rendez-vous.
Le moindre essai est en soi un souvenir mémorable, ainsi cette Clio de première génération, à deux portes de chez moi, n’avait plus de système d’accroche pour la ceinture et celle-ci ne s’enroulait plus ce qui permettait à un éléphant de passer la fameuse ceinture à l’encolure, bref ça partait mal une auto sans système d’attache pour le conducteur ! Le siège n’était pas celui d’origine tout comme l’échappement qui venait d’un autre modèle ainsi que diverses autres pièces. L’essai confirma ce que je pressentais. Un bruit digne d’un amas de casserole trainant par terre s’échappait du compartiment moteur comme pour indiquer qu’au-delà de 10km/h il fallait se méfier d’une éventuelle autodestruction inopinée de l’engin. La modique somme de 2500 euros demandée devait correspondre au prix investi par le propriétaire dans les rustines….
Une autre fois j’ai essayé une vielle voiture de 15 ans, peu chère cette fois-ci mais dont la rouille laissait entrevoir un possible abandon de l’échappement, des roues ainsi que des portières en cours de route…
Une autre auto juste entrevue sans son propriétaire permettait aussi d’envisager une rupture des fixations d’amortisseurs dès le premier nid-de-poule…Les autos en dessous de 3000 euros sont des épaves à Mayotte, c’est quelque chose qu’il faut savoir avant de s’installer ici.
Ces gens ont inventé de nouvelles règles algébriques : 2500 = zéro. Je pense qu’un nouvel espace-temps s’ouvre à nous dans lequel le rien peut devenir beaucoup (d’emmerdes) et le tout peut devenir rien (tu continues à marcher à pied c’est écolo vois-tu), c’est ce qu’on appelle en cosmogonie la singularité du continuum d’espace-temps à densité post-critique. Ce qui est le plus comique c’est la façon dont les heureux propriétaires vantent les mérites de leur véhicule dès qu’un clignotant fonctionne correctement ou même que, oui…, on arrive à passer la troisième et à faire du 45km/h ! Vraiment, pourquoi veux-t-il la vendre son auto de si bonne facture et avec autant de qualités ?
Ce genre de véhicules sont vendus pour pièces en métropole ou ils vont direct à la casse. Ici on recycle et ce ne sont pas les mahorais qui vendent ces autos délabrés car on pourrait leur pardonner du fait qu’ils ont déjà des difficultés à s’acheter un véhicule et ensuite à l’entretenir vu qu’ils ont des postes présentant des salaires peu élevés mais non ce sont les bons mzoungous fonctionnaires dont le niveau de vie fait parti des plus élevés de l’île qui osent vendre sans scrupules ces cercueils brinquebalants.
Tu vois Margouille, ici les normes des humains sont différentes et tu as de la chance de ne pas avoir besoin d’aller plus loin que cette maison, tu trouves tout ce qui te contente sur place, la nourriture et les cachettes pour te reposer.
- Oui mais je me méfis des oiseaux certains me font très peurs ils sortent le soir et passent tout près de moi….avec leur grosses dents.
- Ah ! Tu veux parler des roussettes ? Ce sont des chauves-souris pas des oiseaux c’est vrai qu’elles sont impressionnantes mais tu sais elles sont inoffensives car elles sont frugivores et passent à côté de toi parce qu’elles vont s’accrocher à la branche voisine pour se délecter des fruits qui s’y trouvent.
- Ah oui, je suis bien content de le savoir, dorénavant je serais plus tranquille lorsque je les verrais. Je connais bien les makis, tu sais ces lémuriens endémiques de Mayotte, ce sont mes amis ; ils habitent dans les arbres comme moi et ils adorent les bananes mais comme je suis tout petit je ne fais que les lécher ce n’est pas comme toi et ta famille qui vous faîtes des bananes au rhum et aux raisins par vingtaine à chaque fois.
- Ici les bananes sont tellement abondantes et à 5 ou 8 euros le régime auprès des marchandes de fruits et légumes au bord des routes, on aurait tord de ne pas cuisiner ce délicieux dessert. Tu veux la recette ?
- Pourquoi pas, je pourrais l’apprendre à mes amis.
- Il faut mettre un peu de beurre dans une poêle, y placer les bananes coupées en deux dans le sens de la longueur, faire chauffer, ajouter le rhum (un verre) au bout de 5mn, avec les raisins secs et laisser cuire de façon à ce que les bananes deviennent toutes molles. Tu ajoutes un peu de sucre dessus et tu le laisses s’épaissir légèrement en caramel, tu n’as plus alors qu’à servir. C’est ma maman qui en faisait quand j’étais petit, j’ai appris en la regardant, elle sait d’ailleurs très bien cuisiner seuls le riz et les pâtes lui semblent difficile à maîtriser mais c’est rien à côté de tout ce qu’elle sait si bien cuisiner. J’ai une amie qui est un as de la cuisine, elle s’appelle Anne et avec trois fois rien elle te fait un repas succulent, c’est un prodige. Mais si Anne sort du lot beaucoup d’autres sont de fins cordons bleus, je ne vais pas les citer mais c’est toujours un plaisir pour le palais que d’être invité chez eux en complément bien sûr du simple plaisir à les revoir. Mais je t’en reparlerai.
- Tu me feras goûter ce dessert?
- Bien sûr et je te les mettrai dans un petit bol. A propos des makis, nous en avons rencontré le jour de mon arrivée. C’était chez une dame à qui nous avons acheté une commode et avec qui nous avons sympathisé, elle est même venue chez nous nous l’apporter. Tu ne l’as pas aperçue ce jour là ?
- Si je me rappelle maintenant elle avait l’air très gentille, c’est elle qui fait du yoga comme toi ?
- Oui, son maître est indien et elle compte aller habiter près de lui l’an prochain et ainsi travailler là-bas. Anne-Marie, c’est son prénom, a de grandes qualité d’attention ce qui nous a d’emblée séduit, Fabienne et moi. Chez elle les makis descendent dans son jardin tous les jours mais elle nous a dit que cette année il n’y avait pas eu de petits. Je ne sais pas s’il y a des observations en cours des populations de l’île et de l’éthologie des groupes constitués mais il serait intéressant d’en savoir plus.
- Surtout que les makis ne sont pas farouches et sont faciles à observer, ça pourrait faire l’objet d’une thèse ça…l’étude des makis de Mayotte.
- Mais c’est déjà fait, en l’occurrence de la part de M. L Tarnaud du MNHN (Muséum de Paris). http://laurent.tarnaud.free.fr/


25 avril 2011 à 0 12 13 04134
déroutant
une belle
leçon de liberté