Les réalités de Mayotte…

Bord de route à Kaméni

Bord de route à Kawéni

Les plages et le lagon bleu c’est bon pour les blancs qui viennent ici en retraite ou pour quelques années, le tourisme étant ici balbutiant (heureusement parce que les projets en cours vont détruire les parties encore préservées de la côte).

La réalité de Mayotte c’est que les mahorais (qu’ils soient de souche ou d’ailleurs) qui le peuvent font des maisons avec une terrasse entièrement fermée de grilles métalliques de haut en bas, les fenêtres ont toutes des barreaux, de vraies prisons…les autres ont un banga en béton pourri, parfois déformé par les mouvements du terrain ou bien un succinct abri de tôles, tissus et cartons…

Sur un terrain vague à Cavani

Sur un terrain vague à Cavani

La réalité ce sont les habitants qu’ils soient blancs ou pas qui se font cambrioler, la réalité c’est que les blancs se font surtout cambrioler lorsqu’ils viennent de recevoir leurs affaires par les déménageurs… l’information circule efficacement pour faire connaître les bons filons.

En effet entre le pauvre anjouanais qui entre, désespéré, dans une maison pour vider un frigo et l’organisation ou les organisations bien structurées qui vident une maison en 4ème vitesse ou qui emportent systématiquement les matériels audio, vidéo ou informatique il y’ a plus qu’un pas mais deux mondes. L’un fait ce que tout un chacun pourrait être amené à faire dans le besoin le plus immédiat, l’autre c’est l’organisation pérenne avec “espions”, indics, taupes, camions, bateaux de transit vers Anjouan, atelier de démontage et de transformation etc. Car le vol ici est une institution et personne n’y échappe. Que ce soit les vitres cassés pour voir s’il n’y a pas un truc dans le coffre de la voiture, la moto volée qui repart en pièce détachée vers les Comores, les moteurs de bateaux idem, ou l’appartement semi-vidé de son contenu. Sur une durée de deux à quatre ans personne n’échappe quasiment à cela ou du moins à une tentative !

banga à cavani

banga à cavani

Chaque personne rencontrée nous affuble de son anecdote personnelle: les vélos volés le jour même de leur arrivée dans le jardin, les cartons (c’est plus pratique quand tout est emballé!) volés la veille de leur départ du logement avec les déménageurs (là il ne peut y avoir l’éventuelle visibilité, dans la rue, du camion du transporteur déposant les cartons pleins dans le logement à leur arrivée sur l’île …chacun devine d’où l’information peut provenir…). Le risque de vol est ainsi le plus grand les semaines qui suivent l’arrivée des affaires par la société de déménagement mais aussi lorsque du gros matériel est acheté sur place. Cela n’est pas anodin et contribue à créer une ambiance malsaine sur l’île ou la méfiance gagne les esprits depuis une dizaine d’années.

La réalité c’est donc des mesures de prudence quand on est chez soi (car cela ne garantit aucunement d’être épargné): fermer les portes à clés, éviter de laisser les affaires sensibles près des fenêtres (technique du bâton enduit de glue…), cacher les clés et les sacs à main quand on se couche (méthode des enfants qui entrent par les fenêtres pour chercher les clés sur les portes…). Ou bien dehors: laisser les vitres de sa voiture ouvertes (comme ça elles ne sont pas cassées) ou attendre qu’elles soient cassées ‘sic), éviter de laisser un véhicule dans une zone isolée, mettre Plusieurs cadenas sur sur sa moto, éviter d’aller sur un plage isolé au nord ou au sud de l’île, éviter de se balader seul dans la nature (surtout les femmes) etc…éviter de marcher la nuit à cause des chiens errants pas vraiment très sympas.

Mayotte c’est une île qui se pollue car aucune structure n’est développée en parallèle avec son entrée dans l’ère de la consommation du XXIème siècle.

enfants au boulot

enfants au boulot

Une île où les poubelles sont renversées par les enfants qui les fouillent espérant y trouver leur bonheur hebdomadaire, où les fossés sont emplis de détritus ou d’un liquide noirâtre, où des bidonvilles s’agrandissent en périphéries des villes dans lesquels il n’y a ni assainissement ni électricité et parfois ni eau…où les enfants se lavent dans les caniveaux ‘ et s’y noient parfois) quand il pleut ou fouillent les décharges tout comme les enfants des bidonvilles de Buenos Aires.

La réalité ce sont des gens aux maladies non soignées, maladies de peau, parasitaires, infectieuses parce qu’ils n’ont pas les 10 euros (forfait maximum pour tous soins à l’hôpital en dehors d’un accouchement) ou ne veulent pas s’afficher dans la rue à la vue de la police et risquer un retour vers les Comores où la torture et la misère ne sont pas rares.

La réalité de Mayotte c’est un banga qui prend feu entièrement malgré l’arrivée rapide des pompiers sur les lieux parce que l’alimentation électrique du logement était bricolé “maison” comme on peut le voir dans certaines villes indiennes dans les beaux reportages télévisées qui affichent la misère du monde mais surtout pas celle de Mayotte. Cela ferait fuir le peu de touristes s’intéressant à l’île!

La réalité, c’est la fuite de ces mêmes personnes dont la maison vient de brûler, à la vue de la police arrivant après les pompiers, afin d’éviter un éventuel contrôle et un retour en Comores…

La réalité c’est que la moitié de la population est clandestine et survie misérablement dans les bidonvilles périphériques ou en forêt.

La réalité c’est qu’il n’y a aucune politique d’autosuffisance alimentaire sur l’île. La réalité c’est que le Conseil Général n’a plus de rond dès le milieu de l’année. La réalité c’est que les personnages politiques mahorais ne pensent qu’à se faire réélire (tiens ça me dit quelque chose cela).

La réalité c’est que les populations de toutes espèces animales dans le lagon diminuent fortement depuis dix ans.

La réalité c’est que les chiens errants attaquent les tortues qui viennent pondre sur les plages.

La réalité c’est que la pratique du brulis continue sur l’île avec l’érosion conséquente lorsqu’il pleut.

La réalité c’est que moult mahorais(es) attendent sagement la départementalisation de Mayotte sur l’île de La Réunion où le RMI est en place (le RMI/RSA sera mis à Mayotte aussi lorsqu’elle deviendra département).

La réalité c’est que les mahorais/Anjouannais perdent petit à petit leurs sourire si africain pour afficher des visages triste ou apeurés, voir agressifs mais il reste encore de très très beaux sourires à tous âges.

La réalité c’est lorsque je passe à pied devant un boui-boui/bar dans la zone industrielle de Kawéni devant lequel deux hommes, aussi saouls l’un que l’autre, se tapent dessus tout le monde les regarde sans bouger…seule mon intervention les a fait se séparer, fichtre une fois revêtu mon habit de Superman, même pas peur,… super serein !

La réalité de Mayotte ce sont ces enfants qui se précipitent sur la baguette qu’on leur donne en sortant de la boulangerie.

La réalité de Mayotte c’est l’absence d’orphelinat…

La réalité de Mayotte, ce sont des centaines d’ Anjouannais qui se noient chaque année pour parvenir sur l’île.

La réalité de Mayotte c’est une prison qui n’a pas grand chose à envier au bagne de Cayenne.

La réalité c’est que Mayotte évolue trop vite et n’a pas (encore?) les moyens administratifs, humains, économiques, politiques et culturels pour assainir sa situation.

La réalité de Mayotte est qu’elle représente le territoire français le plus densément peuplé et le plus miséreux.

La réalité de Mayotte: c’est le territoire français le plus densément riche, écologiquement parlant, mais où les déchets s’accumulent dans le lagon en même temps que les huiles de vidange et autres produits tout à fait sains pour la vie!

Des objets très rares sur l'île...

Des objets très rares sur l'île

La réalité de Mayotte est une vision décalée selon qu’on s’intéresse à ses poissons ou à ses habitants mais finalement chacun d’entre d’eux s’ébrouent vers un même destin.

Prochainement, je réaliserai une série de photos sur les conditions de vie à Mayotte car les images valent tous les m’ots.

La réalité de Mayotte c’est pas Haïti mais c’est la France haïtienne…c’est loin très loin de paris alors on ne sait pas trop quoi en faire vu qu’il n’y a pas de pétrole ou de mine de diamant, préserverait-on l’industrie du parfum de luxe avec l’Ylang Ylang? Je vais un peu loin mais on se demande pourquoi un tel laisser-aller depuis tant d’années. Aucune politique sérieuse n’y a jamais été envisagée. Et surtout le gros problème de Mayotte réside dans ses relations tendues avec les Comores et dans la collaboration inexistence avec ses voisins où la misère et le totalitarisme politique mène la danse et contribue à briser la culture mahoraise.

Faut venir se rendre compte….éventuellement.

Liens:

un blog très intéressant, un peu radical mais qui présente l’autre facette de Mayotte et des relations extrêmement tendue avec les Comores: http://sidielhad.skyrock.com/

et un deuxième fait par un “local” aussi: http://moindjie.centerblog.net/

Tempête tropicale Asma

En ce vendredi, l’ex-ouragan Asma passe sur Mayotte, il s’est transformé en une petite tempête tropicale, il pleut, parfois modérément sans vent d’autres fois des bourrasques, liées à des phénomènes orageux, mêlées de pluies drues animent le ciel. Rien d’exceptionnel, cela ressemble au phénomène cévenol lorsque de l’air chaud et humide remonte de la Méditerranée à la faveur d’une dépression venant de l’ouest et traversant le sud de la France ou le nord de l’Espagne.

Le temps est gris, la visibilité descend à 1km ou moins quand il pleut: une ambiance de Métropole presque!

La journée d’hier était particulièrement lourde malgré le peu de soleil entrevu mais les nuages ne présentaient aucun signe précurseurs. Il va me falloir quelques temps avant de pouvoir déceler les signes annonciateurs de phénomènes spéciaux, reconnaître les vents dominants, les signes diverses permettant  de deviner un changement brutal les heures suivantes (le chat du voisin qui se met à croasser, le vinaigre qui se transforme en vin, les mahoraises qui sortent leur parapluie etc., peut-être deux ans ?

Avec une image satellite c’est plus facile de savoir ce qu’il se passe sinon on peut aller par exemple sur http://cimss.ssec.wisc.edu/tropic/tropic.html ou sur les deux sites suivant: Météo-France Mayotte

http://pagesperso-orange.fr/meteoclimato/Meteo_extreme.htm

Tempête ex-Asma arrivant sur Mayotte

Tempête ex-Asma arrivant sur Mayotte

Panique dans le grand bleu

Le collier de fleurs de Florian réalisé de ses mains et offert à sa maman

Le collier de fleurs de Florian réalisé de ses mains et offert à sa maman

Ce dimanche 19 octobre, afin d’échapper aux informations continuellement démoralisantes de notre monde politico-économique nous parons à Tahiti! Et oui une traversée de l’île d’une vingtaine de kilomètres suffit à nous rendre sur Tahiti plage. La plage en elle-même n’est pas plus exceptionnelle qu’une autre si ce n’est que des arbres salvateurs nous accueillent sous leur ombrage.

Situation de Tahiti plage sur l'île

Situation de Tahiti plage sur l'île

Notre épisode du mois dernier où il nous a fallu à peine une heure pour nous couvrir de brûlures très conséquentes nous fait rechercher l’ombre systématiquement et nous ne sommes pas les seuls à adopter cette attitude. Le soleil haut placé dans le ciel est vraiment très puissant.

La marée, étant basse vers midi Fabienne et les enfants s’en allèrent découvrir l’eau pendant que je gardais les affaires (c’est comme ça ici, on ne peut rien laisser…) et entamait une aquarelle de la plage (ma première aquarelle en fait et je ne vais certainement pas l’afficher ici….pas beau!).

Une heure plus tard ils reviennent avec des histoires de poissons plein la tête.

Je m’embarque alors avec masque palmes et tuba pour observer les fonds du platier local.

Les mêmes poissons que d’habitude broutent l’herbier, Florian est avec moi je le tiens par la main, nous observons de plus en plus d’animaux intéressants au fur et à mesure que nous nous approchons des limites du platier.

Puis nous sommes sans nous en rendre compte encerclés de multiples coraux où les poissons foisonnent, des bleus, des jaunes, des verts, des bi, tri, quadricolors se cachant entre les branches calcaires. Devant nous le platier disparait pour faire apparaître entre les coraux de plusieurs mètres le bleu intense et glacial des profondeurs…Florian a peur et je ne réalise pas encore comment c’est car nous ne sommes pas encore à la limite du tombant.

Je le ramène ainsi près du bord et retourne m’imprégner de ces lieux.

L’eau près du tombant présente des courant moins chaud, voir frais mais cela reste supportable sans combinaison. J’admire le spectacle de ces couleurs plus fantastiques les unes que les autres, de ces coraux bleuâtres aux accent de lavande et aux irisations si subtiles.

C’est le domaine de multiples formes de vie dont je ne connais rien, je me sens si admiratif et si étranger à ce milieu où les dangers sont présents sous formes de dents acérées.

Les requins ne passent pas ici, mais beaucoup de poissons de bonne taille sont territoriaux et ne supportent pas les intrus (dixit les guides naturalistes) alors je me méfis.

Justement, un instant dans le flou de l’éloignement j’aperçois une forme énorme par rapport à ce que je vois d’habitude, je pense à un mérou mais en m’approchant de suite une tortue verte m’apparait dans toute sa grâce, des gestes tranquilles l’emporte vers les profondeurs.

Elle devait être à 4 mètres et a pris la fuite en me voyant.

Je la vois ainsi descendre calmement vers ce bleu si étrange et inquiétant. J’entre quelques instants dans son monde là où sa conscience lui dicte des lois dont nous autres humains sommes si loin d’imaginer les règles et je me sens à ce moment là redevable de toute cette destruction humaine envers le monde marin.

Il se passe à tout instant en ces lieux des évènements que nous n’avons dans notre quotidien de la vie terrestre quasiment jamais conscience.

Chacun ayant son monde.

Tortue verte, Chelonia Mydas

Tortue verte, Chelonia Mydas

Et cela est fondamental!

Chacun son monde, sa réalité. C’est vrai entre humains mais aussi dans les relations entre espèces.

Le monde marin s’ouvre…l’océan est la première source de vie sur la Terre, première du point de vue temporel et du point de vue masse biologique. Le tombant s’offre à moi même si je nage en surface, le vertige de ces profondeurs m’amène à une angoisse certaine, une peur d’un inconnu où des dizaines de mètres d’eau sont près à me happer et me tirer vers le fond froid et irrespirable…je reste au bord bien protégé par ces immenses structures de corail où les poissons multicolores continuent leurs danses.

Un trio de carangues passe plus bas, j’espère qu’elles ne m’ont pas vu…comme si je surprenais devant un troupeau de lionnes en pleine brousse!

Ce bleu si profond me rend presque irrationnel, étant mauvais nageur et me sachant paniquer autant par le même vertige que celui qui m’envahit en escalade. La source est la même: la peur de ce vide qui va m’attirer et m’engloutir définitivement…

Un tombant ourlé de coraux

Un tombant ourlé de coraux

La lumière si près de la surface est magique, la marée basse permet à la vie corallienne de montrer toute sa richesse sous la belle clarté de ce début d’après-midi alors que le ciel est encore près du firmament.

L’effroi et l’imagination de monstres marins prenant forme soudainement me font rentrer près du rivage et puis l’eau froide près du tombant commence à me faire frissonner et j’ai faim, non mais!

Fabienne et les enfants ayant eu l’information de la présence de la tortue, ils retournent se mettre à l’eau et là c’est une tortue à bec qu’ils peuvent longuement observer broutant, indifférente, les algues du platier.

Une seconde mise à l’eau m’a permis non seulement de voir la tortue à bec précitée mais aussi une nouvelle tortue verte, ou la même probablement, dans une zone où l’eau était trouble car chargée de limons.

Les autres baigneurs barbotaient joyeusement à 30 mètres des reptiles entrevus. Fabienne n’a pas osé aller seule près du tombant pourtant elle a déjà fait de la plongée à 15mètres…comme quoi la bouteille et le tuba ce n’est pas la même chose!

Tortue verte

Tortue verte

Le grand bleu est attirant car tout s’oublie, une autre réalité s’anime, un autre espace s’apprécie et je ressens cette image de la fin du film de Besson où finalement la vie, la mort n’ont plus d’importance…seul l’instant est précieux.

Coraux de la passe en S

Coraux de la passe en S

Les photos sous-marines de cet article proviennent essentiellement du site très intéressant: http://www.mayotte-photos-plongee.com

Art ou ne pas être, de la nécessité de l’art ou du sens de l’être.

tryptique du jardin des délices, Jérôme Bosch, 1504

Triptyque du jardin des délices, Jérôme Bosch, 1504

L’être humain a-t-il nécessité de faire de l’art ou est-il art lui-même ?

Quelle éphémère subtilité naît dans ce qui est désigné art par rapport à ce qui ne l’est pas ?

L’art vient-il d’une esthétisme géométrique parfait comme on peut le voir dans les bâtiments illustres ou est-ce plutôt le sentiment associé qui définit l’appartenance de cet objet à l’art ?

L’art, tel qui est couramment vécu de nos jours, n’est plus associé à la beauté comme cela fût consacré pendant des siècles avec les œuvres peintes de Botticcelli, Tura, Rembrandt, Fragonard…, les impressionnistes et leurs descendants culturels dans le surréalisme, le cubisme, le réalisme, l’expressionnisme, ou l’abstrait ont montré que l’art (si la convention nous permet de définir ces œuvres comme faisant partie de l’art) n’est plus que beauté, allégresse, féerie et apaisement mais peut être dérangeant, irréel par le truchement des sentiments et des émotions provoquées. Le surréalisme vanté au XXème siècle ne se retrouve-t-il pas initié dans les œuvres de Bosch à la fin du Moyen Age ? Preuve que la seule beauté n’était déjà pas le seul intérêt de l’art.

Italia et Germania, Overbeck, achevé en 1828

Italia et Germania, Overbeck, achevé en 1828

L’art serait la qualité d’une chose, élaborée par un humain, qui permet à l’individu de développer des sentiments, des émotions. Mais à ce stade cette définition est encore trop vaste et permet l’entrée des actes humains les plus néfastes. L’émotion des dictateurs et de leurs condisciples procurée lors d’actes de guerre ou de tortures ne peut être englobée dans le creuset de l’art bien entendu. L’art se doit d’élever la conscience et l’âme humaine, que l’œuvre soit laide ou dérangeante, l’art ne peut être associé à la destruction et à l’inhumanité. L’art doit porter la femme et l’homme dans le mouvement universel, de manière concomitante avec l’évolution grandissante de sa conscience.

Dans cette définition, plus qu’ étendue, l’art naît du sentiment humain dont la source est une chose. Mais cette chose que doit-elle être ? Un objet uniquement ?

Ruggiero Rescuing Angelica, Ingrès

Ruggiero Rescuing Angelica, Ingrès

Dans ce cas on écarte la possibilité que l’art soit une chose de source humaine directe.

La danse, le théâtre n’en sont plus.

Si l’art peut prendre sa source dans l’humain et pas seulement dans ses mots ou ses mouvements alors un être simple devient art sans qu’il soit nécessaire de passer par une œuvre construite comme l’intermédiaire que constitue la technique photographique, la peinture ou le dessin.

La danse est un art visuel par la beauté des mouvements, des silences des corps mais comme tout spectateur a pu l’expérimenter la danse est un art d’émotion, émotion ressentie tant par le spectateur que par le danseur et par cette réciprocité qui est la particularité des arts vivants.

Le baiser, 1859, Franscesco Hayez

Le baiser, 1859, Franscesco Hayez

La réalité deviendrait-elle Art ?

On tend ici vers une philosophie du sens de l’univers proche du mysticisme ou de la métaphysique.

Alors quoi ?

Où faut-il poser une limite si toutefois il s’avère nécessaire d’en considérer une ?

Sur la frontière entre objet et non objet, entre fruit du travail et ce qui vient du naturel ?

L’art est lié immanquablement à l’humain et quelle que soit la beauté d’un paysage, d’une galaxie, cela n’entrera pas dans la définition de l’art. La distinction est nécessaire pour que, justement l’être humain puisse se sentir « à part ».

En effet, sans ce potentiel créateur qu’il glorifie dans cette apologie qu’est l’art, l’être humain se sentirait objet quelconque et non plus objet « suprême » de l’univers.

L’être humain crée, se veut de créer, pour se glorifier, il pense atteindre l’essence de son âme en cet exercice. Il se compare aux choses de l’univers et s’admire dans un miroir auréolé qui l’en distingue.

L’ Homme « est » et se différentie par son ouvrage, par sa connaissance, par la conscience de ses sentiments. Et il se croit l’unique représentant de cette qualité car il se sait pensant et affirme en être le seul. L’ Homme se mousse et se congratule d’être, il se plaît à s’admirer grâce à l’art. En fait comme en toutes choses admiratives, il admire ses sentiments.

La Joconde, Léonard de Vinci, achevée en 1505

La Joconde, Léonard de Vinci, achevée en 1505

L’art est le prétexte à l’égocentrisme humain. Par cette invention, l’Homme a trouvé le moyen de croire en sa haute dignité, en sa haute considération, en son prestige face à l’univers. En cela je pense que l’art a précédé le sentiment religieux. Concrètement, c’est l’art lui-même qui l’a fait naître, qui lui en a donné la source émotionnelle, qui a construit les prémices initiant l’élaboration mystique en l’Homme.

De la connaissance de soi, de sa conscience et de son admiration est née la volonté de rendre communautaire cette conscience ineffable en une structure nouvelle qui permette aussi d’unifier les esprits : les rituels. Rituels où le mouvement, les paroles, les chants, les danses, les graphismes et les parures dessinent l’acquiescement au symbolisme mystique du sentiment et de la conscience humaine.

Chasseriau

Chasseriau

L’art s’il vient du mouvement émotionnel et du caractère unique- envisagé en son temps- des sentiments humains a ouvert la porte aux préceptes d’une connaissance suprême qui porterait la création humaine comme l’ultime chef d’œuvre.

Le palais du Taj Mahal, Inde

Le palais du Taj Mahal, Inde

Nos ancêtres ont figuré moult graphismes dans les grottes mais on peut imaginer qu’ils devaient en mettre partout, sur les arbres, le sol et les pierres. La conservation de ces fresques pendant des milliers d’années dans les grottes étant juste due aux conditions atmosphériques favorables à cette pérennité.

Dame à la capuche, aurignacien, -29000 ans

Dame à la capuche, Aurignacien, -29000 ans

Ces dessins de quelques dizaines de milliers d’années sont une parole envers la communauté mais surtout envers le reste de l’univers, en l’occurrence les animaux ou les lumières célestes, le Grand inconnu. C’est le premier signe de dialogue avec une vision cosmogonique ou bien fantasmagorique de la nature des choses et de la place de l’Homo dans tout cela.

Young Italian, Franz Xaver Winterhalter, 1834

Young Italian, Franz Xaver Winterhalter, 1834

De ce dialogue initié, s’engendrent les contes, les légendes, les croyances et la création d’un monde imaginaire où l’être prend sa place. L’art en soi explose dans une vérité de conscience, il devient construction, monuments, parures, poésie, danse et cela toujours dans un esprit de dialogue et de satisfaction de soi ou de la communauté ou bien des forces célestes qui apportent dans leur satisfaction : troupeaux, moissons et guérisons.

La foreg, Hermann Von Menzel, 1875

La forge, Hermann Von Menzel, 1875

On peut dire qu’aujourd’hui il existe une facette de l’art aux cochons avec un jeu de mot expressément voulu. Le gribouillis, le néant même figure comme lettre de noblesse auprès de critiques exaltant leur verbiage plus que l’œuvre ne peut contenir comme informations ou sentiments. Alors je considérerai un monde pour chaque œuvre, ce monde se définira comme complaisant envers un objet qu’il considérera comme de l’art, ce ne sera peut-être pas les cas d’un autre monde (mondain ou pas), qu’il soit en partie ou non imbriqué dans le premier peu importe. L’art est alors constitutif de groupes humains en satisfaction avec l’œuvre pour en attester l’appartenance. L’art devient culturel, ce n’est ainsi pas une découverte !

Sébastien lesage, art brut, première oeuvre

Sébastien lesage, art brut, première oeuvre

Et la culture de chacun portant des points communs en différentes proportions avec autrui porte ainsi l’art à l’existence du soi, au sens du soi.

Le soi, le moi définit l’art comme l’empreinte digitale s’accorde avec un seul être.

L’art est alors unicité d’un être qui malgré cela cherche à accorder son esprit avec sa communauté.

Qu’en est-il de l’ Humain qui fait l’art ?

C’est l’ultime aboutissement de la réflexion personnelle et pourtant l’artiste n’est pas souvent heureux de son œuvre, souvent il la juge imparfaite, inachevée. Quand l’œuvre concrétisée rejoint le vouloir et l’objectif dessiné dans l’esprit de l’artiste, alors l’appellation « œuvre » prend tout son sens, sinon elle reste un objet travaillé comme peut l’être un creuset de bois utilisé pour boire. Mais cette proposition peut être réfutée par le fait que ce qui est un objet à une époque contemporaine peut devenir une œuvre d’art à une époque future c’est pourquoi l’œuvre d’art ne peut s’adjoindre cette qualité unique, l’œuvre est trop complexe en soi, elle dépend de sa qualité, de sa rareté et comme on l’a vu de l’acceptation de ses pairs spirituels.

Triomphe de Vénus, François Boucher, 1740

Triomphe de Vénus, François Boucher, 1740

L’œuvre serait achevée. Le chef d’œuvre, lui n’a pas cette condition a posteriori, il suffit de s’interroger sur les peintures ou dessins inachevés de grands maîtres qui font aujourd’hui partie du domaine du grand art actuellement de par la maîtrise reconnue du peintre. Pour l’esprit commun un chef d’œuvre se doit d’être beau et exceptionnel mais on peut le qualifier autrement.

Le chef d’œuvre est en soi un travail et ce travail doit être non seulement de qualité mais il se doit d’être maîtrisé et cela rejoint la clause précédente où la maîtrise permet d’affirmer une œuvre et parfois un chef d’œuvre. Les maîtres en peinture sont peu nombreux.

Le massage, Edouard Debat-Ponsan, 1883

Le massage, Edouard Debat-Ponsan, 1883

Alors comment sort-on de cet imbroglio? Comment discriminer le chef-d’œuvre de l’œuvre simple?

La pratique permet d’affirmer qu’il n’y a pas de recette et que le chef d’œuvre finalement s’octroie ce qualificatif uniquement pour des raisons circonstancielles. Si parfois ces raisons sont acceptées de toutes cultures et s’adjugent une autorité impossible à bafouer (qui oserait réfuter l’art d’un Léonard?) elles sont en d’autres circonstances issues du hasard, de compromissions douteuses ou de causes sociales et politiques. Tout est encore une fois histoire de conventions obligées et de concordances culturelles.

Born to be bones du chinois Wu-Xiaochuan ne semble pas un chef d’œuvre en soi techniquement parlant mais il est éloquent d’évocation dans l’émotion, enfin c’est ce que j’en perçois. Il trouble, interroge, reconsidère, absous l’inconsistant et le superflu et fait émerger des émotions profondes sur la nature humaine ,sur sa réalité. N’est-ce pas cela aussi l’art des couleurs? L’Art, simplement?

L’histoire de l’art nous montre que peu de peintres, Van Eyck, Léonard De Vinci, Rembrandt,… maîtrisaient toutes les étapes de leur travail. Certains n’accordant d’importance qu’au mélange des couleurs sur la toile sans se soucier de leur pérennité dans le temps ni de la qualité du dessin (Van Gogh, …). L’art du dessin disparaît alors au profit de l’art visuel des amalgames des couleurs rapprochés. L’art prend une forme moins complète, réduite, amenuisée semble-t-il.

Born to be bones, wu-xiaochuan, 2007

Born to be bones, Wu-Xiaochuan, 2007

Car si cette juxtaposition de couleurs fait naître des sentiments, elle prend matière dans tous les courants picturaux : le réalisme, le surréalisme, l’abstraction et j’en passe puisque c’est le propre de cette technique picturale.

L’artiste veut parfois réduire le sentiment à celui plus primitif d’une reconstruction consciente du schéma lui-même inconscient (chez la plupart des individus) de l’émergence des sentiments et des émotions. Si grâce au bleu Klein sied un apaisement certain voire un sentiment de beauté de la couleur, ce n’est pas œuvre de philosophie non plus. D’ailleurs certains artistes ne se cachent pas de dire au grand jour que leur œuvre n’a rien à dire et n’est nullement réfléchie: André Marfaing peignait des traits noirs comme un enfant gribouille son cahier en s’ennuyant, il mettait du noir sur du blanc tout bêtement mais il est exposé dans les musées… Je préfère nettement voir les dessins de mes enfants affichés sur les murs.

A chacun de voir.

Art ou ne pas être est nécessaire à la conscience du soi. S’il ne l’est pas (nécessaire) le soi manquerait-il d’humanité ? L’artiste le plus refoulé de tous les temps ne fût-il pas l’un des plus ignobles dictateurs de ces derniers temps ? Auchwitz, entre autres, en porte encore les traces….Heureusement, tous les artistes refoulés ne sombrent pas ainsi !

Alors à chacun son violon, sa mandoline, sa guitare, son crayon, son pinceau, son burin, son osier, ses ballerines, ses perles, ses ciseaux, sa colle, ses pigments, sa sono, sa parole, son lavabo (t’es déjà allé en Suisse toi?) sa plume, ses poèmes […] et en avant vers de nouvelles condescendances de l’esprit.

L’Art c’est aussi la vie, simplement.

WK334, Kandinsky

WK334, Kandinsky

fêtes…passées

Quelques images de fêtes…

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