Les plages et le lagon bleu c’est bon pour les blancs qui viennent ici en retraite ou pour quelques années, le tourisme étant ici balbutiant (heureusement parce que les projets en cours vont détruire les parties encore préservées de la côte).
La réalité de Mayotte c’est que les mahorais (qu’ils soient de souche ou d’ailleurs) qui le peuvent font des maisons avec une terrasse entièrement fermée de grilles métalliques de haut en bas, les fenêtres ont toutes des barreaux, de vraies prisons…les autres ont un banga en béton pourri, parfois déformé par les mouvements du terrain ou bien un succinct abri de tôles, tissus et cartons…
La réalité ce sont les habitants qu’ils soient blancs ou pas qui se font cambrioler, la réalité c’est que les blancs se font surtout cambrioler lorsqu’ils viennent de recevoir leurs affaires par les déménageurs… l’information circule efficacement pour faire connaître les bons filons.
En effet entre le pauvre anjouanais qui entre, désespéré, dans une maison pour vider un frigo et l’organisation ou les organisations bien structurées qui vident une maison en 4ème vitesse ou qui emportent systématiquement les matériels audio, vidéo ou informatique il y’ a plus qu’un pas mais deux mondes. L’un fait ce que tout un chacun pourrait être amené à faire dans le besoin le plus immédiat, l’autre c’est l’organisation pérenne avec “espions”, indics, taupes, camions, bateaux de transit vers Anjouan, atelier de démontage et de transformation etc. Car le vol ici est une institution et personne n’y échappe. Que ce soit les vitres cassés pour voir s’il n’y a pas un truc dans le coffre de la voiture, la moto volée qui repart en pièce détachée vers les Comores, les moteurs de bateaux idem, ou l’appartement semi-vidé de son contenu. Sur une durée de deux à quatre ans personne n’échappe quasiment à cela ou du moins à une tentative !
Chaque personne rencontrée nous affuble de son anecdote personnelle: les vélos volés le jour même de leur arrivée dans le jardin, les cartons (c’est plus pratique quand tout est emballé!) volés la veille de leur départ du logement avec les déménageurs (là il ne peut y avoir l’éventuelle visibilité, dans la rue, du camion du transporteur déposant les cartons pleins dans le logement à leur arrivée sur l’île …chacun devine d’où l’information peut provenir…). Le risque de vol est ainsi le plus grand les semaines qui suivent l’arrivée des affaires par la société de déménagement mais aussi lorsque du gros matériel est acheté sur place. Cela n’est pas anodin et contribue à créer une ambiance malsaine sur l’île ou la méfiance gagne les esprits depuis une dizaine d’années.
La réalité c’est donc des mesures de prudence quand on est chez soi (car cela ne garantit aucunement d’être épargné): fermer les portes à clés, éviter de laisser les affaires sensibles près des fenêtres (technique du bâton enduit de glue…), cacher les clés et les sacs à main quand on se couche (méthode des enfants qui entrent par les fenêtres pour chercher les clés sur les portes…). Ou bien dehors: laisser les vitres de sa voiture ouvertes (comme ça elles ne sont pas cassées) ou attendre qu’elles soient cassées ‘sic), éviter de laisser un véhicule dans une zone isolée, mettre Plusieurs cadenas sur sur sa moto, éviter d’aller sur un plage isolé au nord ou au sud de l’île, éviter de se balader seul dans la nature (surtout les femmes) etc…éviter de marcher la nuit à cause des chiens errants pas vraiment très sympas.
Mayotte c’est une île qui se pollue car aucune structure n’est développée en parallèle avec son entrée dans l’ère de la consommation du XXIème siècle.
Une île où les poubelles sont renversées par les enfants qui les fouillent espérant y trouver leur bonheur hebdomadaire, où les fossés sont emplis de détritus ou d’un liquide noirâtre, où des bidonvilles s’agrandissent en périphéries des villes dans lesquels il n’y a ni assainissement ni électricité et parfois ni eau…où les enfants se lavent dans les caniveaux ‘ et s’y noient parfois) quand il pleut ou fouillent les décharges tout comme les enfants des bidonvilles de Buenos Aires.
La réalité ce sont des gens aux maladies non soignées, maladies de peau, parasitaires, infectieuses parce qu’ils n’ont pas les 10 euros (forfait maximum pour tous soins à l’hôpital en dehors d’un accouchement) ou ne veulent pas s’afficher dans la rue à la vue de la police et risquer un retour vers les Comores où la torture et la misère ne sont pas rares.
La réalité de Mayotte c’est un banga qui prend feu entièrement malgré l’arrivée rapide des pompiers sur les lieux parce que l’alimentation électrique du logement était bricolé “maison” comme on peut le voir dans certaines villes indiennes dans les beaux reportages télévisées qui affichent la misère du monde mais surtout pas celle de Mayotte. Cela ferait fuir le peu de touristes s’intéressant à l’île!
La réalité, c’est la fuite de ces mêmes personnes dont la maison vient de brûler, à la vue de la police arrivant après les pompiers, afin d’éviter un éventuel contrôle et un retour en Comores…
La réalité c’est que la moitié de la population est clandestine et survie misérablement dans les bidonvilles périphériques ou en forêt.
La réalité c’est qu’il n’y a aucune politique d’autosuffisance alimentaire sur l’île. La réalité c’est que le Conseil Général n’a plus de rond dès le milieu de l’année. La réalité c’est que les personnages politiques mahorais ne pensent qu’à se faire réélire (tiens ça me dit quelque chose cela).
La réalité c’est que les populations de toutes espèces animales dans le lagon diminuent fortement depuis dix ans.
La réalité c’est que les chiens errants attaquent les tortues qui viennent pondre sur les plages.
La réalité c’est que la pratique du brulis continue sur l’île avec l’érosion conséquente lorsqu’il pleut.
La réalité c’est que moult mahorais(es) attendent sagement la départementalisation de Mayotte sur l’île de La Réunion où le RMI est en place (le RMI/RSA sera mis à Mayotte aussi lorsqu’elle deviendra département).
La réalité c’est que les mahorais/Anjouannais perdent petit à petit leurs sourire si africain pour afficher des visages triste ou apeurés, voir agressifs mais il reste encore de très très beaux sourires à tous âges.
La réalité c’est lorsque je passe à pied devant un boui-boui/bar dans la zone industrielle de Kawéni devant lequel deux hommes, aussi saouls l’un que l’autre, se tapent dessus tout le monde les regarde sans bouger…seule mon intervention les a fait se séparer, fichtre une fois revêtu mon habit de Superman, même pas peur,… super serein !
La réalité de Mayotte ce sont ces enfants qui se précipitent sur la baguette qu’on leur donne en sortant de la boulangerie.
La réalité de Mayotte c’est l’absence d’orphelinat…
La réalité de Mayotte, ce sont des centaines d’ Anjouannais qui se noient chaque année pour parvenir sur l’île.
La réalité de Mayotte c’est une prison qui n’a pas grand chose à envier au bagne de Cayenne.
La réalité c’est que Mayotte évolue trop vite et n’a pas (encore?) les moyens administratifs, humains, économiques, politiques et culturels pour assainir sa situation.
La réalité de Mayotte est qu’elle représente le territoire français le plus densément peuplé et le plus miséreux.
La réalité de Mayotte: c’est le territoire français le plus densément riche, écologiquement parlant, mais où les déchets s’accumulent dans le lagon en même temps que les huiles de vidange et autres produits tout à fait sains pour la vie!
La réalité de Mayotte est une vision décalée selon qu’on s’intéresse à ses poissons ou à ses habitants mais finalement chacun d’entre d’eux s’ébrouent vers un même destin.
Prochainement, je réaliserai une série de photos sur les conditions de vie à Mayotte car les images valent tous les m’ots.
La réalité de Mayotte c’est pas Haïti mais c’est la France haïtienne…c’est loin très loin de paris alors on ne sait pas trop quoi en faire vu qu’il n’y a pas de pétrole ou de mine de diamant, préserverait-on l’industrie du parfum de luxe avec l’Ylang Ylang? Je vais un peu loin mais on se demande pourquoi un tel laisser-aller depuis tant d’années. Aucune politique sérieuse n’y a jamais été envisagée. Et surtout le gros problème de Mayotte réside dans ses relations tendues avec les Comores et dans la collaboration inexistence avec ses voisins où la misère et le totalitarisme politique mène la danse et contribue à briser la culture mahoraise.
Faut venir se rendre compte….éventuellement.
Liens:
un blog très intéressant, un peu radical mais qui présente l’autre facette de Mayotte et des relations extrêmement tendue avec les Comores: http://sidielhad.skyrock.com/
et un deuxième fait par un “local” aussi: http://moindjie.centerblog.net/


























