Il est de saison que le soleil culmine à la verticale à Mayotte (89° 17′ à midi solaire ce 13 février), mais il y a d’autres choses qui sont de saison, comme les mangues, la publicité mensongère, les politiciens du même acabit. Mayotte poursuit sa route vers le conflit ethnique et social, vers la dégradation de son milieu et vers la tromperie générale, mais c’est la tendance du moment et ce n’est pas spécifique à cet ilot perdu.
Hier, (12 février, nda) j’ai pu observer avec quelles négligence et insouciance les mzoungous s’adonnaient au plaisir de randonner à pied dans la zone du récif frangeant, lorsque la marée, aux alentours de midi, était si basse que les rochers dépassaient parfois de l’eau. Mais le mzoungou a bonne conscience car il sait que c’est beau (c’est la nature, les poissons tout ça…) et que grâce à la législation française le lagon et ses alentours font parti à présent d’un parc marin, donc tout ira bien.
Les mahorais disent de moins en moins bonjour, exceptés les anciens qui sont polis et parfois un peu trop déférents envers le blanc (qui n’a pas plus de mérite que le mahorais en soi), la population continue de s’afficher et je cite en exemple ce mzoungou voisin dont la voiture est lavée chaque matin, avant que monsieur parte au travail, par une jeune dame, épouse ou femme de ménage, peu importe.
Comme Mayotte suit avec retard la métropole (qui tente de se mettre à niveau des USA) on assiste aux premiers exemples d’agression de prof dans les écoles mais rassurons-nous, bientôt nous serons tous tellement imprégnés de culture américaine que nous trouverons satisfaisant d’apprendre que c’est l’enfant du voisin qui a pété un câble dans l’école et pas le sien.
Partout il n’est question que de violence, dans les films et les jeux sous prétexte d’énigme ou d’intrigue policière, dans les dessins animés pour enfants ou ados dont les dialogues et les comportements sont basés sur le conflit et le dénigrement du prochain. Quelles sont les vertus des dessins animés actuels si ce n’est de mettre les enfants en condition suffisante pour ingurgiter de façon hébétée la publicité qui suivra et de les imprégner de culture occidentale individualiste.
La société s’évertue à opposer les gens et à prôner la compétition, dans le sport (pas la peine de disserter longuement puisque le sport est synonyme de dopage_ même ceux qui disent ne pas se doper prennent des cochonneries “saines” pour leurs épreuves car à partir du moment où il y a volonté d’être devant, il y a désir de montrer sa puissance_ donc altération du sens premier du sport qui devrait faire oeuvre d’équilibre physique et mental_ sinon on fait du sport pour le sport et il n’est alors nul besoin de se confronter à l’autre dans des épreuves imprimant le culte du “je suis le plus fort, admirez mon égo…”, dans les études, dans l’économie (pas de dessin non plus) et dans les relations sociales (puisque les valeurs d’entraides sont passées aux oubliettes depuis un bon moment, merci qui?).
Il est à voir à présent de quelle façon une partie (et heureusement il y a des individus jeunes, éclairés et conscients, j’en connais si, si) de la jeunesse imagine la notion de groupe ou de communauté: c’est juste un rassemblement d’individualités. Or la communauté vise avant tout à mettre des éléments en commun qui doivent donc apporter à chacun du groupe quelque chose d’impossible à mettre en oeuvre de façon solitaire_ ce que A. Jacquard et I. Prigogine appèlent les propriétés émergentes et ce que réfutait Jacques Monod dans sa vision mécaniste de la génétique.
Chacun apporte ce qu’il peut à sa manière (avec ses qualités) ce qui fait que chacun a un rôle utile, or quand le mot communauté ne signifie rien en soi, il y a alors un seul sens aux évènements: celui de l’individu (alisme) qui s’évertue à
ronger la branche sur laquelle il repose mais qu’importe puisqu’il trouvera ensuite une autre branche à ronger… s’il n’a point chû trop durement.
L’humain est ainsi fait que les sociétés modernes évoluent vers cela, c’est sans aucun doute une convergence des grands nombres, la complexité des échanges dans une population dépassant en nombre la capacité de chacun à appréhender et connaître l’autre (ce qui est déjà visible dans les villes de taille moyenne: au-delà du millier d’habitants) à laquelle s’ajoute la compétition (à la base des relations culturelles modernes), font évoluer les civilités vers la peur et le retranchement d’où sont issus le racisme et la patriotisme (volonté de sauvegarder ses attributs géographiques et culturels à cause justement des relations de compétition et de pouvoir entre les humains, développer l’argumentaire me serait trop long ce jour).
Rien n’est durable dans ce monde, que ce soit les civilités, les coutumes et cultures, les civilisations, les religions, les écosystèmes, la planète ou même l’univers appréhendé.
Quel sens à donner à la communauté alors? Le sens premier est celui du don, don de soi et de son temps, de ses capacités et du sentiment d’affection. Par sa conception, cela implique ainsi un devoir envers les autres, devoir qui prend sens par le truchement même de la mise en commun de la vie, d’une partie du chemin de chacun. Ce devoir est celui qui fonde la communauté, si les sectes ont le but de manipuler les esprits individuels pour les amener à accepter un seul discours et une seule voie en oubliant et en décriant tout le reste, l’esprit communautaire que j’appelle universel vise lui à l’émancipation des êtres dans le respect des idées de chacun pourvu qu’elles aient, ces idées, un sens humaniste fondamental et vision en conscience du monde. La communauté propose mais ne peut imprimer une seule conception aux choses.
Toute communauté religieuse ou athée qui prône une seule voie à la connaissance et à “l’étant” (” l’être-faire “) a un comportement sectaire.
Toute voie exclusive dans son principe même_ et qui n’accepte pas les différences factuelles_ est un leurre, par contre une voie peut être ainsi factuelle car efficace et éprouvée dans l’émergence de son but mais n’être pas principiale, ni doctrinale en vertu de sa qualité fondatrice.
Ainsi la voie du sport peut apporter un destin, des qualités à certains mais ne peut en aucune façon être la seule façon d’agir et la seule vérité (ceux qui ne font pas de sport sont tout aussi aptes à être dans la vérité), la voie religieuse devrait être similaire (c’est une voie mais à partir du moment où elle exclue la vérité de l’autre, elle devient sectaire et non humaniste, non universelle puisque excluant le mécréant ou le non croyant), la voie de l’intellectualisme est de même, la voie de la psychologie, la voie
de la philosophie, de l’intuitionnisme etc…
Tout ceci entre dans le grand jeu des mouvements d’idées et des conceptions de cosmogonies dont l’humain, à chaque dogme, s’évertue à en adouber la vérité depuis des millénaires, chacune dans son communautarisme approuvé et sanctuarisé.
Ainsi il n’est pas de sens premier (fondamental) aux choses si elles sont à vertu de rejet de celui qui ne les accepte pas (ces choses) comme principe.
Je suis ouvert à tout contre-sens (il doit bien y en avoir un, n’est-ce pas Kant?) implicite à cette dernière phrase, à évoquer dans un commentaire. Cependant, la vraie lecture ne peut évoquer de contre-sens au sens où il n’y a pas de sens en soi mais juxtaposition d’idées comme celle de l’idée de Dieu, nécessaire et incoercible car Dieu est idée avant tout et celle de l’existence de Dieu, qui est par contre ni démontrable, ni réfutable.
Aucun fait si puissant soit-il ne peut accréditer vérité à l’idée de Dieu, puisque ses attributs sont hors du temps et de l’espace accessibles à la raison. Or si idée il y a, la transposition en vérité incoercible ne peut s’atteindre, pas plus du côté de ceux qui ont la foi que du côté de ceux qui sont athées.
La voie ne peut ainsi rejeter quiconque comme le ferait un anti-gros, anti-noirs, anti-homos, anti-libéral, anti-alternatif, anti-tout sauf soi…mais est un seul et même sens d’acceptation de l’idée. La voie est donc multiple et ne peut en l’état être prétexte à accéder à l’idée existentialiste de mécréant ou d’opposant.
Cette notion ne doit pas faire oublier que s’il n’y a pas rejet de l’autre-soi, il peut y avoir évaluation et mise en abîme culturel, psychologique ou des qualités humanistes. L’athée pratique l’apostasie de toute foi (en toute bonne foi) de sorte que la foi en l’inexistence de Dieu est aussi une foi en soi. Il n’ y a ni dogme, ni vérité et seul le silence est vrai;
ce que Lao Tseu exprimait par “La plus grande révélation est le silence”.
Mickito
février 2012
26 février 2012 à 13 h 09 min
Le réveil du Mickito ! C’est l’approche du départ pour des cieux plus cléments qui font sortir l’ours de sa torpeur tropicale ?
Nico qui prend toujours un réel plaisir à te lire.
27 février 2012 à 5 h 24 min
merci Nico.
Au moins y’ en a un qui suit…j’avais craint d’être dans le néant un moment!
Bon aujourd’hui c’est de nouveau journée sous le vent puisque l’ex cyclone Irina n’est pas loin et donne un air de Bretagne à Mayotte. Mais au moins on a pas trop chaud, on est bien pour une fois (Ps y’en a même qui ont froid…quelle idée? avoir froid à Mayotte, c’est comme si on avait trop chaud sur la banquise engoncé dans dans des vêtements-étuves, décidément le monde est bien drôle).
Mick