Dans une semaine, le vendredi 21 mai 2010 aura lieu le vernissage, ouvert à tous, de la septième édition du salon annuel des peintres et sculpteurs mahorais à la galerie l’Arabesque, ancienne route de M’tsapéré, à Mayotte.
Le salon durera jusqu’au 29 mai.
J’y exposerai quelques aquarelles et huiles.
De six ou sept toiles, je suis passé à une douzaine en cours, petit à petit j’en finalise les plus anciennes mais les derniers détails demandent souvent beaucoup de temps un peu comme le dernier oeuvre (la finition) dans la construction d’une maison.
Si je maintiens le rythme actuel il est probable que cela me fera environ 20 toiles à huile effectué sur un an coulant mais si je retire le temps passé en congés et autre absence, je compte sur 8 mois ce qui fait un potentiel annuel de 30 toiles correspondant aux limites hautes fixées l’an dernier. Ces petits calculs mesquins sont biaisés par le fait que le nombre de toiles possibles par an dépend de la taille de chaque peinture et de la manière de peindre (le temps d’élaboration n’est pas le même si je dépose trois couches relativement épaisses ou 10 couches fines, le rendu aussi!).
La plupart des travaux que j’ai vu à Mayotte sont peints en quelques couches, deux/ trois ou quatre peut-être et je ne me rappelle pas avoir vu une peinture présentant de la transparence, de la profondeur comme au Louvre car cela ne peut se retrouver que dans la technique du glacis, technique longue et fastidieuse que personne ne pratique plus guère de nos jours sauf exception ça et là.
Je l’ai expérimenté sur un portrait d’africaine, bien sûr je n’atteins aucunement l’équivalence et les subtilités des peintures des anciens mais le rendu est quand même plus profond que celui d’une toile faite de deux-trois couches opaques travaillées rapidement que j’expérimente aussi actuellement.
Si les anciens avaient du temps à passer et étaient rémunérés par les notables ou aristocrates locaux, depuis l’avènement de la peinture moderne au XIXème siècle, le peintre travaille maintenant sans contrat la plupart du temps. Si le peintre veut vivre de son travail, il doit travailler vite pour pouvoir vendre beaucoup et être ainsi un minimum rentable. Car si un tableau semble cher pour le commun, la rentabilité de l’activité de peintre tant qu’il n’a pas une cote reconnue est pour le moins peu enviable.
Un peintre professionnel doit pas mal d’argent à la Maison des Artistes (MDA) jusqu’à 20% du chiffre d’affaire si celui-ci est faible, de même aux impôts. La MDA est la cotisation sociale obligatoire des artistes- peintres (pas encore en place à Mayotte: c’est l’URSSAF qui gère cela). Ajouté au coût de son matériel, au pourcentage sur la vente demandé par les galeristes (de 20 à 50% du prix de vente) etc., le peintre ne pourra vivre de son travail que si la quantité d’oeuvres est suffisante en potentialisant les acheteurs. En-dessous d’un seuil fatidique de 7000-10000 euros environ de résultat de vente annuel, les frais dûs à la MDA, et autres, grèveront à tel point son budget que le dépit amèrera inévitablement le peintre à disparaître du cercle officiel des artistes-peintres.
Ainsi un peintre amateur n’a aucune raison (si ce n’est celle de respecter la loi) pour vouloir s’accréditer d’un numéro SIRET auprès de l’INSEE et d’officialiser son activité auprès des impôts. Car il est obligatoire, devant la loi, d’avoir un numéro d’activité professionnel pour vendre la moindre toile. Et la plupart des amateurs vendent pour moins de 2000€ par an ce qui, s’ils déclaraient leur vente, les amèneraient à payer de 1000 à près de 2000€ de frais divers aux administrations. Autant dire que la cohue des amateurs ou même de nombre de peintres aussi actifs que des “professionnels” déclarés, sont et restent non déclarés afin de pouvoir tirer un bénéfice minimal de leurs ventes qui soit digne de leur travail.
On voit moult tableaux vendus pour une bouchée de pain sur le net ou sur les marchés, soit les gens cassent les prix parce qu’ils ne vendent pas, soit il s’agit de reproduction à la chaîne faites en Chine…(et oui!).
Pour ma part, et parce que j’en ai la possibilité, je ne suis pas encore à la rue…, je préfère garder mes toiles plutôt que de les filer pour le prix d’une place de théâtre ce qui ne rembourserait même pas le matériel. A ce prix là c’est sûr ça se vendrait facilement mais à quoi bon, autant les garder pour décorer ma chambre!
A titre d’exemple, combien coûte 10m²de toile à peindre tissage fin et enduit de 3 couches?
Environ 1000€ ,ce qui ramené à une toile standard de format 30 Figure 92×73 cm² qui nécessitera 107×88 cm² de toile donnera un coût de 100€ rien que pour la toile, à cela s’ajoute encore des couches d’enduits parce que c’est nécessaire (je ne m’attarde pas) ce qui rajoute 5€, les clous de tapissier, le vernis les recouvrant, le chassis ( les prix pratiqués en 30F vont de 20€ à 200€ selon la qualité) 30€ (j’ai pris les moins cher du fournisseur et les plus légers à cause du transport par la poste pour Mayotte mais le modèle standard en métropole me coutera plus tard plutôt 60€ à ce format.
La peinture: son coût dépend de sa qualité, il y a le standard étude pour les étudiants, à prix modéré, le standard fine de meilleur qualité et extra-fine pour les professionnel, encore plus chargée en pigments et souvent sans adjonction de charge (craie). Ensuite certaines marques sont plus réputées que d’autres dans la qualité de leurs produits, je donne donc pour exemple les prix de la peinture que j’emploie, extra-fine, toutes ces marques sont des références internationales pour leur qualité (remarque: on peut utiliser les meilleurs pigments au monde et peindre comme un pied, j’en ai fait l’expérience à l’aquarelle l’été dernier):
Sennelier (France): outremer foncé, 40ML =8€
Sennelier: rouge antique, 40ML= 13€
Old Holland (Pays-bas): bleu de cobalt, 18mL= 35€
Blockx (Belgique): Bleu indanthrène, 35mL, 22€
Williamsburg (USA): jaune de Naples, 40mL=18€ (marque découverte depuis mars…)
Il manque quelques marques notables à ce tableau de fabricants de couleurs: Maimeri (Italie) de qualité exceptionnelle pour les restaurations des tableaux anciens, Leroux (France) de fabrication artisanale (comme Williamsburg) considérée comme du caviar pour les peintres, Winsor & Newton (Grande Bretagne), William Harding (G.B.) …mais je ne les ai pas dans ma palette.
Une toile 30F demande environ un demi tube soit 10€ de peinture à cela s’ajoute l’essence de térébentine, l’huile de lin et résines diverses ajoutées estimées à 5 €.
prix d’un pinceau: A l’usage seuls les pinceaux de qualité sont rentable dans le sens où ils sont durables et permettent un travail précis. Les pinceaux bas de gamme au bout de quelques utilisations finissent en éventail ou perdent sans cesse leurs poils dans la peinture… ce sont ceux vendus dans les marques des grands distributeurs de matériels beaux-arts, certainement chinois ces pinceaux!
Les pinceaux Manet (français!) sont les meilleurs que j’ai utilisés à ce jour: Manet Elite n°5 aux Couleurs du Quai voltaire 11€. De gros pinceaux pour les grandes toiles peuvent coûter 50 à 80€ l’unité… On va estimer le coût moyen d’usure en pinceaux par toile à 5€!
A cela s’ajoute diverses choses accessoires: 5€
Au total, 60+5+30+15+5+5= 130€ pour un format 30F.
Un 30F est vendu de 700€ à plus pour prix minimal si le travail est correct.
Si on retire 25% pour le galeriste soit 175€, éventuellement 10% pour le modèle s’il y lieu, cela fait
700-245-130= 325 € net pour le peintre.
En comptant 20 à 30 heures de travail minimum pour ce format: assemblage et préparation du chassis entoilé, recherche sujet/modèle, dessins préalables, recherche composition, étude de couleurs, mise en oeuvre.
Cela fait un rendement horaire de 15€ net hors impôts et autres frais pour le professionnel. Soit 7€/heure en argent liquide pour faire ses courses.
On comprend l’intérêt de certains peintres à faire augmenter leur cote (en avoir une est déjà un grand pas pour l’auto-financement!!!) par des participations médiatiques et en tapant à la porte de critiques ou de galeristes en vue ou d’un collectionneur.
Il est notable que les coûts de matières premières peuvent être diminués de moitié ou des deux tiers en utilisant des matériaux de piètre qualité, ce qui ne gène nullement certains artistes.
Quelle valeur possède une oeuvre?
Actuellement les toiles des amateurs représentant des paysages “photographiques” ne valent même pas le coût du chassis. Quand au reste c’est l’acheteur qui fixe le prix, s’il consent à dépenser 500 ou bien 5000€ pour une toile c’est son problème. Tout n’est que spéculation ou coup de coeur, on voit des daubes très moches (à coups de jets de peinture et de collages de tout et de n’importe quoi, certains savent y faire dans le modern’art recycling mais d’autres non ) partir à prix d’or et inversement.
La valeur d’une toile une fois établi le prix par l’artiste professionnel, pour lui permettre de manger à sa faim, n’est qu’une grande spéculation et n’est pas équivalent à la qualité technique ou picturale de l’oeuvre.
Bon bah j’ai plus rien à dire, en fait j’ai autre chose à faire…et j’ai toujours tellement de photos à montrer sur ce blog que je n’en montre plus une, je ne consents plus à passer 10 heures de temps pour charger 6 photos…
Allez salut!
ps: je montrerais la semaine prochaine l’ensemble à peu près finalisé de ce que je fais actuellement.

Transition électronique, huile sur bois 2010, M.B.