Et zou, nous revoici à Mayotte, ben oui après une petite escapade de deux mois en métropole c’est reparti pour un tour de manège au pays des makis monstrueux et de l’ylang nauséabond. Quoi de neuf depuis deux mois (je sais cela n’intéressera pas ceux que j’ai pu voir cet été mais bon, il en reste quelques autres qui se lamentent chaque soir à savoir ce que je fais chaque minute qui passe, mais si mais si môssieur c’est vrai heu…bon je sais c’est un peu suranné mais voici donc:
Le départ de Mayotte, fin juin, failli être compromis puisque à la douane de l’aéroport de Dzaoudzi, je présentais les cartes d’identité des enfants à la gendarmette présente lorsqu’elle ajouta:
” c’est bon mais avez-vous l’autorisation de sortie de territoire pour les enfants?”
- Comment ça? Je ne sors pas du sol français puisque je vais à paris via la Réunion…
Et non il paraît qu’il faut une autorisation de sortie de territoire signée par les deux parents pour se déplacer avec ses gosses quand la mère n’est pas là. Or Fabienne étant à 5 mètres (elle prenait l’avion la semaine d’après et nous regardait partir) je lui ai fait signe de venir confirmer son accord verbal et la gendarmette acquiesça mais il pouvait quand même y avoir un blocage au contrôle de la Réunion…Après diverses tergiversations, la gendarmette finît par dire qu’avec les passeports des enfants ce serait OK.
ET là un éclair de soulagement: mais bien sûr que j’ai pensé à les prendre (on ne sait jamais ….)! Et bien m’en a pris puisque les passeports des gamins suffisaient à se tirer de France même si finalement la mère n’eut pas été d’accord avec cette initiative.
L’administration française devrait m’expliquer cette logique qui ne fait pas partie de mon univers mais bon, les lois sont ainsi faites que d’autres sont souvent là pour les contrecarrer, ce qui fait d’ailleurs le gagne-pain des avocats . La gendarmette, quant à elle, n’était pas là pour expliquer tout cela bien entendu. A chacun son métier.
Ainsi après un retard de 2 heures, soit une correspondance ferroviaire ratée, une attente à Paris (sous les huées incessantes des haut-parleurs expliquant que si on se sent mal c’est forcément la grippe qui vous atteint et qu’il faut tout de suite se faire mettre en quarantaine à Mindin…) puis à la gare de Valence.

Gare de Roissy ce 28 juin 2009
Nous sommes arrivés au bout de 36 heures de voyage à Laroque, qui est un haut lieu de pèlerinage pour les mahorais comme tout le monde le sait.
L’été s’est ainsi passé au frais ou au chaud selon les endroits où je posais mon sac. Quelques stages d’aquarelle dont un seul m’a été vraiment profitable (celui d’août), une session pyrénéenne avec les enfants d’une semaine où nous avons retrouvé notre ermitage du Caillou de Socques. Une session de travail à la maison, quelques sessions de fêtes, mariage ou autres joyeusetés de détente avec famille ou amis. Quelques moments de récolte et de préparation de toutes les choses que nous avons ramené ou mis à l’expédition colis/outremer (40Kg tout de même) car on sait à présent ce qui est impossible à trouver ici ou ce qui est à un prix tel que cela exhorte tout citoyen à une rébellion républicaine immédiate.
Du matériel de peinture j’ai ainsi mis en conserve afin de pouvoir passer une bonne année sans tousser (ben oui ça fait des taches quand on tousse).
Fabienne a finalement pu obtenir des vacances et s’est trouvée un billet à un tarif raisonnable pour passer trois semaines en août en terre de France. En juillet, son premier passage très bref de 4 jours à Paris/Saint-Lô avait vocation de stage professionnel…et de gros bisous à Nana. Mais où se cache donc Dora?
Sommes toutes, quoi penser de cette incartade au pays des sauvages blancs de métropole?
Les premières impressions furent celles de la fraîcheur alors même que tout le monde trouvait qu’il faisait chaud. Avide de frais j’ai été parfois bienheureux mais je constate aussi que je ne suis pas forcément parmi les plus frileux après ce passage en tropiques surtout en montagne où je pensais souffrir un peu.
Autre constatation ma résistance au climat languedocien s’est accrue puisque le soleil sur la tronche tout en travaillant sous 34-36°C ne me faisait pas outrage outre mesure alors que les années précédentes je luttais pour éviter chaque rayon de soleil. Il faisait chaud certes mais en comparaison avec la sudation du climat tropical, j’étais en sous-régime de souffrance.
Dernière constatation, le climat humide avant orage ne me convient vraiment pas…même en métropole avec 28°C maxi je ne trouvais pas cela convenable pour mon bien-être, mais alors pas du tout surtout que j’étais aussi là pour oublier ce type de temps (tu sais bien: le temps qui fait qu’on sue à ne rien faire), n’en déplaise à tous ceux que j’ai eu le plaisir de revoir!
La nostalgie de Mayotte m’a ainsi prise au dépourvu les 15 premiers jours mais j’ai fini par trouver le climat plus sympa en métropole surtout en montagne où les nuages apportent parfois l’ombre salvatrice dont je suis si avide. Un bémol quand j’imaginais prendre une douche sans chauffage en hiver….tout de suite Mayotte revêtait son apparat de climat aristocratique.
Je ferme cette parenthèse pour en venir à d’autre faits. Ah non j’oubliais de dire que les sauvages blancs de métropole, bah y sont comment dire, limites sauvages c’est ça!!! Bientôt il faudra un gyrophare pour demander l’heure ou son chemin à un passant:
“Y’a quelqu’un? Moi être gentil extra-terrestre, moi vouloir pas de mal, moi demander où se trouve ...” ah tant pis l’autochtone est déjà loin.
Autre essai: “Bonjour! Moi être gentil terrien comme toi, moi être de ta famille, moi pas fou, moi te demander la correspondance solaire avec la lune?
-Mais bien sûr c’est la première à gauche puis tout droit et ensuite à droite après tu prends l’appât d’oie et tu tires la ficelle quand elle est dessus, bon appétit bien sûr.
- Me voilà rassuré, c’est beau Lutèce!!!”
[...]
Ainsi avant le retour à Mayotte nous avons passé deux jours à Paris (Y’a un canal à Panam, ah?).

Notre-Dame, Paris, 2009
Une visite du jardin des plantes et de la galerie paléontologique, de Notre-Dame sous l’orage, des bords de Seine ainsi que du cirque de Lutèce dans le quartier latin a bien occupé la première journée.

Paris depuis Notre-Dame

Champs-Elysées, paris, août 2009
La seconde, plus brève à cause d’un décollage en soirée à Roissy, nous a seulement emmené voir les égouts de Paris ainsi que la tour “d’Eiffel”, le grand ingénieur, et le Trocadéro ( qui s’excuse jamais en plus). Que des choses très classiques en somme pour des touristes expatriés en mal de monumentalités européennes.

Palais de la découverte, Paris, 2009
J’oubliais avant d’aller voir les rats des égouts (ils sont 4 millions sous Paris d’après le guide), un passage devant le palais de l’Elysée nous a permis de nous mettre en condition pour la suite.

- Le palais de l’Elysée est à droite…
L’antre de la République française dissimule ses beautés décoratives et architecturales aux yeux du public et le spectacle des journalistes tout affairés dès qu’une voiture aux vitres sur-teintées sortait du palais ou patientant sagement entre-temps comme des concombres de mer, le spectacle des gardes-du-corps/taxi partant en trombe dans Paris parce qu’on leur disait à l’oreillette d’aller chercher telle personnalité gouvernementale dans la minute, le cirque des gendarmes et policiers qui, pour certains se prenaient pour Billy The Kid, et tout le tin-touin qu’on peut imaginer à longueur d’année m’a fait prendre conscience à quel point, pour qui côtoie ces lieux quotidiennement, cela peut être attirant et même obsessionnel, maladif oserais-je dire.
Les sensations de pouvoir, d’antre sur-sécurisée, de saint-Graal, de sur-satisfactions intellectuelle et sociale qui peuvent en résulter dans maints esprits désireux de combler un vide personnel me sont apparus immédiatement. Je me suis un instant imaginé issu d’une riche famille intellectuelle parisienne du XVIème arrondissement afin de comprendre le processus qui amène à tant désirer exercer pouvoir et obligations en ces lieux. Pression sociale, frustration et jalousie oeuvrent peut-être pour libérer les loups vers la friandise tant convoitée sans plus aucune réticence personnelle ou morale.

Or toutes ces personnes (fonctionnaires ou non) qui s’agitent pour un dessein officiellement globalisé: celui de la France, concrètement œuvrent auprès et pour des hommes et des femmes ayant valeur et autorité sur l’ensemble de la nation, pour un temps donné bien évidemment.
Je repense à cette phrase d’un ex-ministre en mal de pouvoir qui affirmait penser à se présenter aux élections présidentielles le matin en se rasant. Il n’était (et ne sera) certainement pas le seul et bien d’autres n’oseront l’avouer bien évidemment mais cette singulière anecdote illustre parfaitement la convoitise que peut produire ce lieu surtout quand, en outre, on l’a approché au plus près, apprivoisé en quelque sorte au point qu’il devienne un second chez-soi, qu’on l’assimile à sa propre nature…
Ceci me fait donc penser que cette deuxième maison est en fait celle de son propre soi qui manque à l’appel de son contentement. La personnalité ne pouvant s’affirmer ( s’équilibrer faudrait-il écrire) complètement (ce qu’elle croit en tout cas) que dans l’acquisition de cette nouvelle propriété appelée pouvoir.
Tel un coït ininterrompu, la jouissance suprême ne peut survenir que dans l’accomplissement et l’accès à la plus haute marche. Ministre ou secrétaire d’état, diplomate ou parlementaire, ces titres ne peuvent contenter celui qui recherche l’estime des autres sans ambages ni modération. Car le palais de l’Elysée est bien un lieu où comme le roi en son temps il n’est point de sujets (du roi) affectant l’oeuvre et la suprématie du roi. Certes la Démocratie permet encore à certaines têtes d’émettre quelques réserves sur les politiques conduites en son palais mais raison gardée, ce palais de l’Elysée représente bien le symbole français de la puissance absolue.
Je comprends parfaitement qu’on puisse être captivé et obnubilé par tant de bienséances, de facilités, de largesses, de dorure et de repas gargantuesques et cela parmi toutes les autres facéties, non décrites, à disposition.
Je comprends aussi que cela puisse être le dessein d’une vie à défaut d’en être le destin.
Mais comme tout citoyen je crois aussi à la vérité d’une nation en tant que rassemblement d’un peuple vers un objectif commun malgré que chaque citoyen possède des désirs propres. Cette vérité on la nomme République, l’objectif est la démocratie et ce qu’elle soutient: liberté, égalité, fraternité. Ces mots perdent actuellement leur sens, ici comme ailleurs (ailleurs c’est pire, je sais) et j’eus d’ailleurs préféré que le mot nation fusse synonyme d’universel afin de rapprocher les peuples au lieu de les diviser.
Ainsi accéder au Graal suprême devrait se faire en toute honnêteté c’est-à-dire avec le sens du devoir, des responsabilités et sous couvert de sagesse. Or à leur manière les trois dernières personnes ayant eu accès au poste présidentiel ont fait leur chemin au moyen de méthodes indignes de leur fonctions. Ce n’est point un secret de polichinelle de savoir que “abattre l’ennemi” fait (faisait) du vocabulaire quotidien des derniers prestataires que ce soit en fonction ou pour gagner la fonction. La sélection naturelle de la République est ainsi faite qu’elle privilégie par principe ceux qui ont un comportement dominant et qui l’appliquent dès les premiers instants où le machiavélisme de leur jeux perfides peut se mettre en place.
Est-ce un mal? L’histoire de France a certainement permise quelques exceptions à cette règle pragmatique mais mes connaissances en ce domaine sont bien faibles pour pouvoir continuer cette discussion.

Reflets de vies
Alors où est le problème?
Le problème ce n’est pas les hommes (euh bon on pourrait aussi déblatérer longuement sous le ciel étoilé du désert de Gobi) mais le fonctionnement de la République qui permet les dérives que l’on observe depuis des décennies. Alors cette sixième République où la démocratie s’applique vraiment et où les citoyens participeraient à la vie collective au-delà d’un vote tous les 5 ans et d’ élections quelconques de temps à autre, c’est pour quand? Euh non… pas lui! S’il modifie quelque chose ce sera forcément pire.
On attendra alors…mais qui donc?
Ben sinon j’y ai bien pensé (je ne me rase qu’une fois par semaine donc ça limite les risques de crise…y’en a qui ont eu peur soudainement!) mais je préfère finalement aller en thébaïde dans l’Himalaya où singulier anachorète, l’univers entier m’appartiendra le temps d’une méditation.
Y’a pas d’raisons, moi aussi je suis fou!
Le chemin est la trace de ses propres pas