Il fait à présent 28 ou 29°C en journée (quelques frissons et oui quand il y a du vent…) et la nuit vogue entre 24°C (BRR ça caille!!! ) et 26°C.
Les alizés provoquent des vagues assez énormes dans le lagon, samedi nous avons pu constater et subir le jeu de rouleaux de près de deux mètres pour les plus hautes ondes. Quand ça tombe sur le dos ça donne l’impression de faire du catch contre Hulk…je dois dire que pour celles faisant un front de deux mètres je n’ai pas oser réitérer ma vaillance à faire du surf (sans planche) sur leur flanc, je choisissais plutôt de les traverser en plongeant, c’était plus reposant pour le corps.
Après cet interlude typiquement mzougou’land, encore un mot sur le climat.
Mayotte n’est pas l’endroit le plus chaud du monde (le sud-est asiatique avec ses moussons à 40°C doit être bien côté du point de vue chaleur ressentie et heureusement la saison des pluies n’y dure que trois ou quatre mois) mais de grands voyageurs semblent pourtant dire que la chaleur humide sur la durée est épuisante…
D’ailleurs en saison des pluies je n’entends de la bouche même de ceux qui aiment la chaleur tropicale que des “qu’est-ce qu’il fait chaud! “, “ohh la la …c’est épuisant”, “jsuis crêvé(e)” cela est aussi vrai pour les autos qui changent leurs pneus comme on change de chemise.
Le lagon, très vaste, fait tampon par ses eaux plus chaudes que l’océan et amène une situation sans contraste de température (sans brise) entre les eaux lagonnaires et la terre, en saison chaude, ce qui augmente la sensation de chaud par rapport aux autres ile comoriennes.
Des anciens (10 à 30 ans sous les tropiques) qui me disent qu’ils en ont marre de la chaleur et qu’ils n’en peuvent plus, qu’ils saturent, me confirment que je ne suis pas le seul à ne pas être à l’aise sous un soleil de plomb. De plus on me dit aussi souvent qu’à Mayotte il y fait plus chaud que dans les autres outremers. Mais les ont-dit n’ont pas valeur scientifique évidemment.
De toutes manières je ne vais pas dire que ça me va bien pour faire plaisir à ceux qui aiment ça (enfin ils disent ça quand ils sont sous la clim…laisse-moi rire Jeannot!).
Il est vrai comme je le disais, que vivre en homéothermie (une différence de 2°C est clairement perceptible que ce soit la nuit ou le jour) chaude amène une faiblesse des défenses naturelles envers le froid, chaque jour étant identique au dernier et pareil au suivant. Ici, le corps ne trouve pas d’autre activité que suer et encore suer, il ne sait plus ce qu’est un frisson. Bien sûr le corps se réhabitue petit à petit, l’esprit aussi, en jouant (non c’est pas dans les Comores ça) avec les couches de vêtements et les frissons quand il retourne au plus frais: à la Réunion ou aux latitudes plus élevées.
Mais cela nécessite au moins deux semaines de mise au frais dans la bac à légumes du réfrigérateur terrestre. Je n’oublie pas que la plupart des comoriens ne quittent pas les Comores de toute leur vie et souffrent eux aussi de la chaleur. Des arguments affirment que c’est à cause de cela qu’ils vivent peu vieux mais je pense que le critère de pauvreté est avant tout prégnant pour abaisser la longévité. Petit à petit avec la saison sèche et l’hiver austral, une sensation de froid apparait sous le vent ou dans le lagon (glacial qu’il était l’autre jour avec ses 26°C…), ou la nuit sans drap (les pieds froids!): c’est le grand retour des frissons!
Cependant si le frais est venu fin mai, il persiste la nuit jusqu’en septembre (19 à 23°C) mais le jour, la chaleur commence déjà à monter franchement dès le mois d’août.

Titouan et ses médailles (2ème crawl et dos, 3ème brasse) après les courses de l'école de natation
La latitude de Mayotte est de 12° sud, sachant que le tropique le plus proche est à 23° sud ( il correspond au solstice d’été austral: le soleil à cette date quand on est à la latitude 23° sud est à la verticale du lieu à l’heure midi vrai solaire), le soleil au 21 juin (le soleil est à la verticale du lieu à midi vrai à la latitude 23° nord) culmine ici à 90°- (23 +12)= 55° au dessus de l’horizon à midi.
Sachant qu’il est couché à 17 h en cette saison (nuit à 18h en saison sèche), dès 14h30 ou 15h en ce moment on sent le crépuscule arriver…
Par contre à 12° sud de latitude, Mayotte voit le soleil progressivement culminer au zénith en novembre, puis sa course fléchit encore vers le sud pour être à (90-12) 78° d’angle à midi au solstice de décembre, puis il repasse au zénith à midi vers mi-février (course verticale à midi de 23+23=46° en 6 mois mais ce n’est pas linéaire en progression, on tape sur 7 semaines de temps pour monter ou descendre de 12° de déclinaison, angle entre l’horizon et l’astre).
En avril il est donc à sa hauteur du solstice d’été austral ( décembre). Ainsi de début novembre à début avril (6 mois) le soleil culmine au minimum à midi à 78° au-dessus de l’horizon (c’est presque vertical). Pendant six mois le soleil semble au zénith à midi…
Et il faut attendre encore 1 mois et demi de plus de part et d’autre de ses six mois pour qu’il paraisse à la même hauteur à midi qu’un 21 juin à midi à Paris. De mi-septembre à mi-mai le soleil présente donc, à midi, un rayonnement au moins similaire à celui d’un mois de juin ou juillet en France.
C’est l’été pendant 9 mois.
Sauf que la sensation d’été on l’a plutôt en ce moment, c’est-à-dire pendant les mois de juin à août, le reste du temps étant une sensation de sur-canicule prolongée…
A bon entendeur si la canicule est ton dada: viens à Mayotte en décembre pendant tes congés ou en février au lieu d’aller au ski détruire les plantes des montagnes, tu pourras toi aussi fondre comme neige au soleil!
Allez zou c’est ma dernière prose contre cette chaleur avant un an et demi.
A l’instant, il y a trois heures quand même, un nouvel évènement a refroidi l’attrait des tropiques: une scolopendre de 15 cm de long s’est subitement vexée que je lui mis mon petit orteil entre les crochets…il faut dire qu’il n’avait rien à faire d’autre que trainer dans mon pantalon qui trainait lui aussi par terre. Après avoir retiré cet ustensile qui nous sert habituellement à cacher nos jambes du soleil ou à les protéger de multiples choses, tel un asticot dans un sac de jute…je bondis vers la cuisine, rageur comme puma devant un lièvre, pour me mettre le pied dans une gamelle d’eau chaude à 55°C ou 50°C je n’ai pas pris soin d’en mesurer exactement la température.
Pour imaginer la douleur d’une morsure de (grande ) scolopendre c’est sans doute du même ordre qu’un franc écrasement de pouce dans l’entrebâillement d’une porte qui peut lancer une douleur vive pendant une bonne heure (c’est du vécu). Imaginons une guêpe qui pique (c’est du vécu aussi), et bien le scolopendre c’est un peu comme 10 guêpes en même temps au même endroit et ça dure presque une heure sans fléchir…
Cela dit, l’action de l’eau chaude a du altérer en grande partie le venin thermolabile. Le vinaigre a permis la résorption du bleu qui s’était formé quasiment immédiatement.

spécimen: la tête du scolopendre est habituellement attachée au corps, la tête du balai aussi... (photo: Florian) le manche n'ayant pas résisté à l'impact.
Les commérages locaux affirment que les petites scolopendres font plus mal que les grosses!!!
Quelle idiotie et idée stupide qui se confirment ici.
Si la piqure d’une grande scolopendre a peu provoqué de douleur à certains c’est qu’elle a soit omis l’injection de venin (elle teste ainsi les surfaces rencontrées), soit qu’elle n’en a injecté que peu car la plupart de ses proies ne nécessitent certainement pas une pleine dose. Nombre de serpents venimeux agissent ainsi: morsure sans venin ou dose minimale injectée (Voir guide des serpents d’Afrique occidentale, de Jean-françois Trape et Youssouph Mané, IRD éditions).
C’est d’ailleurs probablement une des raisons (la résistance individuelle en est une autre) pour laquelle certaines personnes s’en sortent assez bien après avoir été mordu par une vipère africaine.
Ayant agressé l’intrus, je pense avoir reçu une bonne dose qui, sans ce traitement immédiat à l’eau brulante, eut sans été encore bien plus pénible.
Donc je défends la thèse, n’en déplaise aux légendes circulant sur l’île, que les grands scolopendres sont plus douloureux et nécrosants que les petits… je déconseille d’ailleurs à tous les enfants de subir cette mésaventure.
La seule différence entre le venin de deux scolopendres peut être leur concentration, la quantité de venin (morsures à intervalles de temps rapprochés diminuant les réserves ou morsures à faible injection) et la profondeur de la morsure, les venins pour une même espèce ayant globalement la même composition chimique.
Les mahorais diraient que ce sont les mauvais Djinns (esprits ou ancêtres) qui entrent dans la maison pour punir d’un péché. Et bien dans ce cas il va me falloir aller à confesse, ce sera peut-être plus efficace que de donner des coups de balais aux bestioles. C’est marrant mais hier soir j’ai pressenti qu’il y avait une scolopendre dans la chambre, une fois couché comme une larve prête à entrer dans le bocal gorgé des fruits d’Hypnos le courage memanqua pour déménager toute la chambre. Maintes fois il serait sage d’écouter ses petites voix…
cqfd: les coups de chaud à Mayotte, ça refroidit aussi!!!

Enfants malgaches de Mamoudzou
Une dernière photo, à l’initiative de ces enfants qui, toujours joyeux, sont de vrais rayons de soleil qui ne brulent pas la peau comme Râ au zénith mais allument en chacun une magnifique lumière. L’esprit du peuple malgache se retrouve ainsi parmi des souvenirs que je raconterai une prochaine fois.