Ce mercredi 11 novembre comme non de coutume, Fabienne et moi sommes allés nous promener à moto car les enfants avaient école (ben oui un 11 novembre, les métros ici ne savent plus qui ils sont…). Ce fut aussi l’occasion à Fabienne d’essayer la moto afin de voir si elle serait apte en conscience à utiliser le deux-roues à moteur disponible pour les agents de son service.
L’essai a eu lieu sur le parking du centre commercial et il a confirmé que si Fabienne n’est pas une brêle sur un deux-roues elle a quand même grand besoin, comme quasi tout le monde, de cours complets de moto-école afin de rouler avec un minimum d’expériences et de conseils avisés, de conseils qu’elle daignera écouter…devrais-je dire.
Après ces quelques moments d’inquiétude, j’ai repris le guidon et nous avons fait le tour nord de l’île.
Notre principale surprise a été de voir un caméléon sur la route!!!

Enfin! mon premier caméléon après un an sur l’île… je finissais par croire que le caméléon était une légende comme la licorne ou le sphinx et bien non ça existe bien et ça se cache très bien aussi…car si le vert de sa peau était éclatant sur nos mains il est devenu marron comme celui de l’écorce de l’arbre sur lequel on l’a posé ensuite.

C’est un animal très mignon avec ses deux doigts opposés et ses yeux de fou!

Nous avons tant traîné en route jusqu’à Mtsangaboua qu’il a fallut, au retour, rouler plus dynamique (léger parce que, à écouter les conseils de Fabienne [arrivant à 50m d'un stop et toujours derrière un camion: "vas-y double..." euh oui certainement, puisqu'il y a un trottoir de dégagement au milieu de la chaussée à l'arrivée au stop et du gravier et du sable au sol...c'est une bonne idée!], et vu ma maîtrise plus qu’incertaine de la moto, nous aurions certainement côtoyé les anges…ou notre ami Mercurochrome et Plâtre_à_gogo) pour être à l’heure pour chercher les enfants à l’école.

maison en construction…plus que cinq ans de travaux…allez on y croit!

Au second plan à gauche: défrichement autour du village; troisième plan, à droite: la forêt tropicale et quelques pentes de cultures verdoyantes
Fabienne avait mal aux fesses et je la comprends car être passager sur une moto est à la fois ennuyeux et inconfortable.
Ce qui est sûr c’est que Fabienne est convaincue, à présent, que même pour utiliser une moto 125 cm3 il faut passer le permis moto ou tout au moins prendre des leçons de plateau, essai réussi!
Mais si permis nouveau elle doit passer, elle préfèrera s’orienter vers un permis hauturier en priorité. Ce n’est donc pas de sitôt qu’elle utilisera une bécane.
Je trouve cela tellement dangereux un deux-roues pour le pilote qu’ on devrait d’ailleurs limiter leur puissance non pas à 100cv mais à 40 ou 50cv ça ferait certainement moins de morts…dans les arbres ou dans les glissières de sécurité.
Ceci est un autre débat mais je reviens quand même au thème des véhicules de course que l’on vend à quiconque que ce soit en deux ou quatre roues. Heureux les constructeurs qui fabriquent des machines filant à 200km/h et plus quand les routes sont limitées à 130km/h. Actuellement il n’est pas possible de trouver une berline familiale qui a du répondant pour doubler sans risque ou ne pas exploser son moteur en montagne et une vitesse de pointe en-dessous de 200km/h.
Bientôt on vendra des canons portatifs à ogive nucléaire pour défendre son jardin et les autorités diront que le propriétaire qui a utilisé son arme contre un chien qui entrait dans son jardin est totalement responsable… ainsi c’est de sa faute si la ville a été rayé de la carte…oui quelque part ce sera de sa faute mais on l’y aura bien aidé..bref, pas le temps de tergiverser sur le débat philosophique des causes imbriquées et de la responsabilité morale des actes humains ou de la moralité des lois humaines.

Banga moderne... en tôle
On ne peut pas donner des allumettes et une bouteille de gaz à un gamin sans mauvaise conscience alors que faisons-nous du reste? De nos armes sans cesse plus destructrices, de nos véhicules encore plus silencieux, confortables, sûrs et rapides…nous cherchons quoi? L’efficacité ou la liberté du risque assumé?

Plage de Mtsangadoua
Sous couvert de liberté le monde moderne peut toujours se donner bonne conscience mais compte tenu de la densité de population dans nos villes modernes et des outils que nous utilisons il n’est plus possible de conserver les dogmes du siècle dernier pour toutes choses.
La liberté est inversement proportionnelle au-delà d’un certain seuil de densité de population, seuil que nous avons atteint depuis bien longtemps. En-dessous de ce seuil, les autres sont une aide, au-dessus les autres sont une contrainte, c’est inéluctable dans les systèmes complexes. Le volume, dit d’intégrité individuelle diminue proportionnellement à la densité de population. Les écueils psycho-sociaux, pour parer à cela, devraient être modifiés radicalement: perte du sentiment de pudeur, perte de l’appropriation du soi physique, nous devrions a&insi adopter une structure sociale telle celle des cellules dans un organe…ou des fourmis dans leur royaume.
Notre écosystème / socioculturel humain n’ échappe pas à ces contraintes et un livre entier pourrait faire l’objet des développements de cette dernière thèse.

Banga moderne enduit et joli
Tout grand changement est risqué, le peu de sagesse du monde (depuis toujours faudrait-il préciser) me fait craindre un monde plus dictatorial ou anarchique (contrairement à ce que l’on croît l’anarchie en ce bas monde est réservée aux riches et aux puissants qui,…sans scrupules, blasphèment les lois qu’ils instaurent et surtout sont au-dessus de la justice qu’ils érigent en dieu face aux citoyens) compte tenu de la structure de nos sociétés et de nos technologies sans éthique.
A propos.
Je sais que personne ne m’a obligé à rouler de manière irraisonnée dans ma jeunesse et c’est un débat sans cesse renouvelé que d’amalgamer ou non: outils/environnement/capacités, en un tout gélatineux mais quelque part je savais bien que la moto avant un certain âge n’était pas adaptée à mon cas; déjà que je roulais parfois sur deux roues en auto…je ne souhaitais pas voir mon permis motard se transformer en permis avionneur ou astronaute…
Comme dit la blague du motard: wheeling sans les mains…, sans les pieds…, sans les roues…puis sans la tête!
A l’ère de la réduction des dépenses énergétiques, les constructeurs de motos s’orientent de plus en plus vers l’augmentation des cylindrées: 1500, 1800, 2500 cm3 sont maintenant courantes pour les plus gros moteurs or une moto n’a jamais emmené plus de deux personnes et quelques menus bagages mais heureux doivent être les possesseurs d’un deux-roues alignant vaillamment les 250km/h et heureux sont les pompiers mettant ensuite des morceaux de barbaques dans les sacs, ça leur fait moins mal au dos …et puis d’une pierre deux coups, les hôpitaux manquant de personnel…
Bon passons. C’était juste une pensée qui passait.

Plage de Mtsangaboua
On parle souvent des peuples à l’autre bout du monde qui sacrifiaient des humains de leur tribu ou d’ailleurs; les mayas, certaines tribus d’Océanie et bien d’autres..on cite ceux-là car …car…loin de notre formidable culture moderne d’origine celte.
Or il suffit de lire le récit de la guerre des Gaules de Jules César (dont les faits ici sont confirmés par des fouilles archéologiques, il s’entend) pour apprendre que les celtes gaulois dont l’organisation sociale était séparée en trois groupes: les manants (le tout-venant au statut soumis au deux suivant), les guerriers (équivalent à une certaine aristocratie) et les druides ayant pouvoir de justice et de décision sur tous. Un druide suprême (comme un pape en somme) régentait tout ce beau monde. Les druides, donc, pour contenter les dieux faisaient moult sacrifices organisés en rituels…cela faisait partie de la culture celte comme la baguette de pain fait partie de la culture française…Ainsi des livres d’histoire de primaire font référence aux sacrifices maya mais point ceux des gaulois…censure ou pas, l’histoire des peuple se raconte souvent comme un roman dont on modèle à dessein la trame.
Voilà chacun en tirera les conclusions qu’il souhaite.
Quelques photos ci-dessus de l’après-midi à la plage de Mstangaboua que nous avons découverte le matin en balade.
Je dois dire que le récif frangeant face à cette plage est fabuleux, une variété de poissons étonnante, des coraux aux dimensions gargantuesques 4 à 5 mètres pour certains, coraux-cerveaux fabuleux, un barracuda aperçu de loin de taille impressionnante (je me suis gardé d’aller le rencontrer), un banc d’une dizaine de carangues approchant chacune le mètre et le clou de cette nage fut le magnifique nudibranche (lien du site le petit nudibranche…) jaune, occupé à brouter ses algues sur l’herbier de transition entre la plage et le tombant;
c’est un animal petit (5-6cm) très mignon et superbe de surcroit.
Face à ce spectacle haut en couleurs, je m’attendais presque à y voir des requins ou une raie manta mais c’était bien sûr trop d’émotions en si peu de temps qui m’ont rendu un poil optimiste…ou irréaliste car requins et raies mantas font leurs ablutions au niveau de la barrière externe.
J’ajoute un mot sur le dugong puisque l’effectif actuel à Mayotte n’est plus que de 5 individus…le dernier est mort l’an dernier noyé dans des filets de pêcheurs. Autant dire que sa viabilité est nulle et que Mayotte voit ses derniers dugongs parcourir les herbiers de son lagon.
Le Conseil Général de Mayotte est en déficit chronique, mis plus ou moins sous tutelle (je lis les journaux de loin parce que ces affaires d’économie politicienne ça me gonfle au possible, rien n’est clair et c’est un langage technique qui ne m’est pas familier!) les associations trinquent alors que les pontes continuent leur train de vie princier, le cinéma est arrêté, les grèves se préparent et le bordel ne fait que commencer, en attendant les subventions de l’Europe après la départementalisation en 2011.
Encore des kwassas-kwassas retrouvés à moitié vide la semaine dernière à l’extérieur du lagon, autant dire que les survivants sont des hommes et que les disparus, femmes et enfants, ont servi de repas aux squales. Les hommes lorsque le bateau se remplit d’eau éjectent parfois les plus faibles à l’eau pour espérer flotter le plus longtemps possible …c’est ainsi un moyen d’échapper à la gendarmerie, plus occupée ainsi à secourir les gens mis à la baille qu’à aborder les kwassas-kwassas à la dérive.
L’expérience leur a prouvé que bien souvent la technique des enfants jetés à l’eau est efficace pour parvenir à la côte sans subir d’abordage. Sale travail ensuite pour la police maritime et les gendarmes, qui reviennent de ces missions avec le moral entre les jambes.
Les petits corps sans vie sont parfois incomplets…
A chaque époque ses sacrifices: Mayotte, province de la Gaule…!