Maéyotte (non y’a pas de faute c’est exprès) est sans doute en situation de répit, car que ce soient des wazoungous connaissant bien l’ile ou des anjouanais, les discours convergent. Est-ce parce que les wazoungous répètent ce que disent les anjouanais ou bien parce qu’eux-mêmes observent la situation avec acuité?
Le wazoungou éclairé (par lui-même, c’est déjà ça) dira que la plupart des comoriens illégaux se rebelleront un jour car ils sont exploités par les mahorais que ce soit par la location d’un logement de tôles à prix prohibitif ou par le travail non déclaré et parfois non payé…La plupart des maisons pour les mahorais sont bâties par des illégaux en toute bonne rentabilité pour ces mêmes mahorais. Les travaux aux champs sont dans une situation identiques, quant aux petits artisans, la compétence bon marché des anjouanais fait leur bonheur. Ceci n’est bien sûr vrai qu’à 70% ou moins je ne sais pas exactement mais le phénomène est assez répandu pour être considéré comme une pratique usuelle,…le reste étant certainement exempt de tous reproches, huglp.
Mayotte n’est pas unique en son genre, beaucoup d’habitués des Outre-mer (ceux qui tournent quasi exclusivement dans les dom-tom depuis 10 ou 20 ans) racontent que cela est similaire en Martinique, Guadeloupe, Nouvelle-Calédonie et le tout avec une mention spéciale en Guyane.
Similaire mais pas identique chaque ile ayant une culture particulière et ses spécificités évidemment.
Enfin beaucoup d’outre-marins, venant des Antilles ou d’ailleurs (je parle des grosses iles pas Wallis, Glorieuses etc…), sont déçus par Mayotte. La brousse n’est pas l’Amazonie (dixit), c’est pollué, ça déraille de tous côtés etc. Évidemment quand on s’attend à arriver aux Seychelles, Mayotte semble un navet. La vision, comme je l’ai maintes fois dit, d’un lieu dépend autant de ce qu’il y a de réel que de ce que l’on y attend et espère. De Mayotte, ne sachant rien, je n’espérais que la chaleur humaine africaine, je suis en partie déçu du fait de cette réserve et du racisme parfois qui a cours ici.
Certes.
Ainsi Mayotte accumule tous les beaucoup de problèmes, si la Guyane a des soucis d’immigration, de violences, de pauvreté, de pollution, tout comme ici, elle est cependant bien plus vaste que Mayotte, plus préservée (!), moins peuplée en densité, et dispose d’un pôle stratégique et économique incontournable en la base de lancement spatial de Kourou. Elle a aussi des serpents venimeux et des moustiques vecteurs, des chercheurs d’or peu catholiques et des excités de la gâchette sans scrupules, les vols sont aussi courants si ce n’est plus qu’à Mayotte… et le climat est équatorial, c’est aussi un eldorado de bandits et d’escrocs il faut le dire (pire que la région parisienne et le Var?), cependant des résidents s’y sentent bien aussi et en gardent un bon souvenir quand ils n’ont pas subit certaines viscissitudes locales.
Tout comme à Mayotte, à chacun son expérience.
Les mahorais ont voulu être français pour ne plus être comoriens et malgré que de nombreux mariages à Mayotte ont lieu entre mahorais et comoriennes (c’est plus souvent dans ce sens là qu’entre mahoraises et comoriens) et que beaucoup de familles ont des membres de part et d’autres des îles comoriennes il existe une animosité latente ou exprimée parfois, depuis fort longtemps entre les mahorais et les autres comoriens.
Quoi qu’il en soit de ces clichés qui circulent dans les Comores (à chaque ile est attribué, par les comoriens, un qualificatif résumant le comportement des iliens), ces 4 îles sont indissociables tant du point de vue géographique que culturel ou communautaire. Du point de vue politique c’est là que le bât blesse puisque une frontière artificielle s’est crée depuis la partition de 1975 rendant les trois autres îles des Comores à leur indépendance (Union des Comores).
Des tensions en résultent dans les villages de Mayotte, certains mahorais en ont marre des clandestins anjouanais qui viennent “manger leur pain” et prendre leur travail, les comoriens dans l’illégalité s’insurgent contre les mahorais qui exploitent leur misère et leur dépendance ou les dénonce aussi parfois quand ce n’est pas pour les lyncher.
Des mariages et des relations familiales nombreuses aussi entre Mayotte et les autres iles (Comores, Madagascar, Réunion), il y a.
La surpopulation engendre de nouveaux problèmes relatifs à la territorialité, aux surfaces d’exploitations vivrières, aux élevages, au partage du gâteau…
Le Conseil Général est mis sous tutelle de la préfecture depuis un an je crois car celui-ci a accumulé un déficit colossal depuis 10 ans. Évidemment tout le monde s’est servi au passage, le Conseil Général de Mayotte est le premier employeur de la famille et des amis…ici les jeunes s’en fichent de ne pas être bons élèves à l’école puisque le Conseil Général veillera à leur emploi en sur-nombre. Enfin ce ne sera plus possible bientôt sauf que la quantité d’employés non qualifiés (pour rester poli ) va sans doute rester en place un moment. La section culturelle du Conseil Général emploie d’après mes souvenirs environ une quarantaine de personnes, chacune dispose d’un bureau, vide de tous dossiers la plupart du temps et pour cause.
Bref on pourrait passer des heures à casser du sucre de canne. La tradition africaine, si magnifique soit-elle (malgré ses inconvénients pour le jeune mahorais et la jeune mahoraise en 2010) à être solidaire avec la famille, trouve ses limites quand elle doit s’adapter au fonctionnement de l’administration française. Ces deux conceptions de sociétés ne sont pas compatibles en l’état. Chacune doit s’adapter ou l’une en pâtira.
La plupart des jeunes rencontrés sur l’ile veulent fuir leurs traditions ou plutôt fuir la main-mise sociale restreignant leur liberté personnelle. La culture musulmane de Mayotte est en outre une spécificité que n’ont pas les autres outremers français qui sont plutôt de religion catholique dans l’ensemble.
Quand les jeunes ne veulent ou ne peuvent pas se faire embaucher au Conseil Général, ils se destinent à quitter l’ile où ils auront bien du mal à trouver du travail puisque leur niveau de diplôme est statistiquement bien inférieur à ceux des autres français (cf. la situation scolaire sur l’île qui engendre, à postériori, un taux d’échec exceptionnellement haut dans les études supérieures réalisée en métropole française) et s’il est équivalent, leur compétence linguistique en dessous du niveau moyen en métropole, en langue française (seconde langue pour eux…), leur sera toujours défavorable dans la moindre lettre de candidature (et cela malgré le niveau en orthographe et syntaxe bien souvent pitoyable de la jeunesse actuelle).
Bien sûr, exceptions il y a, mais même avec la meilleure volonté, trouver un travail pour un mahorais est un parcours plus que difficile, d’autant plus depuis quelques mois comme c’est le cas pour tous et cela ne va pas s’arranger avec la mise en place du département et l’arrivée de mahorais expatriés actuellement.
Donc les anjouanais laissent entendre qu’un jour il peut y avoir une rébellion et les wazoungous avisés (qu’ils soient flics ou simples quidams) laissent entrevoir la même chose. Quatre possibilités peuvent survenir: les mahorais se rebellent contre les clandestins…les clandestins se rebellent contre les mahorais…les clandestins se rebellent contre les blancs…les clandestins se rebellent contre les mahorais de souche et les blancs. Tout cela amenant une belle pagaille et certainement des drames.
Pourquoi affirmer cela? Car nombre d’observateurs ont vu de leur propre yeux des situations à problème (arrestation d’un voleur, manifestation, accident routier, querelles de voisinage …) se transformer en lynchage collectif et violences exacerbées.
Personne n’est dupe sur l’ile et les acteurs de la sécurité sont parfaitement au fait de cette situation sociale.
Comme je disais auparavant, sur une ile comme Mayotte, on en vient rapidement à côtoyer des gens dont l’activité présente un rouage important de l’ile dans le domaine public ou privé: RG, policiers, profs, DDE, DAF, trésorerie, politiques, commerçants etc.
Chacun amenant une pierre de son expérience locale ou plus lointaine…en recollant les morceaux cela amène à avoir un point de vue qui n’enjoint pas à vouloir s’attarder dans les années qui viennent sur l’ile. Malheureusement, car celle-ci peut offrir un contentement rapide à celui qui y vient en vacances.
Entre les réfractaires où tout est nul et négatif à Mayotte et ceux qui s’en fichent ou n’y voient que les côtés ensoleillés, il y a un milieu qui peut lui-même se modeler selon plusieurs points de vues.
L’évolution négative du comportement des lycéens et collégiens est aussi notifiée par nombre de profs ayant séjourné plusieurs fois depuis 15 ans à Mayotte. Malgré cela Mayotte est encore loin de l’ insécurité scolaire de certaines villes de France hexagonale.
Alors quel avenir pour les habitants de l’île? Blancs, rouges, noirs, gris, marrons, bleus, verts, roses ou jaunes peu importe, les habitants sont ceux qui sont présents à une date donnée sur l’ile, et il sera bien difficile de dire qui en pâtira le plus. Et bien là je n’ai plus rien à dire, le lecteur inventera un scénario de son choix.
Comme qui dirait, ça passera ou ça cassera.
Cette description à connotation négative n’a pas pour but d’enfoncer qui que ce soit (euh c’est trop tard!) mais il faut bien constater qu’ici: les problèmes sont amples et délicats et malgré que ce soit la France, on est bien en Afrique.
Un maire célèbre ici a ainsi résumé la situation après avoir perdu les élection locales: ” je me suis bien servi avec famille et amis mais ce changement électoral va vider les caisses une nouvelle fois car de mon côté la chose avait été faite et n’était plus à faire.” Autrement dit: après moi, chacun de l’autre camp prendra sa part qui lui est “due”.
Etre ou ne pas être à Mayotte, telle est la question que beaucoup se posent.












