Mercredi 21 juin 2006 :
Du vent, du froid, de la pluie, la matinée n’est pas engageante et il n’est pas possible de faire du thé dehors…disons que la motivation n’y est pas : se battre contre le vent pendant une demi-heure pour arriver à faire de l’eau à 35°C pour un thé qui sera par voie de conséquence raté n’incite pas à se motiver. Nous allons ainsi jusqu’à Husavik où nous faisons provision de vivres.
Au bord de la route n° 85 près de Tjonesta nous déjeunons légèrement à l’abri du vent malgré notre position dominante sur la falaise. Souhaitant voir la cascade de Dettifoss nous prenons la route F852 par le nord (rappelons que c’est le chemin aux ornières que nous n’avons pas daigné prendre la veille), celle-ci est très étroite, en terre puis devient au fur et à mesure des kilomètres franchement chaotique et piégeur.
Notre carte au 1/50000ème indique une curiosité à voir: nous faisons halte pour une balade sur le site de Hijodaklettar, partie du canyon composant un théâtre de gnomes et de lutins de roches basaltiques assez surprenant.
Les anciennes bulles de gaz lorsque ce paysage n’était qu’un chaos de laves visqueuses, font place à des cavités dont la voute bien demi-sphérique est décorée des blocs stalagtiformes dont la quantité qui jonche le sol nous indique par prudence de ne pas s’y engouffrer. Poursuivant ensuite notre route nous nous arrêtons voir les cascades de Rettarfoss, le paysage est superbe mais la lumière n’est plus propice aux compositions photogéniques, le ciel restant bouché par une couche de nuage assez épaisse.
Avec la même ferveur nous souhaitons voir la cascade de Dettifoss avant que le ciel ne soit trop « sombre ». Mais devant nous se dresse un obstacle majeur : un tout-terrain de luxe s’est embourbé en voulant contourner une flaque d’eau inondant le chemin. Les deux compères responsables sont un couple d’italiens dont le chauffeur masculin semble paniqué par ce qui lui arrive alors que le co-pilote féminin prend la chose avec beaucoup plus d’humour. D’ailleurs c’est avec elle que nous aurons le contact le plus facile puisqu’elle parle anglais et français selon son choix alors que son homme a du mal à parler sa propre langue tellement l’émotion le gagne.
Nos italiens n’arrivent pas à utiliser leur véhicule en position tout-terrain car il est muni d’une boîte automatique mais nous ne faisons pas mieux (la notice était aussi explicite qu’une notice chinoise traduite en grec puis en russe et enfin en swahili avant de finir traduite en anglais) aussi lorsqu’un islandais, qui a contourné la mare par le bon côté, s’arrête pour voir ce qui se passe je crois un instant au miracle en me disant qu’il va sortir une corde de son véhicule _ils sont prévenants ces islandais ils savent bien qu’il faut mettre une corde dans leur coffre de voiture avant d’oser affronter les chemin de traverse!
Pour tout dire j’y avais pensé mais cela faisait beaucoup de poids et de volume pour prendre l’avion alors j’ai laissé tombé l’idée mais la prudence élémentaire aurait du nous en faire procurer une sur place.
Cependant l’islandais reste avec nous à parlementer sur les possibilités offertes manuellement pour dégager ce gros 4×4 de luxe de son bourbier.
Après une bonne demi-heure de palabres notre islandais s’entiche de sortir effectivement une corde de son coffre comme si d’un seul coup sa mémoire lui rappelle qu’il en a mis une l’année dernière après avoir passé l’aspirateur afin d’enlever les détritus amassés au cours de longues années d’utilisation intensive en transportant des œufs frais, des moutons ou des restes de morues séchées.
On attache donc notre Enterprise avec le bourbeseux par ce lien (fruit de l’industrie chimique) et le capitaine prend place pour tracter l’indomptable et étincelant 4×4. Tout en douceur notre spouncionef tire le gorgeux tout dépité de sa nouvelle robe d’apparât. Et zou, un flot de remerciements de la part des voyageurs italiens nous submerge au point que nous manquons d’y noyer notre égo. De fait on y est pour pas grand-chose c’est surtout la corde de l’islandais qui a fait son œuvre. Les spoucionautes s’habillent de leur panoplie de héros sous les applaudissements du vent ballot et imaginent déjà les honneurs et les confettis tombant des fenêtres des rues inondés par la populace en liesse, ivre d’allégresse et admirative de leurs exploits pantagruelesques…
Mais nous n’en sommes pas encore là et nous aurons bientôt à nous surpasser car d’autres exploits encore plus extraordinaires (et oui c’est difficilement imaginable mais si, c’est possible !) nous nous parerons…

Dettifoss, les italiens
Nous poursuivons notre chemin et retrouvons (quelle surprise c’est dingue !) nos deux romains à la cascade de Dettifoss malgré l’heure tardive et la lumière maintenant bien pâle vu qu’il sonnait 22h00 à l’horloge du premier village voisin situé probablement à 30 ou 40 kilomètres.

Dettifoss
La cascade débite une masse impressionnante de liquide ressemblant à une mixture semi-aqueuse semi-boueuse et s’en approcher au plus près s’avère difficile compte tenu des embruns conséquents poussés par un vent contraire.

Kirkstophe

Selfoss (K)
Sellfoss au loin vers minuit.

Sellfoss
Deux kilomètres en amont, en suivant la faille à pied nous découvrons ensuite les cascades dénommées Sellfoss nous croisons de nouveau nos joyeux italiens (le sieur romain avait retrouvé un sourire certain), occasion de les prendre en photo. La douceur du soir fait place à une fraîcheur tendant sur le glacial aux alentours de minuit, ce qui nous incite à prendre congé. Je m’endors dans l’auto tandis que le capitaine Kirckstophe, qui brave tous les dangers au péril de sa vie, fait halte sur le parvis devant la porte de la petite cabane en bois sus-nommée « toilettes ».

Dettifoss (K)
Jeudi 22 juin 2006 :
Du brouillard fait son apparition pendant « la nuit » mais il disparait au réveil, le froid nous saisit un peu, des américaines garent leur 4×4 à côté du nôtre, pas très aimables et un peu “pet sec” dans leur réactions, du genre c’est tout juste si on ne les gênait pas simplement parce qu’on était là avant elles. Nous les reverrons à une autre cascade le matin puis le lendemain soir mais cette fois-là comme satisfaites de revoir des têtes connues elles semblaient plus aimables et ont déployé leur amical sentiment par un sourire franc.
Nous allons donc, en ce bon matin, voir la superbe cascade d’Hafragilfoss à quelques kilomètres en aval de Dettifoss.

Rettarfoss
Le site est impressionnant mais pas autant que le prochain puisque nous retournons sur le lieu des cascades nombreuses entrevues la veille: Rettarfoss, afin de tenter d’y réaliser de belles photos.

A Rettarfoss à côté du chemin d'accès
Le débit du fleuve impressionnant, les bouillonnements en contrebas de la falaise donnent le vertige…Ce lieu nous plait beaucoup par la proximité des accès rocheux aux tumultes de ces gorges où le « bouillon » ferait pâle figure aux rapides du Colorado.

Cascade latérale à Rettarfoss
La matinée passe ainsi en contemplation.
En ce début d’après-midi nous sommes encore au parc national d’Asbyrgi mais de retour vers l’aval et à la civilisation puisqu’il y a un camping, une route, une station-service. La lumière est très belle, nous prenons décision pour nous promener en suivant une boucle d’une dizaine de kilomètres.
Une forêt de bouleaux et de saules accompagne nos mouvements ainsi que les bourdonnements émis par les bécassines (si je me souviens bien de ce que m’a dit Ronan par la suite ? Très curieux ces sons d’oiseaux!).
A mi-chemin nous rencontrons une jeune femme qui nous interpelle pour nous demander son chemin, il s’avère qu’elle semble avide de discussion et nous apprenons ainsi l’histoire de la formation de ce canyon par l’eau de fonte des glaciers il y 2000 ans. Notre interlocutrice est une étudiante polonaise en sciences géographiques dont l’anglais m’est compréhensible (deviendrais-je subitement réceptif à l’oralité de cette langue ?), probablement le double effet du charme polonais ?
La balade n’est pas grandiose en soi mais c’était une détente sympathique au calme.
C
Nous reprenons la route pour Husavik sous un temps plus clément que le matin.
A Husavik nous choisissons notre camping, c’est facile il n’y en a qu’un (et c’est déjà bien). Nous effectuons le parcours de trois heures en bateau afin d’espérer rencontrer un cétacé. Chance nous en a pris car nous avons droit à la rencontre avec un individu Balaenoptera novaelandica soit-dit le mégaptère aux nageoires de 5m de long.
Les deux compagnies maritimes lprésentes cherchent chacune T à s’approcher le plus près du bestiau afin de contenter la soif orgueilleuse des touristes présents (dont nous faisions parti) sur leur navire et nous constatons que cela finit par exaspérer l’animal qui tente de fuir comme il peut voir le joug de ces deux autres mastodontes assoiffés d’images.

Mégaptère
Les yeux rivés des touristes ébahis derrière leurs appareils photos me laisse là encore une étrange sensation de malaise. Je deviens moi aussi ce que je critique et déteste en l’homme : son sentiment de supériorité sur l’animal, son côté voyeuriste altérant parfois ce qu’il est sensé voir et l’égo exacerbé qui découle de cette satisfaction.

Le navire voisin
Celle-ci, témoigne de notre époque où l’homme est totalement déconnecté de la Terre nourricière qui l’a fait naître. Ainsi il croît se rapprocher de ces animaux en les prenant en photo afin de glorifier son album de voyage…
Je regarde ces gens qui se précipitent (après l’avoir fait moi aussi quelques fois) tels des sardines en banc d’un côté ou de l’autre du bateau faisant face à nous et je constate que chacun est rivé derrière son appareil numérique comme une sangsue sur sa proie, y aura-t-il une personne à vouloir regarder de ses propres yeux et vivre au présent plutôt que de penser à toutes ces « belles » photos plus flous les unes que les autres qu’ils montreront à leur amis et parents ?

La lumière sur cette baie est magnifique en ce soir qui s’avance. z
Les bateaux rentrent au port.
La baleine est soulagée et savoure cette nuit calme qui débute.
Les gens sont contents d’eux-mêmes et du capitaine du bateau qui a trouvé la perle de leur avidité.
Nous aussi, même si je ris jaune de ce que je viens de vivre malgré que je souhaitais l’expérimenter depuis des années.
En fait c’est nager en compagnie d’une baleine qui me faisait rêver depuis tout petit après avoir vu Cousteau et ses amis!
J’aime les baleines se dit l’homme pour se rassurer sachant bien qu’il n’a pas réalisé par cette joute là une action exemplaire pour leur survie. Je ne supporte pas les zoos et pourtant je joue moi aussi, en ce sens, à l’attrape-nigaud en voulant m’offrir le spectacle d’une nature paraissant encore parfaitement vierge de toute dégradation causée par la civilisation humaine. Tout cela me saute aux yeux.

Husavik (K)
J’y songeais bien avant de poser le pied sur ce navire et je ne sais plus si je me dois d’être satisfait de ce que j’ai vu ou attristé par le spectacle que l’être humain m’a offert en ce lieu, non loin des falaises sauvages du Viknafjöll. J’ai du mal à cacher une certaine tristesse et un mécontentement personnel malgré la beauté de la lumière sur cette mer relativement calme ce soir-là. Nous retournons donc au camping de Husavik où avant de prendre pied en mer nous avions monté la tente.

Husavik (K)
Vendredi 23 juin 2006 :
Les autres campeurs sont déjà tous partis que nous nous mettons en route, il est 11h du matin !
Le but est de visiter Akureyri (2ème ville de l’île), son jardin botanique où nous flânons quelques heures, et le centre ville, ce qui nous permet de ramener quelques souvenirs du pays.
Le soleil est de la partie.
Il fait très bon – on est limite à transpirer des yeux tellement la lumière nous inonde- trop parfois car peu couverts il suffit d’un léger souffle de vent pour nous rappeller que nous sommes à deux pas du cercle polaire arctique.
Deux gamines d’environ 10 ans s’amusent à baigner leurs pieds dans une vasque à poissons au cœur du jardin botanique tout en gardant ses chaussures pour l’une et ses chaussettes pour l’autre, façon islandaise de profiter de la baignade estivale !
De nouveau nous échangeons de nombreux Kronurs pour quelques vivres dans une station-victuailles-service et nous nous dirigeons en ce début de soirée vers le désert de Kjollur grâce à la route F35.
Des oies très nombreuses nichent dans ces vastes étendues de lacs et de méandres de cours d’eau. Au-delà se devine un désert de roches et encore plus loin les montagnes calottées de glace se dessinent. La route est très belle, en terre mais large et bien damée ce qui permet des vitesses de croisière conséquentes et cela ne doit pas être du goût des cyclotouristes qui à chaque rencontre avec un véhicule doivent nager dans un nuage de poussière pendant de longues minutes.
Nous faisons halte pour la nuit à la cabane-refuge de l’Audkuluheidi (LaïLaLaïïdïïiiiiii!). Le souper se passe à lire les nombreux messages laissés par les précédents visiteurs sur le livre d’or du refuge. Le capitaine Kirstophe déclame ainsi avec véhémence les prises de bec des uns face aux messages publicitaires inscrits par les cyclistes tenant magasin en France ou adeptes de tel fournisseur et les délires des autres, discours ironiques agrémentés de dessins. Une veillée pleine de gaîté et franchement rigolarde !
Vu la clarté du ciel et l’odeur de moisissures de la cabane je préfère choisir un lieu tranquille plus loin sur la mousse pour poser mon duvet. Kirstophe prend donc possession seul de cette grande boîte de métal orange dénotant sur ce paysage désolé tout de gris vêtu, pour y passer la nuit à l’abri du vent.
Samedi 24 juin 2006 :

Au matin, la cabane/refuge (K)
Le lever est matinal et il fait grand soleil, la vision du glacier Hofsjökull au loin est troublante, je passe de longues minutes à me demander si ce n’est pas un nuage qui coiffe la montagne mais je finis par être certain que c’est bien une calotte de glace immense…seulement à chaque fois que mon regard s’y reporte après avoir vaqué à autre chose le trouble survient et je dois me raisonner pour me persuader encore que c’est bien une calotte de glace, effet visuel impressionnant dans cette lumière à contre-jour du matin.
Je réveille plus ou moins Kirstophe (sic) pour prendre possession de la table où nous avions laissé le matériel pour cuisiner. Et c’est de bon entrain que nous nous dirigeons sur Hveravellir dans le désert du Kjollur. Marmites bouillantes, jets de vapeur, solfatares et rivière tiède caractérisent les lieux. Une certaine sérénité y règne avec son refuge gardé, ses chevaux tout zèles, c’est assez pittoresque finalement.

Solfatare
Une petite piscine a été aménagée près d’une cabane et reçoit au moyen d’un tuyau l’eau bouillante qui surgit en amont et d’un autre l’eau provenant de la rivière afin de réaliser un bain à la température acceptable pour nos peaux si sensibles.
Seulement je ne dois pas avoir les mêmes capteurs sensoriels que le capitaine car l’eau m’est vraiment trop chaude alors que lui s’y prélasse comme une anguille. En déviant l’arrivée de l’eau bouillante vers la rivière lCap’tain Kirstophe me permet aussi de prendre place dans ce bassin à ciel ouvert. L’ambiance est fantastique ou tout au plus délicieusement poétique, il fait frais dehors mais l’eau à 40°C nous détend complètement c’en est même fatiguant à force, on se sent tellement décontracté qu’on en devient tout mou, un peu comme des limaces! Après une heure ou deux de ce manège à entrer dans l’eau, à suffoquer, à flotter, à sortir, à régler les débits d’eau froide et d’eau chaude, je finis par préférer m’étendre le long du bassin profitant des vapeurs tièdes, du soleil et du vent frais en même temps.

Le bain chaud
Une jeune française qui visite le pays au moyen du réseau de bus islandais et fait halte ça et là au gré de ses envies, vient bientôt s’associer à notre entrevue fraternelle. Aux heures de midi nous déjeunons en sa compagnie alors que le bain commence à se remplir de nombreux humanoïdes aquatiles. La voyageuse solitaire, poursuit son chemin avec le bus dès le début d’après-midi car elle fait le tour de l’île dans le sens inverse du nôtre.

Hveravelir (K)
Le bassin est maintenant bondé de monde, le capitaine Kirstophe, en grande discussion cette fois-ci avec un jeune couple de français habitant Londres et venu se détendre sur l’île juste le week-end, délibère un résumé de notre épopée fantastique! Gentiment, ces jeunes gens nous proposent de les accompagner pour une petite balade au pied du glacier Langjökull et comme nous avions l’intention d’aller voir par là nous nous accordons pour les suivre.

Rivière à Hveravellir (K)
Nous prenons la route…ou plutôt le chemin boueux dénommé F735 en direction du Langjokull afin de faire une petite marche sur le Pjofadalafjöll. Ce chemin, avec des ornières énormes et de la gadoue, permet de tester les étonnantes capacités de franchissement de l’Enterprise. Nous stationnons au pied d’une moraine, nous avons eu droit au passage d’une horde de chevaux islandais en balade avec des enfants.
Le paysage et les chevaux en oubliant les glaciers me font alors penser à la steppe mongole.
Une petite marche d’une heure dans la boue et la neige nous permet d’accéder au pied de la rimaye d’accès au glacier, les moindres premiers mètres s’avèrent déjà dangereux; ce que j’explique avec un certain déterminisme à Kirkstophe en lui signifiant que la glace fond au contact d’un corps chaud dans les crevasses fines et que l’individu peut se retrouver ensuite emprisonné par reconsolidation de l’eau lors de son refroidissement. Et ceci arrive parfois malgré que l’on eût pu disposer de matériel adéquat : broches à glace crampons, cordes etc.
Convaincu de sa méconnaissance du milieu glaciaire et constatant ma non-adhésion à son désir de découvertes somme toute louable, nous en restons à des choses plus sereines ne disposant pas du matos adéquat. Mes expérimentations hasardeuses sans connaissances ni matériel avec le sieur et ami Fabrice il y a déjà 20 ans m’ont, depuis, permis de m’instruire un peu plus sur l’art et la manière d’appréhender un glacier.
Mais ces pauvres connaissances si tant est qu’elles soient le minimum vital en ces circonstances n’en restent pas moins vouées à l’amateurisme et que l’expérience d’un guide est toujours profitable et d’autant plus sur les glaciers islandais où les dimensions et la spécificité géologique ne ressemblent en rien aux glaciers pyrénéens.
En tout cas le spectacle est bien sympa, sauvage et lumineux et cependant presque terrifiant en imaginant du mauvais temps en cet endroit (les nuages, d’un gris incertain, laissent présager le pire comme le meilleur à court terme).
Nos londoniens du jour plantent leur tente sur une moraine enneigée, Blandine s’y installe pour faire un somme tandis que Damien nous accompagne quelques minutes sur un dôme voisin.
Nous descendons ensuite en laissant le jeune couple en ces lieux particulièrement étonnants en raison des dimensions du glacier et de la beauté des pics de laves noires qui contrastent sur l’immaculée de la glace. Ils ont l’air un peu inquiets et fébriles d’avoir eu l’idée de dormir en cet endroit.
La suite de la soirée est toute simple, un peu de route vers le sud, un endroit plat sans cailloux, une tente vite montée, une soupe, des sardines et dodo.
Minuit et ses lueurs ont déjà trépassé, les oies sauvages reviendront. (de nouvelles photos seront mises en ligne après..l’été 2009!)
Dimanche 25 juin 2006:
le temps s’améliore dès le matin, le soleil chauffe l’herbe spartiate.

En amont de Gullfoss (K)
Nous nous dirigeons vers Gullfoss où l’aménagement autour de cette cascade me laisse comme un malaise, bref ce n’est rien à côté de Geysir que nous faisons dans la foulée où ce fourmillement d’appareils photos collés au Strokkur me rappelle d’autant le ridicule et le décalage qu’il peut y avoir entre la beauté d’un site naturel islandais et l’attitude consumériste des fourmis humaines qui s’y fourvoient.

Gullfoss
Bien sûr j’ai moi aussi sorti le mien et après avoir fait deux photos ratées de la belle boule bleue je me suis dit qu’il était plus sage de s’arrêter et de conserver l’image en mémoire tout en prenant du recul sur cet objet thermo-hydrologique en le visionnant de loin.

Gullfoss

Alors alors? Et oui c'est Gullfoss bravo!
Car si notre mémoire est difficilement partageable avec les autres hurluberlus de notre espèce, elle est très efficace à garder en souvenir couleurs et formes si, au moment où on regarde on adopte une attitude de recul sur notre conscience. “Je prends conscience que ma conscience observe” est très efficace pour mémoriser, de même que de s’imaginer vu de l’extérieur ; prendre ainsi conscience de ce que l’on fait en dehors de son propre soi fait relativiser sa situation au présent ou la rend plus vivante.

Strokkur
Effectivement un jet exceptionnellement beaucoup plus haut que tous les autres me permet d’avoir une vision dantesque du phénomène dans son contexte paysager tout en gommant l’aspect niaiseux de certains individus. Et là je ne disserte pas de l’attitude de certains humanoïdes au zoo devant un rhinocéros ou face à un gorille, ceci est une autre histoire…mais l’être humain en général a du mal à prendre du recul sur ses propres défauts (c’est valable pour 100% de la population).

Ca vient...
On se croit libre alors que l’attitude humaine, bien documentée de l’ enfance jusqu’à la vieillesse, a ses lignes directrices bien établies ; nos comportements n’ont ni plus ni moins de valeur par rapport aux autres espèces que dans leur contexte grégaire (sociologie) et sont asservis comme tous aux jougs de nos besoins primaires et aux conditionnements génétiques de notre espèce.

Et hop
En échafaudant ainsi la pensée et l’intelligence sur une structure commune, le langage, l’humain a établi une connexité entre son langage complexe et une certaine conscience bien exacerbée de nous-même et de notre environnement. Les mots désignent les faits et les choses, ils qualifient.

AAAH!
L’être humain catégorise donc en qualifiant, il structure et bâtit sa conscience en cloisonnant les éléments de son environnement. Il s’ouvre de nouvelles capacités d’interaction langagière sans perdre ses structures éthologiques primaires : communications gestuelle, mimique et anthropo-spatiale. Tout ceci étant en inter-connectivité permanente.

Belle hauteur (K)
Oui c’est sûr nous sommes tous ainsi fait, nous dépendons à présent de cette construction sociale qui prend une échelle planétaire de part nos moyens de communication et d’échanges très efficaces ; or cette construction nouvelle implique un rééquilibrage des comportements humains car culturellement et génétiquement nous sommes conditionnés à vivre sur des échelles de structure sociale plus restreintes. L’adaptation se fait donc dans la douleur avec comme guide les informations TV et les publicités de la grande distribution.
Du dieu grec Apollon M, garant des arts de la poésie et de la beauté, nous passons progressivement au légume nouveau l’ Obesum consommaphilus ssp. decerebrae var. pizza-sodaium dont le sens de la vie prend source dans son contentement primaire.
Bon je m’égare et reprend mon récit.
Assez décontenancés devant le phénomène geysir-mania nous sommes partis comme des dingues (enfin surtout lui, le capitaine Kirkstophe qui trépassa dans l’hyper-espace les limites du tangible et de la réalité substantielle de l’Enterprise) pour le Landmannalaugar.

On the road again (K)
Après une route chaotique mais somptueuse sur ses à-côtés (déserts noirs, poussières de gris contrastés, d’argent, d’or, d’émeraude, de jade) nous arrivons vers 17h sur le site du Landmannalaugar. Là, après une petite collation (le déjeûner) et je pars gambader voir les environs afin de me libérer du joug de l’hyper-espace et reprendre pied dans la réalité tandis qu’un bain chaud dans la rivière ressource le capitaine Kirkstophe de ses émotions de Geysirland.

Landmannalaugar I
Retour vers 22h30 pour le dîner du soir et compte tenu du temps nuageux, mais néanmoins lumineux, je me contente de ne mettre que la tente moustiquaire sur le site de camping (dont le sol de sable friable n’incite pas à une séance de plante-piquets), seulement dans la nuit le vent se lève avec quelques gouttes et c’est donc sous 5°C à 2h du matin en plein zef et presque nu que je mets en place le double toit en tapant les piquets avec des cailloux (c’est discret en pleine ” nuit ” avec plein de tentes autour) et m’encours chercher des gros blocs pas loin (mis à disposition à 20 mètres) pour arrimer tout cela….le sommeil se poursuivi ensuite assez bien une fois assuré de la mise hors d’eau avec le double-toit.

Méandres sur mousses
Finalement il n’a pas vraiment plu ! Le capitaine Kirkstophe lui, n’a rien vu, bercé sans doute par le flot des couleurs de ses rêves de Landmannalaugar.

ruisselet, landmannalaugar.
Lundi 26 juin 2006 :
Au matin bien avancé nous abordons une rando, à pied (enfin…), le long de la coulée de lave vers le sud sur le chemin Landmannalaugar-Porsmok.

Landmannalaugar II
Landmannalaugar, en journée.

Landmanna III (K)
Nous montons progressivement en altitude, le spectacle sur la plaine au nord du Landmannalaugar est grandiose, nous sommes revenus il y a 500 millions d’années…, sous une lumière incroyable de nuances subtiles et de contrastes grandioses.

Landmannalaugar IV: la vallée du Frostastadavatn, au second plan à gauche la coulée de lave d'obsidienne.
Le site le plus dantesque que je n‘ai jamais vu de part l’imaginaire qui en échoit.
« Les montagnes panda », qualifiées ainsi de façon adéquate par le Capitaine Kirkstophe toujours prêt à des jeux de mots bien-nommés, un peu en amont de la grande coulée de lave donnaient elles aussi une étrange impression, surprenante s’il en est.

Landmannalaugar V (K)
Les premiers émois de la vie s’échappent de ces plaines marécageuses où le bruissement des volcans bordant ce site ajoutent à la dramaturgie des ombres qui décolorent, selon leur densité, la multiplicité des teintes de la roche. L’horizon paraît se noyer dans un lit de brume bleutée qui semble pourtant lumineux comparé aux masses inquiétantes de ces cônes alignés.

Landmannalaugar VI: les montagnes panda (K)

Landmannalaugar VII (K)
Nous ne sommes pas au Précambrien mais c’est tout comme.

Landmannalaugar VII (K)
La beauté du site nous nous fait réaliser quelques images sympathiques.

Landmannalaugar VIII

landmannalaugar IX (K)

Landmannalaugar X

Landmannalaugar XI
Notre retour est lui aussi superbe avec ces nuances de dépôts jaunâtres et orangés liés aux solfatares, aux mousses grisées et vertes sur les laves d’obsidiennes vitreuses aux reflets argentés…tout cela floconné de quelques stratus déchirant les crêtes sous leurs airs vaporeux.

Landmannalaugar XII
De retour au campement il est encore trop tôt pour terminer nos activités (17h) nous partons voir un d’autres fééries de l’autre côté de la rivière, vers l’est. Là encore au détour d’une colline, un flanc apparaît, des couleurs hallucinantes, des formes somptueuses…de rouge, orangé, bleu et vert côtoyant les blancs névés.

Landmannalaugar XIII (K)

Landmannalaugar XIV

Landmannalaugar XV

Landmannalaugar XVI (K)