Les tribulations du capitaine de vaisseau Kirkstophe et du spountcionaute Spockaël en Islande: partie I


Voici donc la première partie de nos aventures. Les photos du Capitaine Kirkstophe sont sous-titrées d’un K sinon elles sont du navigateur Spockaël.

Chemin près de la cascade d'Ofaerufoss

Chemin près de la cascade d'Ofaerufoss

Jeudi 15 juin 2006 :

Après un départ en bus pour Montpellier où sur le quai de gare je fais la rencontre avec une dame âgée, ancien professeur de piano puis un trajet en TGV, j’arrive à Paris vers 23h où le métro me permet d’aller pointer mon nez chez une amie, Estelle, avec mes 25 kg de bagages (8kg pour la photo, le reste en tente (4kg) nourriture (2kg) et matériel/vêtements 8-10kg)).

Vendredi 16 juin 2006 :

Un sommeil réparateur et nous voilà au matin, un petit tour du côté du magasin « Le Moyen Format » vers Bastille me permet de me procurer du menu matériel photo, ensuite je me dirige vers le RER pour prendre position à Roissy afin d’y retrouver mon compagnon d’aventure le Capitaine de vaisseau Kirkstophe.

Sur place des pancartes mal positionnées m’envoient, ainsi que d’autres néophytes, vers la direction opposée au sens idéal pour arriver à bon port. Au siège d’Air France on nous affirme que l’embarquement n’est pas ici ! Evidemment nous savons bien que le siège d’Air France ne fait pas office de terminal d’embarquement mais c’est le seul endroit à la ronde où des humains s’agitent et où l’on devine pouvoir trouver une information utile à notre orientation. Nous autres, les néophytes, somment amenés ainsi à rechercher une simple présence humaine savante au milieu de ces parois grises de béton aux allures de pierres tombales.

Le bus m’amène alors jusqu’au terminal 1 où j’attends ensuite le Capitaine de Vaisseau Kirkstophe qui arrive bientôt avec ses 2kg de cerises comme un saint homme arriverait en pays inconnu avec des colliers et des peaux de bêtes en guise d’offrande aux autochtones. Ce que le sauvage affamé que je suis ne refuse pas. Le capitaine pour une fois n’a pas sa navette intersidérale avec lui, il embarque donc tout de go muni de son fidèle parapluie au cas où nous traverserions un champ de météorites aqueuses.

L’envol est doux et le temps assez gris tout le long du trajet. A Kéflavik la position météorologique est peu engageante : de la pluie et du vent. Il y fait 7°C, une dépression à 990hPa passe au large de l’île, je suis au courant car j’ai consulté les prévisions du modèle du CEPMMT (Centre européen de Prévision à moyenne échéance) mais cela n’est pas de grande utilité si ce n’est de ne pas être surpris!

Après prise de possession de l’Enterprise tout-terrain et de quelques courses, nous nous égarons dans les faubourgs de Reykjavik, la capitale. Impossible de prendre la route n°1 dans le bon sens ! Le temps de déchiffrer les pancartes il faut faire un choix, bifurquer ou ….poursuivre tout droit, nous prenons à chaque fois de mauvaises décisions et ceci pendant pas loin d’une heure! Evidemment, le second de vaisseau Spockaël s’est trompé dans ses calculs de navigation. Il nous faut demander notre chemin à un islandais qui, comme tous les islandais digne de ce nom parle aussi parfaitement l’anglais qu’un français parle la langue des signes lorsqu’il se déplace hors de ses frontières.

Seljalandfoss

Seljalandfoss (K)

Une fois sur le bon fil, le vent violent de cette tempête et la nouveauté de l’engin calment les ardeurs du pilote de l’Enterprise et c’est sous la faible lumière d’un temps pluvieux que nous arrivons à la cascade de Seljalandfoss sur la route sud de Porsmok vers 22h30. Une bouffe de saucisson nous tend sa chaleur à cette heure avancée. La lumière encore sourde à deux heures du matin, le bruit de la cascade, le vent froid, l’humidité ne nous empêchent pas de sombrer dans le sommeil.

Cascade de Sey

Cascade de Seljalandfoss (K)

Nuit au camping.

Minuit passé...fil d'Ariane entre ciel et terre

Minuit passé...fil d'Ariane entre ciel et terre

Samedi 17 juin 2006 :

Blanche chasse sans colombe, hein!

Blanche chasse sans colombe, hein!


Des nuages brumeux traversent les nues bleutées mais il ne pleut plus. Quelques essais de photos à la cascade gracieuse, entrevue la veille, me value des clichés ratés pour moi et superbes pour le Capitaine Kirkstophe ; heureusement que je ne connais pas encore les résultats pitoyable de mes photos de ce matin-là ainsi je reste motivé par la prise photographique tout le long du voyage. Nous disposons chacun d’appareils argentiques datant d’une époque révolue…mais non moins efficaces. Le capitaine a ressorti le sien de dessous les fagots, miroitant de toiles d’araignées mais ce petit Rony fait merveille malgré tout dans les mains de qui a l’œil du photographe;

ocres et verts

ocres et verts (K)

quant au mien basé sur la technique moyen format 4.5x6cm² et usagé, je le découvre tout juste et me demande si la pellicule est mise dans le bon sens…. De plus, mon appareil, tout mécanique, ne dispose pas de mesure de la lumière ainsi je dois jouer avec un second boîtier (en 24×36 celui-ci) pour connaître les paramètres de prise de vue avec une autre sensibilité de film (bien sûr) et sans filtre, c’est trop simple sinon.

Fuite vers l'océan...

Envol vers l'océan... (K) (faut bien un équilibre)

Nous nous mettons en route pour l’est en continuant la route n°1. Le paysage est superbe et les verts nous interpellent.

Une des nombreuses cascades le long de la côte sud

Une des nombreuses cascades le long de la côte sud

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Homo photographicus var. simplex (K)


Nous nous apercevons que nous avons oublié d’acheter du gaz pour le réchaud, nous mangerons ainsi de la nourriture froide pendant plusieurs jours ce qui nous permettra de rester en harmonie avec le climat local.

Première vision de paysage insolite: la langue glaciaire du Soleihmajokull.

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la langue glaciaire du Soleihmajokull (K)

Depuis le parking où certains jeunes islandais nous montrent qu’ils ne sont pas plus respectueux de la nature que nos compatriotes gaulois (mais le sommes-nous réellement individuellement, chacun plus sachant que son voisin?), nous délaissons le sentier classique sur la gauche menant sur le front de la langue glaciaire pour la contourner légèrement vers la droite et avoir une vue plongeante sur les crevasses béantes recouvertes de cendres. La présence de cette cendre amenait une ambiance très particulière entre l’apocalyptique et le magique, les reflets bleuâtres des fissures parsemaient les gris, les noirs et les blancs, d’une touche de couleur glacée contrastant dans ce cadre à la lumière si austère.

On imagine des terrils ayant reçus quelques flocons de neige ou l’œuvre d’un dessinateur de science-fiction éclairant son papier de sombres lignes pleureuses transfigurant un monde inconnu et mystérieux. La cendre sur les moraines en contrefort est épaisse et la marche sur ce tapis doux et poussiéreux fait parfois imaginer qu’une créature géante sortira des dépressions pour nous engloutir tel le vil fourmilion lorsqu’une sotte fourmi a le malheur de glisser dans le vase naturel qu’il a creusé dans le sable.

Malgré son caractère fantastique ce lieu est reposant et m’appelle à vouloir y rester encore comme la recherche d’un monde, d’une origine que l’être humain a oublié ou qui ne nous est plus accessible de part la distance que l’homme met entre lui et ce qui n’est pas né de ses mains. Ce petit bout de glacier entrevu en catimini comme si on regardait à travers la serrure qui ouvrait la porte de la conscience et de l’essence du monde est comme le cheveu d’une belle que l’on retrouve sur soi après l’avoir rencontré en émoi quelques instants plus tôt et que l’on ne veut absolument pas perdre. Le symbole restant d’un rêve que l’on souhaite éternel. Sentiment fascinant que de se sentir à la fois étranger, curieux mais sans oser déranger, sans oser abîmer ce qui s’offre devant nos yeux et à la fois en symbiose avec les éléments, avec la magie qui inonde ce lieu, avec ce qu’on imagine de tellement plus vaste autour et que l’on aimerait connaître, (envolée lyrique vers l’insondable cosmos) que l’on aimerait découvrir et caresser du regard alors que notre esprit s’immerge un instant tel un rêve d’inaccessibilité dans lequel la volonté ne peut rien face au perceptif.

Sentiments de curiosité, d’admiration, de dépit, d’inconsistance temporelle, de velléité imposée, de transposition d’échelle où la conscience joue avec les contrastes des sens, entre la poésie et la description physique du monde !

En proie à un bien-être salutaire il me fallut rejoindre le capitaine Kirkstophe qui sortait de sa sieste et qui n’eût pas compris pas que je me momifiasse en ces lieux, à moitié cristallisé sous la poussière.

La compagnie nécessite ainsi des compromis qui rendent parfois difficile le maintien de l’équilibre psychologique de l’individu ! A défaut d’être embaumé par cette langue glacée c’est avec regret et perturbé (Qui me parle ? Y’a quelqu’un ? Quoi d’neuf docteur ?), que je quitte cet endroit à la fois inhospitalier et pourtant si attirant par son caractère, sa luminosité, son isolement.

Booooooooouhhh allez tout va bien je retrouve ma veste tombée par inadvertance lors de l’ascension. Ca change des contreforts des Cévennes où sur un lieu hautement touristique de baignade en rivière en vallée de la Vis les quelques secondes qui séparèrent la perte de mon pantalon au milieu de la foule (je l’avais à la main tout de même et non pas enfilé sur les jambes !) de l’instant de mon retour pour aller le retrouver suffirent à le rendre invisible!

Une descente fugace et c’est le retour à la civilisation : l’auto, la piste, la faim, la soif, le langage.

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Plaine d'Eldrhraun

Route n°1, en direction du Vatnajokull, oui l’unique le vrai le fameux l’exubérant Vatna, nous passons dans la plaine de l’Eldhraun où les coulées de laves bicentenaires se sont habillées de mousses grises-argentées aux nuances d’émeraudes dont l’épaisseur rend bien pâles les lits les plus confortables de nos maisons. Leur seul défaut est qu’elles sont très poussiéreuses, de ce mélange entre la cendre et les spores que chaque pas fait surgir telle une éjection volcanique miniature ou autre choses c’est selon votre imagination…

Nuances...

Nuances...

Un dîner sur les mousses s’ensuit alors avec cet horizon…de mousses d’un côté et de l’autre….non pas de la bière mais de la mousse encore et encore (oui bon je sais elle est nulle…je ferai un effort la prochaine fois)

lieu de la ferme

Cairns du Skalmarbaejarhaun (K)

La lumière faiblit quand nous nous arrêtons à l’ancienne ferme du Skalmarbaejarhaun où, en respect de la tradition ancestrale, les voyageurs ont dressé des cairns sur ce lieu qui le rend superbe au soleil couchant…..couchant…A force d’être couchant ce soleil, nous ne sommes pas couchés !…Hop encore une photo trop sombre à force de jongler avec le deuxième boîtier, pour la mesure de la lumière, dont la sensibilité de pellicule n’est pas la même que celle du premier, à force de placer ou d’enlever le filtre vert pour le noir et blanc je me doute bien que nombre de clichés seront sous-exposés par empressement et inattention; et dire que je passe le plus clair de mon temps à peaufiner le cadrage…sic.

Afin d’envisager un sommeil sans défauts nous décidons d’entrer dans le camping de Kirkjubaejarklaustur vers 23h30 locale. Le capitaine Kirkstophe l’appele la montagne de Kirk Douglas c’est plus simple mais ça fait pas un peu beaucoup de Kirk tout ça?.

La pièce, aménagée avec tables et cuisinette au sein du campement, nous est d’un bon réconfort car s’il ne fait pas très froid le vent souffle un peu et le réchaud nous cuisine la soupe et les pâtes bien au chaud à l’abri. Oui il y a un réchaud gaz à disposition…d’où ce premier repas chaud

Le ciel est encore bien clair à 2 heures du matin…mais il nous faut tout de même songer à nous reposer alors que les islandais profitent de l’été toute la « nuit », euh tout le jour plutôt.

Ben oui le capitaine Kirkstophe est habitué à se coucher tard mais pas son fidèle compagnon de route le spouncionaute Spockaël et si la soirée est bien sympa au chaud à observer les mœurs et coutumes des islandais en vacances, mon cerveau qui s’ embrume me supplie de m’allonger rapidement.

Dimanche 18 juin 2006 :

Une fois réveillé, vers 8 heures locales, j’émerge sous un ciel bleu tel un ver de terre breton dans le désert sahélien.

En effet les soirées de coucher-tard plus le décalage horaire de deux heures me font baigner dans une conscience brumeuse d’autant plus que le soleil m’aveugle. Le capitaine Kirkstophe est lui bien frais et déjà levé depuis un moment.

Une petite douche et ça repart ! La nuitée était à 600 Couronnes islandaises par personne et la douche à 150 Kronurs pour info (note: ce type d’info est obsolète depuis cet automne). Quelques oiseaux, bergeronnettes grises, chevaliers, mouettes tridactyles, colverts crayonnent l’espace au-dessus de nos têtes. Le soleil rayonne de tous ses feux, il fait bon torse nu à 9 heures du matin c’est peu dire, une vraie canicule au moins 14°C à l’ombre.

Notre guide de papier nous informe que le sol de l’église de Kirkjubaejarklaustur est fait de dalles hexagonales de basaltes, cependant l’église visible près du camping ne présente pas cette particularité aussi nous n’envisageons pas de passer la journée à rechercher ce monument alors que du basalte autour de nous il y en a suffisamment pour donner du travail à tous les tailleurs de pierres de la planète pendant des millénaires.

Un court trajet toujours vers l’est nous amène dans un premier temps dans la plaine alluvionnaire Skeidarasandur au pied du gigantesque Vatnajökull. Dans une courbe en bord de route un pont métallique tordu agrémenté de quelques pancartes informatives nous incite à nous arrêter pour jouer parfaitement notre rôle de touristes en soif de découvertes extraordinaires.

Sphinx créé par les cendres boueuses du Vatna

Sphinx créé par les cendres boueuses du Vatna (K)

Une famille déjeune à une table en bois disposé au pied de cet esthétique ruban tordu de ferraille rouillée.

Reste énigmatique d’une coulée de boue produite lors de l’éruption du volcan sous-glaciaire Grimsvötn en septembre 1996. Un son familier parvenant à mes oreilles je regarde alors la plaque d’immatriculation de leur véhicule pour y voir le chiffre du département du Maine-et-Loire et c’est près de chez nous ça ! J’ose ainsi entamer une conversation banale mais qui permettra d’espérer aborder des sujets plus riches. Nous dégustons ainsi le fameux produit local que nos compères ont osé acheter : « du requin faisandé et séché sous terre » spécialité islandaise datant des viking. Cela nous permet de garder ce goût rance, « exquis » et puissant de nombreuses heures en bouche malgré le crachat rapide de la bête !

Nos interlocuteurs étant à la fin de leur séjour sur l’île, ils nous apprennent ou plutôt nous confirment que le Landmannalaugar est un endroit « magnifique » et qu’eux-mêmes y sont allés avec un véhicule classique ce qui nous rassure quant aux difficultés éventuelles (gués) pour y parvenir.

Après leur départ nous prenons leur place, hé hé et repoussons tous les envahisseurs à coup de regards effarouchés: mouettes et escargots n’ont qu’à bien se tenir. Cependant, si fiers que nous sommes de notre prise de position sur ce lieu symbolique, nous tentons de nous libérer de ce goût nouveau qui traîne sur nos papilles au moyen d’une nourriture plus conventionnelle : les sardines à l’huile !

Un car de touristes s’arrête soudain pour y gerber son flot d’appareils photographiques à 2 pattes puis il repart aussi sec. Il faut être vigilant à ne pas pencher vers ce comportement que je bannis : le tourisme de consommation même si malgré tout j’en exerce une certaine pratique en tentant de capter en deux semaines la magie des 103000 km² de l’île.

N’étant pas un voyageur solitaire, bien heureusement, je me dois de concilier deux approches différentes de ce voyage c’est ainsi que souhaitant randonner deux/trois jours dans le parc national du Skaftafell je prends accord pour une simple entrevue de quelques heures, le capitaine souhaitant profiter pleinement des vitupérations de l’Enterprise afin d’entrevoir l’île sous tous ses aspects. Il est évident que la location de l’icelandnef baptisé Enterprise vaut son pesant de Kronurs et qu’il semble louable de vouloir le rentabiliser par le truchement des sens.

Ce lieu de verdure abrité des joutes climatiques les plus rudes, où les bouleaux plaisent à offrir, à une faune tranquille, la beauté de leur feuillage, se niche entre le Skeidararjökull, langue du vatnajökull et l’Oraefajökull, montagne volcanique (étonnant non en Islande ?) se jetant dans la mer et recouverte de glace. Le ciel, de consonance nuageuse, laisse au soleil dans cette alliance salutaire, la latitude de véhiculer de réconfortantes caresses à la vie d’ici-bas.

Les discours islandais sont tellement inquiétants à propos des brusques changements de temps qu’on finirait par croire qu’on se retrouverait sous un mètre de neige alors qu’il faisait encore 15°C il y a cinq minutes….météorologiste averti ( !) je me raisonne et constate que le temps change mais que si l’on garde la tête un peu au-dessus des mousses on a quand même le temps de déceler les prémices d’un remaniement troposphérique.

Nous nous mettons d’accord sur le sens et le parcours de notre balade et nous voilà plongés sous ce couvert végétal digne d’une forêt subalpine suisse, la cime des arbres culminant à 5 mètres. Cela ne dure pas bien longtemps car en prenant une altitude majestueuse (nous avons bien grimpé de 100 mètres !) le couvert végétal ne daigne déjà plus dépasser de nos têtes, encore quelques minutes de marche et nous sommes dans la lande à callunes. Un concentré d’étagement végétatif s’offre à notre regard en quelques centaines de mètres ! Au-dessus s’élève un dôme, volcanique bien sûr, où l’on devine pouvoir jouir sur son faîte d’une vue superbe vers les glaciers Vatnajokull et le Skaftafejökull (langue du premier). Mais ce n’est point le désir du capitaine de vaisseau Kirkstophe, de poursuivre sur cette voie, nous bifurquons donc vers la cascade aux orgues.

Cascade aux orgues

Cascade aux orgues

C’est alors qu’en passant aux abords des chutes d’eau, des gouffres innombrables, des pierres coupantes et autres délices, nous délirons sur les multiples façons de trépasser en Islande : être brûlé par des jets de boues bouillonnantes, enseveli dans les sables mouvants au pieds des moraines glaciaires, étouffé sous les cendres de l’Hekla, écrasé sous les chutes de pierres, noyé dans les eaux tumultueuses des rivières et des fleuves, englouti par les gouffres béants cachés sous les lichens, congelé par les chutes de neige, etc. un bon délire en se remémorant ces touristes nombreux dont les enfants courraient en tous sens …petite décompression dans ce milieu somme toute un brin hostile si l’on n’y prend garde.

Ce paysage au pied du glacier est pour le moins apaisant et demanderait quelques jours de plus mais il y a tellement d’autres lieux à découvrir.

Instrument des songes

Instrument des songes (K)

C’est donc en fin d’après-midi que nous reprenons la route toujours en direction de l’est pour arriver vers 20h00 au lac glaciaire du Breidarlon (à côté du Jokursarlon). Les photos du Jokulsarlon aperçues avant le voyage nous ont induit en tête que c’est le plus beau lac ce qui nous fait réduire considérablement notre entrevue avec ce premier, le Breidarlon donc pour ceux qui ne suivent plus.

Breidarlon

Breidarlon

Après coup il s’avère que la taille réduite du Breidarlon permet de considérer le front glaciaire avec une dramaturgie intense par la proximité et les grondements tonitruants de cette masse sujette à un déplacement imperceptible à l’échelle horaire.

JoKursalon

Jokursalon

Cependant à moins d’observer la chute centennale d’un bloc monstrueux il n’y a pas le moindre danger à parcourir le front sud du lac à l’opposé de la langue de glace. C’est avec une certaine avidité que nous touchons au Jokulsarlon tout proche, ce lac jouxtant l’océan libère ses icebergs au gré des marées en phase de reflux.

Jokursalon

Jokursalon

Quelques phoques jouent dans cette étroite passe qui fait communiquer l’eau douce avec l’eau salée.

Suspension du temps

Suspension du temps

Nous passons ainsi plusieurs heures, stoïques et presque héroïques, à contempler la limpidité bleuie des icebergs, à observer leurs formes étonnantes …à goûter à la caresse du temps et à la fraîcheur initiée par la baisse de la luminosité, qui n’en finit plus de diminuer asymptotiquement.

Dromadoie

Dromadoie

Les différentes nuances de gris et de bleus, le dégradé fantastique de la surface de l’eau s’ajoutent à mes souvenirs d’enfance lorsque je contemplais la beauté de la surface océanique du bord de la plage lors d’après-midi sans vent.

Pastels (K)

Pastels (K)

Le soleil teinte l’eau d’un dégradé somptueux, le fin clapotis de vaguelettes minuscules me berce et me permet de voyager dans les méandres cosmique de l’univers. Apaisement.

Beauté du silence

Beauté du silence

Le froid prend le pas sur la beauté des lieux lorsque minuit approche, le soleil ose alors cacher sa robe d’orfèvrerie derrière les montagnes bleutées.

L'interminable coucher du soleil

L'interminable coucher du soleil

Vers une heure (ou plus?) du matin nous entamons notre nuit à même les lichens non loin du Jokulsarlon.

Rêves du soir (K)

Interminable... (K)

Les nuits ici sont d’un calme olympien, pas d’animaux sauvages s’excitant en tout sens, à part nous ni gorille, hérisson, ou mammouths ne viennent troubler la quiétude de ces lieux. La lumière elle-même suffit à rendre magique et apaisant toute conscience présente.

Rêves caeruléens

Rêves céruléens

Lundi 19 juin 2006 :

Nous quittons ce lieu magique pour contourner l’île par l’est, le temps est dit « maussade » agrémenté de quelques gouttes de pluie mais semble rester stable pour l’instant, je préfère le désigner comme « couvert avec légères bruines alternées ».

A Hofn nous trouvons enfin des cartouches camping-gaz. Le capitaine Kirkstophe y fait œuvre de prose sur de jolies cartes que la boîte à lettre du bureau de poste local avale ensuite avec un certain engouement puis nous repartons à bord de notre vaisseau dont les réacteurs sont encore chauds.

Le port n’a pas le charme de nos ports bretons aussi nous quittons cette ville assez vite. Les paysages sont grandioses le long de cette côte, les fjords marquent leur territoire de leur langue déliée jusqu’à plus soif.

Nous déjeunons dans l’herbe peu avant d’arriver à la plage de Pvotta où je me remplis les poches de cailloux (et oui c’est irrésistible cette maladie humaine de vouloir emporter la beauté avec soit) bleus, verts, jaunes, roses ou noirs.

Nous prenons ensuite un raccourci qui nous engage sur la route 939. L’altitude, la brume, le froid, la rudesse des lieux donne à cette route une impression d’antre du désespoir et d’hostilité, comme une réminiscence des histoires de mystiques sorcelleries ou de planètes aux monstres effrayants.

Je ne souhaite pas séjourner plus longtemps en cet endroit et pourtant j’ai l’envie concomitante d’en découvrir les sommets et d’explorer les méandres de ses gorges. Le capitaine Kirkstophe, par contre semble bien décidé à les parcourir le plus vite possible…grâce à son engin qu’il désire certainement transformer en lanceur gravito-quantique, l’Enterprise traverse ainsi les espaces intergalactiques où nous évitons météorites ou trous noirs grâce à son adresse légendaire!

Nous aboutissons ainsi rapidement au lac Lagarfljot, du côté de Hallormstadur, baigné d’un soleil à la douce lumière.

Lac

Lac Lagarfljot (K)

Une petite visite de l’arboretum bordant le lac et des jeux viking faits de troncs nous permet de nous détendre de toute cette traversée, effectuée à vitesse supra cosmique, et de rêvasser à la vraie utilisation historique de ces instruments cousins de l’ échafaud.

Jeux vikings

Jeux vikings

Vers 19/20 heures nous reprenons la route en direction de Myvatn (au nord de l’île) en passant par Egilstadir. Le paysage qui suit a tout de l’austérité, les plaines et vallons sont lunaires par endroit et habités par seulement quelques fermes isolées. Nous nous réfugions pour la nuit dans une cabane de secours disposée le long de la route n° 85 peu après l’intersection avec la n°1. Le vent souffle puis finit par s’atténuer pour laisser place aux plus belles lueurs du grand nord. Un petit repas simplissime fait notre bonheur avant un sommeil bien mérité aux alentours de 2h du matin.

La cabane-refuge

La cabane-refuge (K)

Une Réponse à “Les tribulations du capitaine de vaisseau Kirkstophe et du spountcionaute Spockaël en Islande: partie I”

  1. branchenbuch dit :

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