Randonnée en Vallée d’Ossau en compagnie de Régalo

 

 

C’est une idée initialement envisagée au début du printemps 2007 par Fabienne, habituée depuis longtemps à la compagnie des équidés, à savoir de louer un âne un ou plusieurs jours dans le Larzac/Cévennes à 10 kilomètres de chez nous pour une balade tranquille ou pour un itinéraire sur plusieurs jours.

Ma volonté personnelle n’ayant pas eu écho à ces vacances à deux pas de la maison la chose ne s’est pas faite et voyant la déception de Fabienne, je me suis renseigné sur les ânes (un petit peu) sur internet et j’ai fait le tour des éleveurs du côté des Pyrénées. Évidemment en m’apercevant qu’il y avait un élevage en vallée d’Ossau offrant la possibilité de randonner dans les hauts lieux de la vallée en compagnie d’un âne pendant plusieurs jours, mon choix s’est fait immédiatement. Je voulais donc faire une surprise à Fabienne et je contactais ainsi l’association Ane-en-rando par l’entremise de Christine à qui j’expliquais en gros la période espérée et l’éventuel parcours envisagé.

Une fois rassuré par la disponibilité d’un âne aux dates susdites il m’était difficile de ne pas le dire à Fabienne et de garder la surprise pour la veille du départ, car allant avec les enfants il fallait un minimum d’organisation matérielle.

C’est ainsi que la décision prise, j’étais de plus en plus enthousiasmé par ces vacances à venir en compagnie d’un âne nous permettant avec les enfants encore bien jeunes, d’être en montagne, de bivouaquer à notre guise et de nous alléger d’une partie des affaires (de la nourriture essentiellement) sur l’ bestiau.

Le parcours initialement envisagé était un départ de Gabas avec montée par la forêt d’Herrana dans la vallée du Soussouéou, passage au caillou de Socques pour continuer par le tour du pic d’Ossau par plusieurs chemins possibles jusqu’à Gabas.

Cependant connaissant certains passages un peu vertigineux le long du lac d’Artouste, j’attendais confirmation ou réserves de la part du guide-accompagnateur lié à l’association que Christine devait questionner pour ce parcours. Il était évident qu’il n’était nullement souhaité de notre part, de prendre le moindre risque avec un âne, ne serait-ce de le voir blessé par notre faute. D’autre part tout éleveur étant attaché à ses animaux je concevais aussi que voir ses bêtes risquer des passages délicats (malgré que celles-ci en soit parfaitement capables avec leurs propriétaires) avec des “touristes” qui empruntent l’ animal sans qu’on ne sache rien ni quoi d’eux, n’est pas de tout repos pour l’esprit.

Ne connaissant pas les capacités de cet animal, plus je pensais au Soussouéou et plus je me disais qu’il y avait effectivement quelques passages peut-être trop caillouteux ou vertigineux.

Cependant j’avais très envie de montrer cette vallée aux enfants et à Fabienne, que j’avais parcouru déjà six ou sept fois, mais sans âne l’affaire me paraissait difficile pour le portage familial. Finalement on l ‘a bien fait, sans âne, après la rando avec Régalo. Après deux semaines en montagne on était en forme, Fabienne et moi, pour emporter 25 ou 30kg chacun  sur le dos!

au pied du Medaa

au pied du Medaa

Après en avoir parlé tous les jours en juillet avec les enfants nous nous sommes retrouvés en vallée d’Ossau pour deux  semaines et demi. En ce début août 2007, Florian avait donc 7 ans 1/2, Titouan bientôt 5 ans et Emilian 3 ans 1/2.

Avant d’envisager porter lourd plusieurs jours de suite, il était plus prudent de faire quelques petites balades pour se mettre en jambe et prendre un peu de souffle.

En route au petit matin....

En route au petit matin....

C’est ainsi que l’après-midi de notre arrivée au col du Soulor nous avons fait une petite détente dans les herbages en amont.

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Nous avons posé notre camp de base au camping de Gourette et le lendemain, petite virée le long du Pène Médaa (nous avons utilisé le télésiège pour monter, sacrilège, car ne sachant pas comment les enfants allaient réellement se comporter question fatigue et capacité en tout-terrain, il fallait assurer le coup). Ainsi nous sommes montés jusqu’à un névé sur le flanc est du Pène Médaa, j’ai trouvé dans la neige une vieille corde lovée, certainement tombé d’un sac ou bien de la paroi adjacente dont j’ai signalé la présence le soir à l’office du tourisme sachant qu’une femme était portée disparue depuis deux mois dans cette montagne…

Comme à chaque fois dans ce secteur j’ai pu constater la très grande richesse de la flore alpine et subalpine de ce massif, en partie calcaire, que constitue le cirque de Gourette. Nous sommes redescendus par les pistes et notamment celle de la forêt qui, engoncée de framboisiers, myrtilliers et fraisiers ainsi que d’énormes trous (le massif est karstique et est un lieu de renommée internationale en ce qui concerne la spéléologie), nous a pris beaucoup de temps mais nous avions de ce fait des fruits pour le dessert…

Les enfants ont pris des couleurs assez vite lors de cette journée ensoleillée.

Quelques amusements dans les arbres un jour suivant.

Mimi se prépare

Mimi se prépare

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Mimi après le transfert spatio-temporel

Mimi après le transfert spatio-temporel

Une journée fût aussi consacrée à une randonnée jusqu’au lac d’Anglas, entièrement dans le brouillard.

forêt du Valentin

forêt du Valentin

 

Pause au lac...

Déjeuner au lac...

Il fallait à présent compléter un minimum l’équipement de nos bambins et leur permettre d’avoir au moins un vêtement étanche  et d’un paire de godasses viables, plus diverses bricoles qui nous manquaient (crème solaire et autres babioles). Nous sommes ainsi descendus à Laruns et en avons profité pour aller rencontrer une partie de l’équipe d’Ane-en-rando pour affiner le parcours, faire connaissance et connaître les détails utiles avant je jour J (ou J+1! ).

Après une route raide et étroite, nous atteignîmes le plateau Port Castet où les ânes s’installent chaque été.

Il a ainsi été convenu d’un parcours moins difficile, ainsi nous avons renoncé au Soussouéou avec l’âne mais finalement je préférais cela à un oui qui m’eut provoqué grande inquiétude avant les passages délicats. Partir globalement serein sur les capacités de franchissement de notre compagnon à quatre pattes était finalement mieux et le tour du pic d’Ossau en 6 jours était donc programmé.

Il fut donc donné rendez-vous avec Régalo au lieu-dit de la cabane du caillou de Socques un certain matin de dimanche d’août.

Nous avons donc passé deux autres jours à nous préparer (je ne sais plus à quoi mais bref) à faire un peu de tyrolienne au-dessus du Valentin et c’est ainsi que nous prîmes quartier dans la cabane du Caillou de Socques dans la nuit du samedi au dimanche afin d’être prêts au départ sur place au petit matin.

La nuit l’orage nous avait réveillé et surtout obligé à nous éloigner des parois du rocher sur lequel la cabane s’appuie. Celui-ci dégoulinait quelques menus gouttes et ruisselets qui rétrécissaient l’espace au sec à l’intérieur du refuge.

Le ciel au matin était nuageux avec une fine pluie mais pas catastrophique pour autant. Cependant une demi-heure après l’heure du rendez-vous je commençais à m’inquiéter d’un éventuel problème concernant le véhicule de transport car aucun âne ne se profilait à l’horizon!

Au bout d’une heure je finis par allumer mon téléphone (ne pouvant le charger pendant une semaine je cherchais à économiser l’énergie de la batterie) et c’est ainsi que j’ai pu écouter le message sur mon répondeur, message donné consciencieusement la veille  mais que j’ai entendu trop tard. Un problème avec le Neyman du 4×4 avait empêché tout départ pour le parcours entre le plateau de Castet et le caillou de Socques.

Ce n’était que partie remise et avec toute la volonté et l’acharnement de Patrick à bricoler son automobile toute la journée du dimanche _ et ce n’était apparemment pas une mince affaire, du genre de la petite panne simple mais qui rend fou tellement c’est le bordel entre les fils, le bidule qui se tire qu’on perd dans l’herbe, l’autre machin qui casse, la pièce introuvable enfin quand on a un tant soit peu bricolé soi-même  on peut aisément s’imaginer ce que ça donne comme galère et transpiration…_ Régalo a pu être à nos côtés le lundi matin.

 

La cabane du caillou de Soques

La cabane du caillou de Soques

La veille nous avons alourdis un peu nos bagages de randonnées puisque le temps étant à la pluie nous en avons profité pour aller juste de l’autre côté de la frontière, où c’était moins pluvieux, pour nous procurer quelque Porto rouge et saucisson de voyage, et rendre visite aux grenouilles, vautours et brebis des soulanes verdoyantes espagnoles.

Ce matin-là, Christine et Patrick étaient un peu inquiets évidemment de nous laisser leur rejeton sachant qu’en plus les ânes n’aiment pas du tout le transport en remorque, surtout sur les routes sinueuses de montagne où ils finissent toujours par se blesser légèrement. Nous n’avions pas pensé à ça et c’est vrai que je me sentais du coup un peu gêné d’avoir fait subir cela à Régalo et à ses protecteurs.

Rendez-vous était donc pris pour  dans  six jours sur le lieux de  l’ancienne maison de l’écologie montagnarde de Gabas, maison qui dépendait du CNRS de Bordeaux et qui a été démontée quelques années plus tôt faute de crédits de fonctionnement alors qu’elle apportait des travaux pertinents en écologie pastorale et montagnarde. Cela fait bien 15 ans maintenant que cette station de recherche en altitude ne fonctionne plus faute d’argent alors que ses apports pour la connaissance scientifique étaient viables et efficaces ainsi qu’en ce qui concernait la formation de terrain des étudiants. Bref passons sinon ça va m’escagacer encore c’t'histoire sur la recherche française…

Un au-revoir à Christine et Patrick et hop on chargeait Régalo, beau mâle asin de race portugaise, avec le bât et les deux sacoches remplies de nourriture. Nous avions droit pour la santé et l’équilibre de Régalo à 40 kilos au total mais nous ne les avons pas atteint car nous devions être à 30 kilos maxi malgré l’aspect volumineux des sacs. Emilian portait un tout petit sac en forme d’ourson avec son “Yachhhh” dedans. Titouan avait un petit sac bleu pour y mettre  son duvet. Florian disposait d’un sac de 10 ou 15 litres avec ses vêtements, son manteau, sa gourde et autre menues babioles.

Quant aux deux grands bipèdes que nous étions, Fabienne et moi, nos sacs de 70 et 80 litres étaient bien pleins  et pas vraiment légers.

 

Régalo bâté

Régalo bâté

La prise de contact avec Régalo a été un peu contraignante au début puisque les chardons virevoltaient dans son esprit à chaque fois qu’ils passaient devant lui comme pour lui rappeler la faim immense qui l’envahissait à leur vue.

Les rêves de Régalo prenaient formes et il fallait tenir la corde court et ferme afin d’éviter de faire du 10 mètres à l’heure. J’avais bien retenu la leçon donnée par patrick: à savoir que ce n’était pas Régalo qui devait prendre le dessus et que celui-cil allait tester ses co-voyageurs et cornacs pour assurer le bien-être de son estomac.

En chemin

En chemin

Quelques premiers énervements ou plutôt premiers dépits à voir que lorsque môsieur Régalo avait décidé de ne plus avancer rien ne pouvait lui faire changer d’avis. Mais globalement ça allait, il fallait juste apprendre à se comprendre et savoir quand c’était le moment d’une pause chardons ou fétuques de quelques minutes (ça consomme ces bêtes là faut c’est pire qu’une loco, heu la vitesse en moins) et le moment où il fallait avancer sinon on n’était pas couché..ou on le restait …enfin bref on se comprend!

Le temps de cette première journée, s’il était pour le moins gris et bruinant était très agréable car frais et ce n’est pas un mince cadeau quand on débute à basse altitude en été. Le frais c’est toujours bon à prendre, parole de breton-vendéen (aux armes les citoyens de clochers, infamie sur la culture des peuples de France, une double nationalité c’est impensable voyons!!!). Ben je sais que y’a plein de gens qui préfèrent le chaud mais je ne vais pas y revenir, j’en parle assez sur ce blog des tropicales chaleurs …

Les enfants bienheureux de marcher en compagnie de Régalo étaient aux anges et comme celui-ci gambadait finalement devant eux, ça les motivait bien pour aller plus haut!

Rejoindre Régalo….un but en soi, mais c’est vrai que les fleurs enthousiasmées de couleurs, les limaces luisantes de grâce, les grenouilles coquines dans l’herbe, les oiseaux majestueux de leur vol distrayaient tout le monde….

La pause du midi s’est faite ainsi à mi-chemin du refuge de Pombie à côté duquel nous avions prévu de planter la tente en soirée. Régalo s’est bien sûr rassasié à sa guise et c’est assez rapidement que le chemin reprit sous nos pieds afin d’éviter la somnolence après le repas.

Une journée uniquement à monter et un contact avec notre compagnon chardonnophile (carduuciifoliophile) assez positif dans l’ensemble: Régalo est un âne très doux, paisible, sûr et gourmand!!!

Ainsi, au matin les premiers mètres chargés furent pour lui une contrainte donc il nous a fait comprendre que ça ne lui plaisait pas: STOP! les premiers mètres en pente ça ne lui plaisait pas non plus donc STOP! le départ après la pause déjeuner ça ne lui a pas plus non plus donc STOP!

Au bout de moult STOP dans la journée on n’y fait plus attention et on passe le relais…ça détend!

Bon c’est vrai que notre grand petit-âne on s’y est vite attaché et il m’était finalement plus agréable de l’attendre faire son jus de boudin tout en lui parlant que de le voir au loin et ne pas m’en occuper…

C’est ainsi que les jours suivant …bon on y arrive.

Au crépuscule du premier jour.

Arrivés en fin d’après-midi sur notre lieu de bivouac, près du refuge de Pombie je le rappelle pour ceux qui ne suivent déjà plus, il a fallu préparer la soupe, chercher de l’eau, décharger et brosser Régalo, l’attacher à son pieu, lui faire des caresses, lui donner sa ration de granulés du jour ( un grand bonheur pour lui apparemment, sa friandise du soir en somme) et coucher les loustics quand même un peu fatigués par leur journée de marche. La pluie et le froid aida d’ailleurs tout le monde à se mettre au duvet sans oublier un gros câlin à Régalo pour lui souhaiter une bonne nuit.

Préparation de la nuit

Préparation d'entremets

Le lendemain matin, il faisait grand beau après dissipation des quelques brumes de l’aube et le pic d’Ossau offrait ses amonts sud et sud-est juste devant nous tels des cathédrales où des Quasimodos encordés et cliquetants s’affairaient déjà à remonter, à quatre pattes, le fil de leurs rêves.

On se sentait très bien où on était et on se décida finalement à rester la journée tranquille à profiter du lieu. Les enfants ont pu observer les vautours (enfin ici c’est tous les jours à longueur de temps qu’ils gravitent au-dessus de nos têtes) mais aussi les hermines blanches se faufiler prestement sur l’herbe et jouer à cache-cache entre les rochers. Régalo mangeait et quand il avait finis son coin on changeait son piquet de place pour qu’il accède à de l’herbe plus grande, plus belle, plus grasse, plusss mieux quoi!

Je passais des heures à observer l’ Ossau et ses occupants encordés d’un jour avec les jumelles ou bien à inspecter les montagnes environnantes à la recherche du Yeti. Fabienne allait voir les vaches, les vétos ça se refait pas!

En fin de matinée j’ai initié les petiots à un peu d’escalade encordée sur un bout de rocher et voili voilou, une journée calme avec une petite marche l’après-midi vers le col de Peyreget pour goûter aux petits lacs sereins et aux sons des marmottes.

Florian en grandes manaoeuvres

Régalo ne nous a pas suivi car il y avait une grosse pierre qui entravait le chemin dès le départ et je ne voulais pas risquer qu’il se fasse mal en la franchissant, je pense à présent que comme il n’était pas chargé il aurait passé sans problème l’ayant vu à l’œuvre par la suite mais je préférais la prudence à ce moment là. J’ai revu ce rocher cet été et il m’a paru ridicule pour Régalo…

L’âne sait s’il peut passer ou pas et s’il ne sent pas il n’avance pas, s’il voit qu’on insiste parce qu’on est aussi en confiance (on sait que c’est facile alors on lui laisse le temps d’étudier le terrain) il passera, mais je n’insistais pas si je ne me sentais pas confiant envers lui, à d’autres moments je préférais lui trouver un chemin plus facile mais il allait de lui-même suivre le chemin escarpé, puissant, agile et sûr et dans ces cas là, on se demandait qui promenait l’autre?

En route vers Anéou

Régalo a donc bien profité des herbes subalpines et c’est sous un coucher de soleil rougeoyant, offrant le calme des espaces …de Pascal, que nous passâmes au duvet.

3ème jour, il fait grand beau de nouveau mais comme nous avons prévu de faire le tour de l’Ossau et de voir un peu de pays il faut bien nous mettre en route, quand même! Nous nous dirigeons ainsi vers les alpages d’Anéou en passant par le col de Pombie.

col de Pombie

Cependant Régalo nous fait son boudin le temps de faire une pause pipi ou de boire un peu d’eau ou de manger ou d’admirer le paysage et c’est ainsi que dès que je lâchais la corde un instant il en profitait pour faire demi-tour et aller à bon train d’où il venait! Ce ne fut qu’une fois dans la descente qu’il cessa son manège.

Avait-il flairé le bon parfum d’une gente ânesse en pleurs? Ou était-ce un ras-le-bol de ces marioles qui l’emmenaient on-ne-sait-où ou bien une pensée furtive: “je rentre chez moi, non mais! on était bien hier dans notre petit vallon herbeux où l’herbe fraîche et drue n’attendait que mes coups de dents, pourquoi s’en aller, franchement moi j’y retourne”.

Mimi et Titouan avant le coucher

La descente fut assez rapide avec Régalo mais j’ai attendu presque 1 heure Fabienne et les enfants qui s’étaient affairés en arrière auprès de chevaux de trait qui d’ailleurs avaient une attitude belliqueuse envers Régalo, m’ont-ils expliqué ensuite.

Coucou

La base avale du cirque d’Anéou étant sur la route de l’Espagne à 1km de la frontière et de ses magasins bondés de victuailles et de spiritueux, cela attire moult bambrelins mais la plupart de ceux-si se cantonnent à vadrouiller à quelques centaines de mètres de la route auprès des chevaux, vaches et brebis festoyant ou bien restent à pique-niquer au bord du ruisseau. Nous avons tout de même mangé pas loin et afin de chercher de l’eau et du pain je suis parti à la frontière espagnole vite fait (tout seul dans un pays étranger, c’est dingue l’esprit d’aventure qui m’a élancé ce jour là!) et je ramenai du chocolat, de l’eau, du pain et du Porto rosso, et oui, c’était le grand luxe cette rando!

pic d'Ossau

Avant de remonter vers l’ouest des chevaux assez agressifs, excités ou curieux nous ont barré le passage d’un vallon où une cabane avait fait halte.  J’ai attendu l’avis professionnel de Fabienne, qui connaît mieux le comportement des chevaux que moi pour savoir s’ils était prudent de passer ou de faire demi-tour. Surtout que Régalo lui voulait absolument faire demi-tour et avait bien compris que les gros bourrins qui nous narguaient n’étaient pas très heureux de le voir passer, ce manant asin, sur leurs terres…Sans Fabienne, j’aurais certainement contourné la colline car on n’était pas à un quart d’heure ou même une heure près et ayant déjà vu des chevaux de montagne se battre à coups de ruades sauvages quelques années plus tôt, je n’envisageais pas vraiment ce scénario avec Régalo.

Nous sommes donc passés le plus vite et le plus loin possible des quadrupèdes associables et ensuite, Régalo, sans doute pas du tout content de ces misères et inquiétudes qu’on lui avait fait subir, ne faisait que s’arrêter tous les 10 mètres. J’ai fini pas ne plus savoir ce qu’il avait le bougre et ça a été la rupture entre lui et moi, j’ai laissé la corde à Fabienne car j’étais trempé de sueur à force de le tirer sinon il n’avançait pas et je voyais le jour faiblir et ne souhaitais pas poser le bivouac trop tard non plus afin de profiter de la tranquillité et de la quiétude du soir, des moment de calme dans les estives.

 

Fabienne a donc terminé la montée avec lui pendant que devant, je cherchai un coin sec, bien plat et abrité du vent, avec de l’eau à disposition, bien exposé au soleil du petit matin et avec une belle vue, le tout sans trop de bouses de vaches fraîches…, ce qui fut fait.

Bivouac au cirque d'Anéou " que deux doigts...!!! les initiés comprendront.

J’ai compris ce jour-là que Régalo ne fonctionnait pas comme un âne des livres mais comme …quelqu’un, quelqu’un qui a peur qui doute, qui comprend, qui ressent et qui veut être en confiance.

Le soir nous avons eu droit à un concert de cloches et de vaches beuglantes, toutes affairées à réunir leurs ouailles pendant plus d’une heure jusque dans la pénombre, la vieille dominante allant et venant, donnant ses directives à qui mieux mieux. Bon bah c’est pas le tout mais après le dîner au Porto benh , je m’sens un peu fatigué…surtout que les vaches deviennent roses et bleues.

Au petit matin

4ème jour: toujours du grand beau temps, un renard en pleine forme court au fond de la vallée, les oiseaux chantent, les vaches remontent, des chevaux passent, l’eau coule…le temps s’arrête. Il s’arrête tellement que nous partons à 11 heures du matin, une petite montée au col suivant où carcasses de vache crevée et de brebis (“pas mieux”, Mme Goasguen à vous), alimentèrent notre appétit … d’observation de vautours. Les enfants virent ainsi passer les charognards à quelques mètres au-dessus de leur têtes tout heureux de penser à autre chose qu’à marcher bêtement,… les enfants, pas les charognards, ah c’est pas les mêmes ?

 

A la soupe

Juste après le col, bah on a bien sûr fait une pause déjeuner entre 13h et 16h, avec porto, jambon sec et chocolat. régalo quant à lui broutait jusqu’à ce qu’il décide de rebrousser chemin à fond de train et de remonter la pente. On le laissait parfois gambader non attaché mais surveillé afin qu’il profite bien de la nourriture abondante, des chardons tout çaaaahhh!

Et là hop coup de blues, rien ne va plus : “je m’en vais, na!”.

Bon du coup on a compris l’histoire mon garçon, tu seras systématiquement attaché à ton piquet avec ta corde de six mètres parce qu’on ne tient pas à faire deux fois le même chemin dans la journée!

Petite anecdote, Fabienne et moi, à l’heure où la digestion commençait nous vîmes passer un avion de taille moyenne du type petit airbus, sans aucun logo de compagnie, tout blanc et dont les ailes étaient recourbées vers le bas de manière extrêmement prononcée. Improbable structure pour un avion qui volait très bas au-dessus des montagnes (il a du passer à moins de 500m au-dessus de nous) et relativement lentement. Comment volait-il avec cette forme que je n’ai pas réussi à trouver dans les archives de l’aviation moderne? Prototype? La sustentation avec des bouts d’ailes orientées franchement vers le sol me laisse encore pantois même si on sait que c’est le profil asymétrique, en coupe, de l’aile entre sa partie supérieure bombée et l’inférieure moins bombée qui permet cette sustentation (dépression relative en partie supérieure) par effet Venturi.

Encore un mystère observé avec Fabienne après le “Plouc” dans les montagnes du Néouvielle en plein hiver et ce nuage improbable à Nantes en avril 2000, présenté en un autre coin de ce blog.

Toujours sous le soleil nous partîmes pour le lac Bersau et au fond du vallon de Bious après une petite hésitation sur le chemin à suivre (tandis que Régalo faisait la causette avec un de ses collègues de montagne situé 100m en contre-bas) nous constatâmes que le départ de la montée était plutôt raide et rocheux mais stable et là Régalo que j’ai repris en main depuis le matin nous a fait un festival de puissance, de précision, d’équilibre et de …formidabilité.

Je passais devant, corde lâche et tout en lui parlant et le réconfortant il sautait allègrement les marches sans broncher et d’un rythme soutenu. Depuis ce matin-là d’ailleurs, plus de petites tiquettes de temps à autre sur le croupion avec la main pour le faire avancer lors de pauses Stop prolongées, plus de corde à tirer pour le mener droit en dehors des chardons, plus de Stop incompréhensibles (des STOP oui mais juste pour les chardons…qui poussaient tout le long du sentier) Régalo marchait au rythme de ma voix quand il hésitait je le laissais observer et quand je voyais qu’il était prêt, zou un petit mot (Régalo allez hé !) et hop il montait avec allégresse. De temps à autre je lui donnais même des filons pour des coins à chardons cachés derrière un rocher…mais chut faut pas le dire ça ferait jaser les autres.

Arrivés au lac Bersau il était environ 20 heures, ce qui donnait au total 6 heures de marche dans la journée, c’était raisonnable et dans les temps de ce qui était prévu tant pour le plaisir de profiter des lieux que pour la fatigue et les capacités des enfants.

Le lendemain matin le ciel bleu était toujours à l’honneur, des randonneurs très tôt passaient déjà sur le sentier alors que nous prenions le thé mais ils venaient certainement du refuge un peu plus loin.

Régalo en forme n’a pourtant pas voulu avancer dès les premiers 5 mètres, il suffisait de le laisser aller aux toilettes derrière un rocher et hop, de bons sabots il repartit gaiment.

Les lieux étant particulièrement propices à la contemplation et à l’extase subliminale, nous avons fait la pause du midi au lac suivant certainement après 3/4 heure de marche, enfin voilà, quelque chose cette matinée de rando terriblement épuisant, limite à ce que les pieds fondent dans les chaussures…

Lac d'Ayous

Malgré la chaleur Régalo buvait toujours aussi peu que ce soit aux ruisselets, au seau ou au lac, à croire que dans les chardons il n’y a que de l’eau!

La descente jusqu’au refuge d’Ayous était assez délicate car située plus ou moins dans le torrent ou alors avec des marches raides et rocheuses pas évidentes à négocier, de plus les nombreux marcheurs présents sur le sentier ne donnaient pas beaucoup de possibilités pour passer au mieux. Encore une fois les capacités de réflexion de Régalo pour trouver le meilleur chemin, sa confiance en moi chaque fois qu’il pouvait douter (sans doute aussi conscient de son encombrement aux flancs à cause des sacoches volumineuses qu’il portait, il hésitait parfois aux croisements étroits), son agilité une fois en route rendait mes inquiétudes vaines à chaque difficulté nouvelle. En fait je ne m’inquiétais plus vraiment car je percevais ce qu’il était capable de faire et mon seul souci était le truc bête, un sabot qui glisse…comme tout bon marcheur peut se torde la cheville ou autre, la fatigue aidant, comme tout bon alpiniste peut dévisser, … un jour.

 

Florian marchait comme un lapin souvent à se préoccuper de Régalo et à lui tenir compagnie. Parfois on le laissait prendre la corde sur terrain  pas trop mouvementé, très content aussi de voir qu’un animal, ma foi si grand quand on est enfant, peut être si gentil et affectueux.

Le refuge était entourés de personnes en tous sens mais aussi de nombreux autres ânes et ânesses avec qui il fit conversations confidentielles et guillet doux. Malheureusement n’étant responsable de Régalo que pour une durée limitée je ne pouvais le laisser agir à sa guise et s’encanailler à travers la montagne surtout que j’avais oublié de demander les recommandations d’usage pour ces cas-là à Patrick.

le message est clair!

Donc la pause remplissage des gourdes ne s’éternisa point et par dépit, les compagnons d’un moment continuèrent à braire, mécontents.  Régalo les appelait encore de temps à autre,  la durée de la descente jusqu’à l’avant-dernier lac.

Soudain un passage, juste à côté d’une cascade, arrêta net notre âne, il avait peur cela se sentait car il pensait que je voulais le mener vers ce trou béant qu’il voyait sur sa droite…aussi quand je lui ai montré et expliqué par où passait le chemin avec la paroi rocheuse sur sa gauche et le sol bien large, il ne fit aucune opposition à la poursuite du parcours.

Dernier bivouac avec Régalo, au bord du lac Roumasso, une autre famille avec des enfants mais sans âne était juste à côté de nous ce qui nous a permis de goûter à leur fromage de brebis tout frais monté et eux au porto qui était bien au frais au bord du lac…une bonne soirée conviviale sous les lueurs du ciel étoilé.

Lac Roumasso

Le berger ramassait ses dernières brebis dans l’enclos comme chaque nuit, l’ours étant passé dans le coin dernièrement d’après lui il n’était pas aux anges et rageait contre les touristes qui font peur aux brebis ou qui veulent squatter leur cabane de travail comme si c’était un gîte gratuit où le berger devenait soudainement maître d’hotel à leur service. Y’a de ces gens, c’est pas étonnant parfois que les indigènes détestent les touristes…ça m’a fait ça aussi l’été à Saint-Brevin avec quelques irréductibles prétentieux des villes.

C’est sûr que ce type d’attitude ne doit pas aider à se passionner pour les gens de passages, allez on ne va pas dire que ce sont des parisiens parce que des sans-gênes il y en a un peu partout . ça me fait penser à certaines personnes qui ne connaissent ni pardon, ni bonjour, ni merci alors qu’ils vous tapent dedans malencontreusement ou vous empêchent carrément de fermer la porte  sans un mot ni un sourire au lieu d’attendre une seconde qu’autrui referme ou de dire “hop coucou pardon” mais à leur tête on voit qu’ ils ont une vie bien plus remplie et supérieure aux autres…avec des responsabilités et tout ça, …ce que je leur laisse avec plaisir, ou alors il y a des gens pas drôle et sans humour, ou même malades aussi ça existe ceux qui sont shootés avec 30 médicaments par jour ou même carrément cons ça existe aussi les cons, la preuve c’est que parfois je vois bien que moi aussi je peux être con à traiter les autres de cons!

On est tous le con d’un autre mais quand on voit qu’on est le con de soi-même là ça fait changer les choses, c’est comme ça qu’on avance aussi hé! De la connerie on en a tous mais elle est multiple, des fois c’est dû à l’ignorance, d’autres fois à l’inconscience, d’autre fois à la légèreté ou à la bonne humeur, à l’isolement ou au stress, à la blessure d’enfance ou au charme, va savoir toutes les possibles sources initiant la connerie il y en a certainement autant qu’il y a de cons sur Terre mais le sage a dit:

version “j’ai raison”:

“Sois heureux de rencontrer un con car il t’ouvre la voie que tu ne dois pas suivre.”

et aussi version “jai tord”

“Sois heureux d’avoir rencontré un con car tu n’es plus seul à l’être”.

Bon au fait, à part ça c’était quoi le sujet du jour? Ah oui des cons d’accord on a compris et avant …bon ah oui les randonneurs cons m’enfin a-t-on idée de randonner et d’être con? Faut vraiment être con!.

Après cet aparté plus que glorifiant et valorisant pour mon être en soif de réflexion (j’ai du me noyer quelque part mais je ne comprends pas où?) je reprends le fil des instants paisibles où sous une nuit sans lune, au son de quelques cloches encore balbutiantes sous les doux poils blanchâtres de nos brebis rassemblées, distinguant avec parcimonie la silhouette massive et majestueuse de l’ Ossau qui écaillait de son aura les vaguelettes du lac en de subtils clapotis étincelants et  reposants, les vaches paissant encore avant de ruminer les derniers espoirs de ne pas finir en steaks, le crapaud espiègle se faufilant agile comme l’éclair entre les myrtillers à la recherche de mémé canne et pépé Abis, les vils herbes avides de pousser un peu plus pour avoir le plaisir de faire broyer sous les dents de prédateurs affamées, les Orestes vilipendages de mistonnes goutelletes roséales affinant ce spectacle de choix afin d’octroyer une oraison finale en coucher duvetal…je m’endormis.

A l’aube du sixième jour, les nuages déjà semblaient vouloir pousser comme les blés, fiers de leurs volutes dressées dans un champ Lazuli que ce temps ne me donnait rien en allégeance vaillante à surseoir à mon envie de rester au sec.

Comme un pincement ce dernier bât, ce dernier câlin, cet ultime grattage de sabot, allez la journée n’est pas finie il fait beau et il va pleuvoir ce soir.

Dernière marche avec Régalo

Les enfants profitèrent encore un peu d’un petit tour sur Régalo pas encore bâté (le bât est le croisillon de bois qui sert à porter une charge et que l’on pose sur le dos des quadrupèdes, ne pas confondre avec le verbe battre, pour ceux qui ne connaissait pas ce mot là bien sûr) avant la descente tranquille jusqu’au lac de Bious-artigues pour manger puis jusqu’à l’ancienne maison de l’écologie en fin d’après-midi.

Nous sommes à l’heure (ouf), les enfants heureux et Régalo en forme mais nous attendons Christine et Patrick qui, décidément, le font exprès rien que pour nous ennuyer c’est sûr ils sont pas gentils et ça c’est sûr ça se voit tout de suite…, ne sont pas à l’heure.

pause pluie à l'arrivée.

Bon en fait si, ils étaient eux aussi à l’heure mais 500m plus loin, ils avaient compris que le lieu de rendez-vous était la maison du parc puisque la maison de l’écologie avait été démonté depuis longtemps…j’aurais dû préciser explicitement (l’idée qu’ils puissent penser que ce fut l’autre maison m’a traversé la tête quand je leur ai dit mais comme beaucoup de choses, cela est resté un non-dit sans doute pour éviter d’insister sur quelques chose que je ne voulais pa admettre: le démantèlement de la maison de l’Ecologie montagnarde de Gabas, qui, restait bien vivante dans mon esprit) que ce n’était pas la maison du parc et bien la maison,  ” l’ancienne maison de l’Ecologie ” et il est vrai que dorénavant la maison de l’écologie c’est la maison du parc enfin c’est le dernier endroit qui parle encore d’écologie…flûte c’est trop bête et malgré l’attente (coup de fil:”ah z’êtes là, mince…”) ils ont été quand même ravis de revoir Régalo en pleine forme et nous, bien désolés de devoir le laisser repartir chez lui mais on n’avait pas la place sur la banquette du véhicule…ce n’est qu’un 5 places et avec Régalo ça faisait six, les ceintures pas aux normes asines tout ça… ça n’allait pas pour lui, tant pis on reviendra le voir bientôt…promis.

Cet été 2009 nous sommes retournés voir Christine et Patrick mais Régalo était en vadrouille alors nous avons fait une petite virée avec un autre âne le temps de quelques heures dans la forêt brumeuse.

Une Réponse à “Randonnée en Vallée d’Ossau en compagnie de Régalo”

  1. Récit de la randonnée avec Régalo et Maoré Danse « Mickamayotte dit :

    [...] Randonnée en Vallée d’Ossau en compagnie de Régalo [...]


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